‹ Faust et le second Faust de GoetheChapitre 158 sur 225 · LE PLONGEUR · texte numérisé non relu

LE PLONGEUR

1 Qui donc , chevalier ou vassal , oserait plonger dans cet sbime? J’y lance une coupe d’or ; le gouffre obscur 1 a déjà dévorée; mais celui qui me la rapportera l’aura pour récompense. »

Le roi dit ; et , du haut d’un rocher rude et escarpé , suspendu sur la vaste mer , il a jeté sa coupe dans le gouffre de Lbarybde.K Est-il un homme decœur quiveuillesy précipiter?»

POÉSIES ALLEMANDES

* Les chevaliers, les vassaux ont entendu ; mais ils se taisent ils jettent les veux sur la mer indomptée , et le prix ne tente personne. Le roi répète une troisième fois : « Qui de vous osera donc s’y plonger ? »

Tous encore gardent le silence ; mais voilà qu’un page à Pair doux et hardi sort du groupe tremblant des vassaux. Il jette sa ceinture , il ôte son matiteau , et tous les hommes , toutes les femmes admirent son courage avec effroi.

Et, comme il s’avance sur la pointe du rocher en mesurant l’abîme, Charybde rejette l’onde, un instant dévorée, qui dégorge de sa gueule profonde, avec le fracas du tonnerre.

Les eaux bouillonnent , se gonflent , se brisent et grondent comme travaillées par le feu ; l’écume poudreuse rejaillit jusqu’au ciel , et les flots sur les flots s’entassent, comme si le gouffre ne pouvait s’épuiser, comme si la mer enfantait une mer nouvelle !

Mais enfin sa fureur s’apaise, et, parmi la blanche écume apparaît sa gueule noire et béante, ainsi qu’un soupirail de l’enfer; de nouveau Fonde tourbillonne et s’y replonge en aboyant.

Vite , avant le retour des flots , le jeune homme se recommande à Dieu, et... l’écho répète un cri d’effroi ! les vagues l’ont entraîné, la gueule du monstre semble se refermer mystérieusement sur l’audacieux plongeur... Il ne réparait pas!

L’abîme, calmé, ne rend plus qu’un faible murmure, et mille voix répètent en tremblant : « Adieu, jeune homme au noble cœur! » Toujours plus sourd, le bruit s’éloigne, et l’on attend encore avec inquiétude, avec frayeur.

Quand tu y jetterais ta couronne, et quand tu dirais : 1 Qffl me la rapportera l’aura pour récompense et sera roi... » 0,1 prix si glorieux ne me tenterait pas ! — Ame vivante n a redit les secrets du gouffre aboyant !

Que de navires, entraînés par le tourbillon, se sont pero® dans ses profondeurs ; mais il n’a reparu que des mâts et d-= vergues brisés au-dessus de l’avide tombeau . — Et le bruit fa

SCHILLEE

antes résonne plus distinctement, approche, approche, puis écWe’

jes v0;ià qui bouillonnent, se gonflent , se brisent , et grondent comme travaillées par le feu; l’écume poudreuse rejaillit ■■•squ’au ciel, et les flots sur les flots s’entassent, puis, avec le | f,jcas d’un tonnerre lointain, surmontent la gorge profonde.

Mais voyez : du sein des flots noirs s’élève comme un cygne éblouissant ; bientôt on distingue un bras nu, de blanches épaues qUi nagent avec vigueur et persévérance... C’est lui ! de sa main gauche, il élève la coupe, en faisant des signes joyeux !

Et sa poitrine est haletante longtemps et longtemps encore ; enfin le page salue la lumière du ciel. Un doux murmure vole I de bouche en bouche : « U vit ! il nous est rendu ! le brave ieone homme a triomphé de 1 abîme et du tombeau ! »

! Et il s’approche, la foule joyeuse l’environne , il tombe aux pieds du roi, et, en s’agenouillant, lui présente la coupe. Le roi fait venir son aimable fille , elle remplit le vase jusqu aux bords d’un vin pétillant, et le page, ayant bu, s écrie .

« Vive le roi longtemps ! — Heureux ceux qui respirent à la douce clarté du ciel ! le gouffre est un séjour terrible ; que i l’homme ne tente plus les dieux , et ne cherche plus à 'soit ce [ que leur sagesse environna de ténèbres et d'effroi.

j> Pétais entraîné d’abord par le courant avec la rapidité de } l’éclair, lorsqu’un torrent impétueux, sorti du cœur du rochei , * précipita fuir moi; cette double puissance me fit longtemps | tournoyer comme le buis d’un enfant, et elle était iriésis- ! tib e.

> Dieu, que j implorais dans ma detresse, me montra une poi ate de rocher qui s’avançait dans ! abîme ; je m’v accrochai d’un mouvement convulsif, et j’échappai à la mort. La coupe était là, suspendue à des branches de corail , qui 1 avaient empêchée de s’enfoncer à des profondeurs infinies.

8 Car, au-dessous de moi, il y avait encore comme des catérnes sans fond, éclairées d’une sorte.de lueur rougeâtre , et, quoique l’étourdissemeut eût fermé mon oreille à tous les sons,

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mon œil aperçut avec effroi une foule de salamandres, de rert: les et de dragons qui s’agitaient d’un mouvement infernal » C’était un mélange confus et dégoûtant de raies épineuses de chiens marins , d’esturgeons monstrueux , et d’effroyables requins, hyènes des mers , dont les grincements me glaçai

estent

de crainte.

» Et j’étais là suspendu avec la triste certitude d’être éloigné de tout secours, seul être sensible parmi tant de monstres difformes, dans une solitude affreuse , où nulle voix humaine ne pouvait pénétrer, tout entouré de figures immondes.

» Et je frémis d’y penser... En les voyant tournoyer autour de moi, il me sembla qu’elles s’avancaient pour me dévorer... Dans mon effroi, j’abandonnai la branche de corail où j’étais suspendu : au même instant , le gouffre revomissait ses ondes mugissantes ; ce fut mon salut, elles me ramenèrent au jour. »

Le roi montra quelque surprise, et dit : a La coupe t’appartient, et j’y joindrai cette bague ornée d’un diamant précieux, si tu tentes encore l’abîme , et que tu me rapportes des nouvelles de ce qui se passe dans les profondeurs les plus reculées. »

A ces mots , la fille du roi, tout émue, le supplie ainsi de sa bouche caressante : « Cessez, mon père ; cessez un jeu si cruel; il a fait pour vous ce que nul autre n’eût osé faire. Si vous ne pouvez mettre un frein aux désirs de votre curiosité , que vos chevaliers surpassent en courage le jeune vassal. »

Le roi saisit vivement la coupe, et, la rejetant dans le gouffre : « Si tu me la rapportes encore, tu deviendras mon plus noble chevalier, et tu pourras aujourd'hui même donner le baiser de fiançailles à celle qui prie si vivement pour toi. »

Une ardeur divine s’empare de l’âme du page; dans ses yeux l’audace étincelle : il voit la jeune princesse rougir , pâlir et tomber évanouie. Un si digne prix tente son courage , et il se précipité de la vie à la mort.

La vague rugit et s’enfonce... Bientôt elle remonte avec h fracas du tonnerre... Chacun se penche et y jette un regard

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.lein d’intérêt : le gouffre engloutit encore et revomit les vagues, qui s’élèvent, retombent et rugissent toujours... mais sans ramener le plongeur.

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