DEUXIÈME PARTIE
Comme elle ne le quittait guère.
Dans les festins les plus joyeux,
Toujours une larme légère A sa -vue humectait ses yeux.
Ce prince, à la fin de sa vie,
Légua tout, ses villes, son or.
Excepté la coupe chérie,
Qu’à la main il conserve encor.
Il fait à sa table royale Asseoir ses barons et ses pairs,
Au milieu de l’antique salle
D’un château que baignaient les mers.
Alors, le vieux buveur s’avance Auprès d’un vieux balcon doré;
Il boit lentement, et puis lance Dans les flots le vase sacré.
Le vase tourne, l’eau bouillonne,
Les flots repassent par-dessus ;
Le vieillard pâlit et frissonne...
Désormais il ne boira plus.
Elle ouvre l’armoire pour serrer ses habits et voit l’écrin.
Comment cette belle cassette est-elle venue ici dedans? J’avais pourtant sûrement fermé l’armoire. Cela m’étonne; que peut-il s’}' trouver? Peut-être quelqu’un l’a-t-il apportée comme un gage, sur lequel ma mère aura prêté. Une petite clef y pend à un ruban. Je puis donc l’ouvrir sans indiscrétion. Qu’est cela? ûieudu ciel! je n’ai de mes jours rien vu de semblable. Une parure... dont une grande dame pourrait se faire honneur aux jours de fête ! Comme cette chaîne m’irait bien ! A qui peut appartenir tant de richesse ? (Elle s’en pare et va devant le miroir.)
seulement ces boucles d’oreilles étaient à moi ! cela vous donne un tout autre air. Jeunes filles, à quoi sert la beauté? C est bel et bon; mais on laisse tout cela: si l’on vous loue, cest presque par pitié. Tout se presse après l’or; de l’or tout dépend. Ah ! pauvres que nous sommes !
FAUST
Une promenade.
MÉPHÎSTOPHÉLÈS, F A.UST, se promenant, absorbé dans ses pensas t MÉPHISTOPHÉLÈSj s’approchant.
Partout amour dédaigné! par les éléments de l’enfer!, voudrais savoir quelque chose de plus odieux, que je nub maudire.
FAUST
Qu’as-tu qui t’intrigue si fort ? Je n’ai vu de ma vie ans '■ figure pareille.
il ÉPHÏSTOPHÉ LÈS .
Je me donnerais volontiers au diable, si je ne l’étais moimême.
FAUST
Quelque chose s’est-il dérangé dans ta tête? ou cela t'a- 1 muse-t-il, de tempêter comme un enragé?
M ÉPHISTOP HÉL ÈS .
Songez donc qu’un prêtre a raflé la parure offerte à Marguerite. — Sa mère prend la chose pour la voir, et cela commence à lui causer un dégoût secret ! La dame a l’odorat lin, elle renifle sans cesse dans les livres de prières, et flaire chaqse meuble l’un après l’autre, pour voir s’il est sain ou profane; ayant, à la vue des bijoux, clairement jugé que ce n’était pas là une grande bénédiction : « Mon enfant, s’écria-t-elle, bien injustement acquis asservit l’âme et braie le sang : consacrons* tout à la mère de Dieu, et elle nous réjouira par la manne ce ciel ! i La petite Marguerite fit une moue assez gauche. » Cheva! donné, pensa-t-elle, est toujours bon: et vraiment celui qsii si adroitement apporté ceci ne peut être un impie, a La mère ft venir un prêtre : ceîni-ci eut à peine entendu un mot de cette bagatelle, que son attention se porta là tout entière, et il !» dit : « Que cela est bien pensé ! celui qui se surmonte ne pe»1 que gagner. L'Église a un bon estomac, elle a dévoré des pap ; entiers sans jamais cependant avoir d’indigestion. L’Ég^j seule, mes chères daines, peut digérer un bien maDacquis-1
FAUST
C'est son usage le plus commun ; juifs et rois le peuvent aussi .
U sajsit là-dessus colliers, chaînes et boucles, comme si ce ne fut qu’une bagatelle, ne remercia ni plus ni moins que pour nn panier de noix, leur promit les dons du ciel... et elles furent très-édifiées.
FAUST
Et Marguerite ?
■MÉPHISTOPHÉLÈS
Elle est assise, inquiète, ne sait ce qu’elle veut, ni ce qu’elle doit; pense à l’écrin jour et nuit, mais plus encore à celui qui l’a apporté.
FAUST
Le chagrin de ma bien-aimée me fait souffrir : va vite me chercher un autre écrin : le premier n’avait pas déjà tant de valeur.
MÉPHISTOPHÉLÈS
Oh ! oui, pour monsieur tout est enfantillage !
FAUST
Fais et établis cela d’après mon idée : attache toi à la voisine, sois un diable et non un enfant, et apporte- moi un nouveau présent.
MÉPHISTOPHÉLÈS
Oui, gracieux maître, de tout mon cœur. (Seul.) Un pareil lou, amoureux, serait capable de vous tirer en l’air le soleil, h lune elles étoiles, comme un feu d’artifice, pour le divertissement de sa belle.
Il sort.
La maison de la voisine.
MARTHE, seule.
Que Dieu pardonne à mon cher mari ! il n’a rien fait de bon P°urmoi; il s’en est allé au loin par le monde, et m’a laissée
114 FAUST
seule sur le fumier. Je ne l’ai cependant guère tourmenté je n'ai fait, Dieu le sait, que l’aimer de tout mon cœur, (j pleure.) Pèut-être est- il déjà mort! — O douleur! — Si j’avais seulement son extrait mortuaire !
MAU GUERITE entre.
Madame Marthe !
MARTHE
Que -veux-tu, petite Marguerite ?
MARGUERITE
Mes genoux sont prêts à se dérober sous moi ; j’ai retrotiTe I dans mon armoire un nouveau coffre, du même bois, et con- i tenant des choses bien plus riches sous tous les rapports que!; premier.
MARTHE
Il ne faut pas le dire à ta mère : elle irait encore le porter a son confesseur.
MARGUERITE
Mais voyez donc ! admirez donc !
MARTHE, la parant.
Heureuse créature!
MARGUERITE
Pauvre comme je suis, je n’oserais pas me montrer ainsi dans les rues, ni à l’église.
MARTHE
Viens souvent me trouver, et tu essayeras ici en secret ces parures, tu pourras te promener une heure devant le miroir: nous y trouverons toujours du plaisir; et, s’il vient ensuite une occasion, une fête, on fera voir aux gens tout cela l’un après 1 autre. D abord une petite chaîne, ensuite une perle à l’oreille- Ta mère ne se doutera de rien, et on lui fera quelque histoire.
MARGUERITE
Qui a donc pu apporter ici ces deux petites cassettes? Cal2 n’est pas naturel.
On frappe-