PREMIÈRE PARTIE
sa course n'accomplira pas un de mes vœux ; pas un seul ! Ce 5 jour qui; par des tourments intérieurs, énervera jusqu’au pres- I sentiment de chaque plaisir, qui, sous mille contrariétés, paraj lysera les inspirations de mon cœur agitée 11 faut aussi, dès que la nuit tombe, m’étendre d’un mouvement convulsif sur ce lit où nul repos ne viendra me soulager, où des rêves affreux m’épouvanteront. Le dieu qui réside en mon sein peut émouvoir profondément tout mon être; mais lui, qui gouverne toutes mes forces, ne peut rien déranger autour de moi. Et voilà pourquoi la vie m’est un fardeau, pourquoi je désire la mort et j’abhorre l’existence.
MÉPHISTOPHÉLÈS
Et pourtant la mort n’est jamais un hôte très-bien venu . r.itrsT.
O heureux celui à qui, dans l’éclat du triomphe, elle ceint les tempes d’un laurier sanglant, celui qu’après l’ivresse d’une danse ardente, elle vient surprendre dans les bras d’une femme ! Oli ! que ne puis-je, devant la puissance du grand Esprit, me voir transporté, ravi, et ensuite anéanti !
Et quelqu’un cependant n’a pas avalé cette nuit une certaine liqueur brune...
FAUST’
L’espionnage est ion plaisir, à ce qu’il paraît.
MÉPHISTOPHÉLÈS
•Te n'ai pas la science universelle, et cependant j’en sais beaucoup.
FAUST
Eli bien, puisque des sons bien doux et bien connus m’ont arraché à l’horreur de mes sensations, en m’offrant, avec l'image de temps plus joyeux, les aimables sentiments de l’enfance,... je maudis tout ce que l’âme environne d’attraits et de piestiges, tout ce qu en ces tristes demeures elle voile d’éclat et de mensonge ! Maudite soit d’abord la haute opinion dont l’esprit s’enivre lui-même ! Maudite soit la splendeur des vaines
72 FAUST
apparences qui assiègent nos sens ! Maudit soit ce qui not; duit dans nos rêves, illusions de gloire et d’immortalité! soient tous les objets dont la possession nous flatte, fenm» enfant, valet ou charrue ! Maudit soit Mammon, quand, F appât de ses trésors, il nous pousse à des entreprises $ cieuses, ou quand, par des jouissances oisives, il nons toure de voluptueux coussins î Maudite soit toute exalte de l’amour ! Maudite soit l’espérance ! Maudite la foi, et it dite, avant tout, la patience !
CHOEUR d’esprits, illisible.
Hélas! hélas! tu l’as détruit, l’heureux monde! tu l’as écris ta main puissante; il est en ruine! Un demi-dieu l’a renies Nous emportons ses débris dans le néant , et nous pleurons s beauté perdue! Oh! le plus grand des enfants de la terre! refe reeonstrnis-le dans ton cœur! recommence le cours d’une esit nouvelle, et nos chants résonneront encore pour aecompagæ travaux.
MÉPHISTOPHÉLÈS
Ceux-là sont les petits d’entre les miens. Écoute commet' conseillent sagement le plaisir et l’activité ! Ils veulent) traîner dans le monde, t’arracher à cette solitude, où se Ê et l’esprit et les sucs qui servent à l’alimenter.
Cesse donc de te jouer de cette tristesse qui, comme ur tour, dévore ta vie. En si mauvaise compagnie que tu soi pourras sentir que tu es homme avec les hommes, cepei^ on ne songe pas pour cela à t’encanailler. Je ne suis pas i( même un des premiers; mais, si tu veux, uni à moi, dirige pas dans la vie, je m’accommoderai volontiers de t’appar 7 sur-le-champ. Je me fais ton compagnon, ou, si cela t’aw mieux, ton serviteur et ton esclave.
FAUST,
Et quelle obligation devrai-je remplir en retour ? 1
MÉPHISTOPHÉLÈS
Tu auras le temps de t’occuper de cela.
FAUST
Non, non ! Le diable est un égoïste, et ne fait 'point;
% l’amour de Dieu ce qui est utile à autrui. Exprime clairement iatj ta condition; un pareil serviteur porte malheur à une maison.
IBS • MÉPHISTOPBÊLÈS.
1, Je veux ici m! attacher à ton service, obéir sans lin ni cesse à as ton moindre signe ; mais, quand nous nous reverrons là-dessous , ss tu devras me rendre la pareille.
ha FAUST.
ti Le dessous ne m’inquiète guère; mets d’abord en pièces ce monde-ci, et l’autre peut arriver ensuite. Mes plaisirs jaillissent de cette terre, et ce soleil éclaire mes peines; que je m’affïan- ... chisse une fois de ces dernières, arrive après ce qui pourra. Je jjn’en veux point apprendre davantage. Peu m'importe que, s dans l’avenir, on aime ou haïsse, et que ces sphères aient aussi w un dessus et un dessous.
MÉPHISTOPHÉLÈS
Dans un tel esprit, tu peux te hasarder; engage-toi : tu verras ces jours-ci tout ce que mon art peut procurer de plaisir ; je te . donnerai ce qu’aucun homme n’a pu même encore entrevoir.
FAUST
I Et qu’as-tu à donner, pauvre démon ? L’esprit d’un homme en ses hautes inspirations fut-il jamais conçu par tes pareils? Tu n’as que des aliments qui ne rassasient pas ; de l’or pâle, qui . sans cesse s’écoule des mains comme le vif-argent; un jeu au- ^ quel on ne gagne jamais; une fille qui, jusque dans mes bras, fait les yeux doux à mon voisin; l’honneur! belle divinité qui s’évanouit comme un météore. Fais-moi voir un fruit qui ne •pourrisse pas avant de tomber, et des arbres qui tous les jours
se couvrent d’une verdure nouvelle.
51 ephistophei.es.
LTne pareille entreprise n’a rien qui m’étonne; je puis t’offrir de tels trésors. Oui, mon bon ami, le temps est venu aussi où nous pouvons faire la débauche en toute sécurité.
FAUST
Si jamais je puis m’étendre sur un lit de plume pour y reposer, que ce soit fait de moi à l’instant ! Si tu peux me flatter au
74 FAUST
point que je me plaise à moi-mème, si tu peux m!abnset des jouissances, que ce soit pour moi le dernier jour ! jef. le pari !
MÉPHISTOPHÉLÈS
Tope I
FAUST
Et réciproquement ! Si je dis à l'instant : « Reste do# me plais tant ! » alors, tu peux m’entourer de liens! aies consens à m’anéantir! alors, la cloche des morts peut résot alors, tu es libre de ton service... Que l’heure sonne, cm guille tombe, que le temps n’existe plus pour moi !
M ÉPHISTOPHÉLÈS .
Penses-y bien, nous ne l’oublierons pas !
FAUST
Tu as tout à fait raison là-dessus; je ne me suis pas frj ment engagé; et,- puisque je suis constamment esclave, qi porte que ce soit de toi ou de tout autre ?
MÉPHISTOPHÉLÈS
Je vais donc, aujourd’hui même, à la table de M. ie: teur, remplir mon rôle de valet. Un mot encore : pour mour de la vie ou de la mort, je demande pour moi une c de lignes.
FAUST
Il te faut aussi un écrit, pédant ? Ne sais-tu pas ce qne qu’un homme, ni ce que la parole a de valeur? N’est-# assez que la mienne doive, pour l’éternité, disposer de jours? Quand le monde s’agite de tous les orages, cm qu’un simple mot d’écrit, soit une obligation assez puissant Cependant, une telle chimère nous rient toujours au ooes qui pourrait s’en affranchir? Heureux qui porte sa foi f fond de son cœur, il n’aura regret d’aucun sacrifice! M» parchemin écrit et cacheté est un épouvantail pour t* monde, le serment va expirer sons la plume ; et l’on « connaît que l’empire de la cire et du parchemin. Esprit® qu’exiges-tu de moi? airain, marbre, parchemin, pi