TROISIÈME PARTIE
FAUST
Conduis-moi où elle est! il faut qu'elle soit libre!
MÉPHISTOPHÉLÈS
Et le péril auquel tu t'exposes ! Sache que le sang répandu de ta main fume encore dans cette ville. Sur la demeure de la victime planent des esprits vengeurs, qui guettent le retour du meurtrier.
FAUST
L'apprendre encore de toi ! Ruine et mort de tout un monde sur toi, monstre 1 Conduis-moi, te dis je, et délivrela !
MÉPHISTOPHÉLÈS
Je t'y conduis; quant à ce que je puis faire, écoute! Ai-je tout pouvoir sur la terre et dans le ciel 1 Je brouilrai l'esprit du geôlier, et je te mettrai en possession de la clef; il n'y a ensuite qu'une main humaine qui puisse la délivrer. Je veillerai, les chevaux enchantés seront prêts, et je vous enlèverai. C'est tout ce que je puis...
FAUST
Allons! partons!
La nuit en plein champ.
FAUST, MÉPHISTOPHÉLÈS, galopant sur des chevaux noirs.
Qui se remue là autour du lieu du supplice?
MÉPHISTOPHÉLÈS
Je ne sais ni ce qu'ils cuisent ni ce qu'ils font.
FAUST
Ils s'agitent ça et là, se lèvent et se baissent.
174 FAUST
MÉPHISTOPHÉLÈS
C'est une communauté de sorciers.
FAUST
Ils sèment et consacrent.
MÉPHISTOPHÉLÈS
Passons ! passons !
Un cachot.
FAUST, avec un paquet de clefs et une lampe, devant une petite
porte de fer.
Je sens un frisson inaccoutumé s'emparer lentement do moi. Toute la misère de l'humanité s'appesantit sur ma tète. Ici! ces murailles humides... voilà le lieu qu'elle habite, et son crime fut une douce erreur! Faust, tu trembles de t'approcher! tu crains de la revoir! Entre donc! ta timidité hâte l'instant de son supplice.
Il tourne la clef. On chante au dedans.
C'est mon coquin de père
Qui m'égorgea; C'est ma catin de mère Qui me mangea; Et ma petite sœur la folle Jeta mes os dans un endroit Humide et froid, Et je devins un bel oiseau qui vole, Vole, vole, vole!
FAUST, ouvrant la porte.
Elle ne se doute pas que son bien-aimé l'écoute, qu'il entend le cliquetis de ses chaînes et le froissement de sa paille.
Il entre.