‹ Faust et le second Faust de GoetheChapitre 205 sur 225 · LE TAMBOUR-MAJOR · texte numérisé non relu

LE TAMBOUR-MAJOR

C’est le tambour-major. Comme il est déchu ! Du temps l’Empire, il florissait, il était pimpant et joyeux. ^

Il balançait sa grande canne avec le sourire du contenteme

HENRI HEINE

les tresses d’argent de son habit resplendissaient aux rayons ,1a soleil.

Lorsqu’aux roulements du tambour, il entrait dans les villes et les villages, il trouvait de l’écho dans le cœur des femmes et des filles.

Il venait , voyait — et triomphait de toutes les belles ; sa noire moustache était trempée des larmes sentimentales de nos Allemandes.

Il nous fallait bien le souffrir! Dans chaque pays où passaient les conquérants étrangers, l’empereur subjuguait les hommes, le tambour-major les femmes.

Nous avons longtemps supporté cette affliction, patients comme des chênes allemands, jusqu’au jour où nos gouvernants légitimes nous insinuèrent l’ordre de nous affranchir.

Comme le taureau dans l’arène du combat, nous avons levé les cornes, secoue le joug français et entonne les dithyiamhes de Kœrner.

O les terribles vers ! Ils firent un effroyable mal aux oreilles des tyrans! L’empereur et le tambour-major s’enfuirent terrifiés par ces accents.

Tous les deux, ils reçurent le châtiment de leurs péchés, et ils firent une misérable fin. L’empereur Napoléon tomba aux mains des Anglais.

Sur le rocher de Sainte-Hélène, ils lui infligèrent un infâme supplice. Il mourut à la fin d’un cancer à l’estomac.

Le tambour-major fut également destitué de sa position. Pour ne pas mourir de faim, il est réduit à servir comme portier dans notre hôtel.

Il allume les poêles, frotte les parquets, porte le bois et 1 eau. Avec sa tète grise et branlante, il monte haletant les escaliers.

Chaque fois que mon ami Fritz vient me faire visite, il ne se refuse jamais le plaisir de railler et de tourmenter ce pauvre homme au corps si maigre et si long.

« Laisse là la raillerie, ô Fritz ! Il ne sied pas aux fils de la Germanie d’accabler de sottes plaisanteries la grandeur déchue.

POESIES ALLEMANDES

« Ta dois, il me semble, traiter avec respect des gens de cette espèce; — il se peut bien que ce vieux soit ton père du côté maternel. »

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