‹ Faust et le second Faust de GoetheChapitre 19 sur 225 · V AGNES · texte numérisé non relu

V AGNES

J’aurais veillé plus longtemps volontiers, pour profiter de l’entretien d’un homme aussi instruit que vous; mais, demain, comme au jour de Pâques dernier, vous voudrez bien me permettre une autre demande. Je me suis abandonné à 1 étude avec zèle, et je sais beaucoup, il est vrai; mais je voudrais tout savoir. Il sort.

FAUST, seul.

Comme toute espérance n’abandonne jamais une pauvre tète: Celui-ci ne s’attache qu’à des bagatelles, sa main avide creuse la terre pour- chercher des trésors; mais qu’il trouve un vermisseau, et le voilà content.

Comment la voix d'un tel homme a-t-e'ile osé retentir en ces lieux, où le souffle de l’Esprit vient de m’environner. Cependant, hélas! je te remercie pour cette fois, ô le plus misérable des enfants de la terre! Tu m’arraches au désespoir qui allait dévorer ma raison. Ah ! l’apparition était si gigantesque, que je dus vraiment me sentir comme un nain vis-à-vis d’elle.

Moi, l’image de Dieu, qui me croyais déjà parvenu au miroir de l’éternelle vérité ; qui , dépouillé, isolé des enfants de la terre, aspirais à toute ia clarté du ciel; moi qui croyais, supérieur aux chérubins, pouvoir nager librement dans les veines de la nature, et, créateur aussi, jouir de la vie d’un Dieu, ai-je pu mesurer mes pressentiments à une telle élévation!... Et combien je dots expier tant d’audace ! Une parole foudroyante vient de me rejeter bien loin !

N’ai-je pas prétendu t’égaler?,.. Mais, si j’ai possédé assez de force pour t’attirer à moi, il ne m’en est plus resté pour t’v retenir. Dans cet heureux moment, je me sentais tout à la fois

FÀÜ ST

si petit et si grand ! tu m’as cruellement repoussé dans l’ince| titude de l’humanité. Qui m’instruira désormais, et que dois! éviter? Faut-il obéir à cette impulsion ? Ab ! nos actions mètaé aussi bien que nos souffrances, arrêtent le cours de notre tj 1

Une matière de plus en plus étrangère à nous s’oppose 1 tout ce que l’esprit conçoit de sublime ; quand nous atteip| ! aux biens de ce monde, nous traitons de mensonge et de A mère tout ce qui vaut mieux qu’eux. Les nobles sentiments q, * nous donnent la vie. languissent étouffés sous les sensations^ * la terre.

L imagination, qui, déployant la hardiesse de son vol. ] voulu, pleine d’espérance, s’étendre dans l’éternité, se conte® ; alors d’un petit espace, dès qu’elle voit tout ce qu’elle rêvai c de bonheur s’évanouir dans l’abîme du temps. Au fond dénote r cœur, l’inquiétude vient s’établir, elle y produit de sec* j douleurs, elle s y agite sans cesse, en y détruisant joie et repos v elle se pare toujours de masques nouveaux : c’est tantôt ta maison, une cour; tantôt une femme, un enfant; c’est encor C du feu, de l eau, un poignard, du poison!... ÜN'ous tremblai p devant tout ce qui ne nous atteindra pas, et nous pleurons sas p cesse ce que nous n’avons point perdu! r.

je n égaie pas Dieu! Je le sens trop profondément; je i ressemble qu au ver, habitant de la poussière, au ver, qae il « pied du voyageur écrase et ensevelit pendant qu’il y chereis d une nourriture. ’ c<

3X est-ce donc point la poussière même, tout ce que ceffi te haute muraille me conserve sur cent tablettes, toute cette fri s’ pene dont les bagatelles m’enchaînent à ce monde de vers?.» d' Dois-je trouver ici ce qui me manque? Il me faudra peut-ê» v‘ lire dans ces milliers de volumes, pour y voir que les homme 11 ‘ se sont tourmentés sur tout, et que çà et là un heureux s’es P1 montré sur la terre! — O toi, pauvre crâne vide, pourquoi semblés -tu m adresser ton ricanement? Est-ce pour me dire te quii a été un temps où ton cerveau fut, comme le mien, vf rempli d idées confuses? qu’il chercha le grand jour, et qu« !'

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