DEUXIEME PARTIE
jSÉPHISTOPHÉLÈS, parcourant la chambre.
Toutes les jeunes filles n’ont pas autant d’ordre et de pro-
Pr6té- It sort.
FAUST j regardant à l’entour.
Sois bienvenu, doux crépuscule, qui éclaires ce sanctuaire. Saisis mon cœur, douce peine d'amour, qui vis dans ta faiblesse de la rosée de l’espérance! Comme tout ici respire le sentiment du silence, de l’ordre, du contentement ! .Dans celte misère, que de plénitude! Dans ce cachot, que de félicité!
Tl se jette sur le fauteuil de cuir, près du lit.) Oh! reçois-moi , toi qai as déjà reçu dans tes bras ouverts des générations en joie et en douleur! Ah! que de fois une troupe d’enfants s’est suspendue autour de ce trône paternel ! Peut-être, en souvenir du Christ, ma bien-aimée, entourée d’une jeune famille, a baisé ici la main flétrie de son aïeul. Je sens, ô jeune fille ! ton esprit uordre murmurer autour de moi, cet esprit qui règle tes jours comme une tendre mère, qui t’instruit à étendre proprement le tapis sur la table, et te fait remarquer même les grains de poussière qui crient sous tes pieds. O main si chère! si divine ! La cabane devient par toi riche comme le ciel. Et là... (il re- Jère un rideau délit.) Quelles délices cruelles s’emparent de moi! Je pourrais ici couler des heures entières. Nature ! ici, tu faisais rêver doucement cet ange incarné. Ici reposait cette enfant, dont le sang palpitait d’une vie nouvelle ; et ici, avecun saint et pur frémissement, se formait cette image de Dieu.
Et toi, qui t’y a conduit? De quels sentiments te trouves-tu agite? Que veux-tu ici? Pourquoi ton cœur se serre-t-il?.., Malheureux Faust, je ne te reconnais plus !
Est-ce une faveur enchantée qui m’entoure en ces lieux? Je me sens avide de plaisir, et je me laisse aller aux songes de I amour; serions-nous le jouet de chaque souffle de l’air? kt elle rentrait en ce moment!... comme le cœur te baitrait ta faute ! comme le grand homme serait petit! comme il tomberait confondu à ses pieds !
110 FAUST
MÉPHISTOPHÉUÈS ,
Vite, je la vois revenir.
FAUST
Allons, allons, je n’y reviens plus.
MÉPHISTOPHÉUÈS.
Voici une petite cassette assez lourde que j’ai prise quelm ■ part, placez-Ja toujours dans l’armoire, et je vous im-o „
1 esprit va lui en tourner. Je vous donne là une petite chose I afin de vous en acquérir une autre : il est vrai qu’un enfant I est un enfant, et qu’un jeu est un jeu.
FAUST
Je ne sais si je dois, . .
MÉPHISTOPHÉUÈS.
Pouvez-vous le demander? Vous pensez peut-être à garde f le trésor : en ce cas, je conseille à votre avarice de m’épargner le temps, qui est si cher, et une peine plus longue.. Je n’espère! point de vous voir jamais plus sensé • j’ai beau, pour cela, né * gratter la tète, me frotter les mains... (U met la cassette J l’armoire et en referme la serrure.) Allons, venez vite ! VOUS voulez | amener a vos voeux et à vos désirs l’aimable jeune fille, et I vous voilà planté comme si vous alliez entrer dans un adi- ! toire, et comme si la physique et la métaphysique étaient là | devant vous en personnes vivantes. Venez donc.
Ils sortent.
MARGUERITE, avec une lampe.
Que l’air ici est épais et étouffant! (Eue ouvre la fenêtre.) Il ne fait pas cependant si chaud dehors. Quant à moi, je sais toute je ne sais comment. — Je souhaiterais que ma mère os» vînt pas à la maison. Un frisson me court par tout le corps... Ah ! je m’effraye follement.
Elle se met à chanter en se déshabillant.
Autrefois, un roi de Thulé,
Qui jusqu’au tombeau fut fidèle.
Reçut, à la mort de sa belle,
Une coupe d’or ciselé.