‹ FaustChapitre 1 sur 66 · II PREFACE · texte numérisé non relu

II PREFACE

conclusion heureuse. C'est ainsi qu'elle s'est terminée pour le clerc Théophile, héros de la littérature du moyen âge, qui avait vendu son âme au diable, mais qui se repentit et fut sauvé. La damnation par le péché, ou le salut par la repentance : point d'autre conclusion pour la droite logique du peuple chrétien.

La plupart des lecteurs du chef-d'œuvre de Gœthe appartiennent naturellement à cette honnête moyenne d'esprits qui, ayant hérité des croyances traditionnelles, raisonnent encore instinctivement comme raisonnaient leurs pères. Comment ne seraient-ils pas tout déconcertés lorsque, après avoir lu la première partie de Faust^ qui n'est qu'un fragment interrompu, ils parcourent la seconde pour voir comment cela finit, et qu'ils arrivent à l'étrange conclusion de tout le poème ! Faust pèche, il ne se repent pas, et il est sauvé ! On a beau prétendre que la philosophie n'a rien à faire dans l'interprétation de Faust, il faut évidemment expliquer avant tout ce paradoxe étonnant, aucune intelligence même sommaire et superficielle du poème, et par suite aucun plaisir de l'esprit, n'étant possible sans cette première et indispensable clarté.

Gœthe avait rejeté le christianisme, n'en gardant que la partie poétique, la mythologie. Il se faisait du monde une idée plus voisine du système panthéiste que d'aucun autre. On sait, d'une part, que la lecture de Spinoza l'avait souverainement

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