‹ Faust et le second Faust de GoetheChapitre 20 sur 225 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

milieu d un triste crépuscule, il erra misérablement dans la recherche de la vérité? Instruments que je vois ici, vous semblez me narguer avec toutes vos roues, vos dents, vos anses et vos cylindres ! J étais à la porte, et vous deviez me servir de clef. \ eus êtes, il est vrai, plus hérissés qu’une clef; mais vous ne levez pas les verrous. Mystérieuse au grand jour, la nature ne se laisse point dévoiler, et il n’est ni levier ni machine qui puisse la contraindre à faire voir à mon esprit ce qu’elle a résolu de lui cacher. Si tout ce vieil attirail, qui jamais ne me fut utile, se trouve ici, c’est que mon père l’y rassembla. Poulie antique, la sombre lampe de mon pupitre t’a longtemps noircie! Ah! j’aurais bien mieux fait de dissiper le peu qui m’est resté, que d’en embarrasser mes veilles ! — Ce que tu as hérité de ton père, acquiers-le pour le posséder. Ce qui ne sert point est an pesant fardeau, mais ce que l'esprit peut créer en un instant, voilà ce qui est utile !

Pourquoi donc mon regard s’élève-t-il toujours vers ce lieu? Ce petit flacon a-t-il pour lès yeux un attrait magnétique? pourquoi tout à coup me semble-t-il que mon esprit jouit de plus de lumière , comme une forêt sombre où la lune jette un rayon de sa clarté ?

Je te salue, fiole solitaire que je saisis avec un pieux respect ! en toi, j’honore l’esprit de l’homme et son industrie. Remplie d’un extrait des sucs les plus doux, favorables au sommeil, tu contiens aussi toutes les forces qui donnent la mort; accorde tes. faveurs à celui qui te possède! Je te vois, et ma douleur s’apaise; je te saisis, et mon agitation diminue, et la tempête de mon esprit se calme peu à peu! Je me sens entraîné dans le vaste Océan, le miroir des eaux marines se déroule silencieusement à mes pieds, un nouveau jour se lève au loin sur Les plages inconnues.

Un char de feu plane dans l’air, et ses ailes rapides s’abattent près de moi; je me sens prêt à tenter des chemins nouveaux dans la plaine des cieux, au travers de l’activité des sphères nouvelles. Mais cette existence sublime, ces rav-'sse

FAUST

ments divins, comment, ver chétif, peux-tu les mériter?... C’est en cessant d’exposer ton corps au doux soleil de la terre; eu te hasardant à enfoncer ces portes devant lesquelles chacun frémit. Voici le temps de prouver par des actions que la dignité de l’homme ne le cède point à la grandeur d’un Dieu ! Il ne faut pas trembler devant ce gouffre obscur, où l'imagination semble se condamner à ses propres tourments ; devant cette étroite avenue où tout l’enfer étincelle ! Ose d'un pas hardi aborder ce passage : au risque même d’y rencontrer le néant!

Sors maintenant , coupe d’un pur cristal , sors de ton vieil étui, où je t’oubliai pendant de si longues années. Tu brillais jadis aux festins de mes pères, tu déridais les plus sérieuïconvives, qui te passaient de mains en mains : chacun se faisait un devoir , lorsque venait son tour , de célébrer èn vers h beauté des ciselures qui t’environnent, et de te vider d’un seul trait. Tu me rappelles les nuits de ma jeunesse; je ne t’offrirai plus à aucun voisin, je ne célébrerai plus tes ornements précieux. Voici une liqueur que je dois boire pieusement, elle te remplit de ses flots noirâtres ; je l’ai préparée, je Fai choisie, elle sera ma boisson dernière, et je la consacre avec toute mon âme, comme libation solennelle, à l’aurore d’un jour plus beau.

Il porte la coupe à sa bouche. Son des cloches et chant des chœurs.

CHOEUR DES AjN’GES.

Christ est ressuscité ! J oie au mortel qui languit ici-bas dans les liens du vice et de l’iniquité !

FAUST

Quels murmures sourds, quels sons éclatants, arrachent puis* samment la coupe à mes lèvres altérées? Le bourdonnement des cloches annonce-t-il déjà la première heure de la fête de- Pâques? Les choeurs divins entonnent-ils les chants de consolation, qui, partis de la nuit du tombeau, et répétés par te lèvres des anges, furent le premier gage d’une alliance nouvelle-

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