‹ Faust, et le second Faust; suivis d'un choix de poésies allemandes, traduits par Gérard de Nerval. Nouv. éd., précédée d'une notice sur Goethe et sur Gérard de NervalChapitre 100 sur 185 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Jour sombre. — Un champ.

FAUST, MÉPHISTOPHÉLÈS

FAUST

Dans le malheur!... le désespoir! Longtemps misérablement égarée sur la terre, et maintenant captive! Jetée, comme une criminelle, dans un cachot, la douce et malheureuse créature se voit réservée à d'insupportables tortures! Jusque-là, jusque-là! — Imposteur, indigne esprit!... et tu me le cachais! Reste maintenant, reste! roule avec furie tes yeux, de démon dans ta tète infâme ! — Reste, et brave-moi par ton insoutenable présence! Captive! accablée d'un malheur irréparable! abandonnée aux mauvais esprits et à l'inflexible justice des hommes!... Et tu m'entraînes pendant ce temps à* de dégoûtantes fêtes, tu me caches sa misère toujours croissante, et tu l'abandonnes sans secours au trépas qui va l'atteindre!

MÉPHISTOPHÉLÈS

Elle n'est pas la première.

FAUST

Chien! exécrable monstre! — Change-le, Esprit inlini! qu'il reprenne sa première forme de chien, sous laquelle il se plaisait souvent à marcher la nuit devant moi, pour se rouler devant les pieds du voyageur tranquille, et se jeter sur ses épaules après l'avoir renversé! Rends-lui la figure qu'il aime; que, dans le sable, il rampe devant moi sur le ventre, et que je le foule aux pieds, le maudit! —

ll-l FAUST

(le n'est pas la première! — Horreur! horreur qu'aucune âme humaine ne peut comprendre! plus d'une créature plongée dans l'abîme d'une telle infortune! Et la première, dans les tortures de la mort, n'a pas suffi pour racheter les péchés des autres, aux yeux de l'éternelle miséricorde ! La souffrance de cette seule créature dessèche la moelle de mes os, et dévore rapidement les années de ma vie ; et toi, tu souris tranquillement à la pensée qu'elle partage le sort d'un millier d'autres!

MÉPHISTOPHÉLÈS

Nous sommes encore aux premières limites de notre esprit, que celui de vous autres hommes est déjà dépassé. Pourquoi marcher dans notre compagnie, si tu ne peux en supporter les conséquences? Tu veux voler, et n'es pas assuré contre le vertige ! Est-ce nous qui t'avons invoqué, ou si c'est le contraire?

FAUST

Ne grince pas si près de moi tes dents avides. Tu me dégoûtes! — Sublime Esprit, loi qui m'as jugé digne de te contempler, pourquoi m'avoir accouplé à ce compagnon d'opprobre, qui se nourrit de carnage et se délecte de destruction?

MÉPHISTOPHÉLÈS

. Est-ce fini?

FAUST

Sauve-la!... ou malheur à toi! la plus horrible malédiction sur toi, pour des milliers d'années!

MÉPHISTOPHÉLÈS

Je ne puis détacher les chaînes de la vengeance, je ne puis ouvrir les verrous. — Sauve-la! — Qui donc l'a entraînés à sa perte?... Moi ou toi? (Faust l.mce autour de lui des

regards sauvages.) Chcrches-tu le tonnerre ! Il est heureux qu'il ne soit pas confié à de chétifs mortels. Écraser l'innocent qui résiste, c'est un moyen que les tyrans emploient pour se faire place en mainte circonstance.

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