‹ Faust, et le second Faust; suivis d'un choix de poésies allemandes, traduits par Gérard de Nerval. Nouv. éd., précédée d'une notice sur Goethe et sur Gérard de NervalChapitre 150 sur 185 · LE PARTAGE DE LA TERRE · texte numérisé non relu

LE PARTAGE DE LA TERRE

I Prenez le monde, dit un jour Jupiter aux hommes du haut de son trône; qu'il soit à vous éternellement comme fief ou comme héritage; mais faites-en le partage en frères. »

A ces mots, jeunes et vieux, tout s'apprête et se met eu mouvement : le laboureur s'empare des produits de la terre; le gentilhomme, du droit de chasser dans les bois-

Le marchand prend tout ce que ses magasins peuvent contenir; l'abbé se choisit les vins les plus exquis ; le roi barricade les ponts et les routes et dit : « Le droit de péage est à moi. »

Le partage était fait depuis longtemps quand le poëte se présenta; hélas! il n'y avait plus rien à y voir, et tout avait son maître.

« Malheur à moi ! Le plus cher de les enfants doit-il être oublié?... » disait-il à Jupiter eu se prosternant devant son trône.

« Si tu t'es trop longtemps arrêté au pays des chimères, répondit le dieu, qu'as-tu à me reprocher?... Où donc étaistu pendant le partage du monde? — J'étais prés de toi, dit le poëte.

« Mon œil contemplait ton visage, mon oreille écoutait ta céleste harmonie; pardonne à mon esprit, qui, ébloui de ton éclat, s'est un instant détaché de la terre et m'en a fait perdre ma part.

— Que faire? dit le dieu. Je n'ai rien à te donner : les champs, les bois, les villes, tout cela ne m'appartient plus ; veux-tu partager le ciel avec moi? viens l'habiter, il te sera toujours ouvert. »

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