PREFACE
éclairé et calmé; d'autre part, on comprend qu'il ne faut point attendre d'un amateur tel que notre poète une doctrine philosophique rigoureusement enchaînée dans toutes ses parties. Le morale de Fichte pourra donc très bien se marier à la métaphysique de Spinoza dans sa pensée. Dieu, pour lui, c'est l'activité créatrice répandue dans tout l'univers. Le bien est la loi et le but du monde ; le mal n"a point d'existence positive, il n'est dans l'ensemble de l'œuvre divine que la négation passagère et finalement impuissante du bien, le retard ou l'obstacle d'un jour opposé à sa réalisation, une sorte d'antithèse nécessaire pour donner au bien sa réalité et son prix, de même que, sans les ténèbres, la lumière n'aurait ni valeur, ni sens*. Et voilà pourquoi Goethe ne pouvait pas prendre au sérieux son diable, comme les vieu.*c poètes des siècles de foi. Quel que soit l'apparent succès du Tentateur dans l'entreprise de la perdition de Faust, et ce succès eùt-il même paru encore beaucoup plus triomphant, il était de toute impossibilité que la victoire restât réellement au mal, c'est-à-dire au néant. Méphistophélès a fort bien conscience de son impuissance radicale et définitive en face de l'universel progrès du monde, puisqu'il se nomme luimême « une partie de la force qui en voulant le mal lait le bien », et puisqu'il dit à Faust : « Il