LE PAUVRE PIERRE
Marguerite a dit à Pierre : s Si vous m’aimez , je vous aimerai. »
Et pourtant, là-bas, devant la maison égayée par les roses Jean et Marguerite dansent ensemble et causent joyeusement.
Pierre se tient immobile et muet, il est blanc comme de la craie.
Depuis hier, Jean et Marguerite sont mari et femme, et resplendissent dans leurs habits de noces.
Le pauvre Pierre se mord les doigts et porte des habits de tous les jours.
Pierre se parle bas à lui-même et regarde tristement les mariés.
« Ah! si je n’étais pas si croyant en Dieu, dit-il, je me tuerais ! »
Et Pierre va pleurant toutes ses larmes au fond des bois.
« Je porte en mon sein une douleur qui me déchire la poitrine, et, en quelque lieu que je m’arrête ou que j’aille, elle me pousse.
» C’est l’enfer.
» Ma douleur m’entraîne près de ma bien-aimée, cominê si la présence de Marguerite pouvait me guérir.
» Pourtant, dès que je suis sous ses regards, il me faut aller plus loin.
» Je monte au haut de la montagne; là, on est bien seul, et, là-haut, je m’arrête et je pleure. »
Le pauvre Pierre arrive à pas lents, chancelant, craintif, pâle comme un mort.