‹ FaustChapitre 38 sur 66 · PROMENEURS DE TOUTE ESPECE · texte numérisé non relu

PROMENEURS DE TOUTE ESPECE

Sortant de la ville.

Plusieurs Compagnons ouvriers.

POURQUOI donc par là?

D'Autres.

Nous allons au rendez-vous de chasse.

Les Premiers.

Nous gagnons le moulin, nous autres.

Un Compagnon ouvrii:r.

Je vous conseille plutôt d'aller à la cour des Ton laines.

Un Autre.

Le chemin qui y mène est trop laid.

Les deux ensemble.

Et loi, que fa's-tu?

TRAGIiDIR. 41

Un Troisième. ' Je vais avec les autres.

Ux Quatrième.

Montons à Burgdorf. Je vous jure que vous y trouverez les plus jolies filles et la meilleure bière du monde, et des rixes de premier choix.

Uk Ci\q.uième.

Quel gaillard ! Est-ce que les épaules te démangent pour la troisième fois? Vas-y sans moi, j'ai trop peur de cet endroit-là.

Première Servante.

Non, non ; je m'en retourne à la ville.

Seconde Servante.

Nous le trouverons sûrement sous ces peupliers.

Première Servante.

Grand avantage pour moi! Il se pendra à la robe : sur la pelouse, il ne danse qu'avec toi. Q.11C me revient-il de tes plaisirs?

Seconde Servante.

Mais aujourd'hui il ne sera pas seul : le blondii^, m'a-t-il dit, doit être avec lui.

/ Premier Écolier.

Comme elles détalent, les petites friponnes ! Viens, camarade, nous les accompagnerons. De la bière forte, du tabac piquant et une servante endimanchée, voilà mes goûts favoris.

Une Demoiselle.

Regarde-moi ces jeunes gens, si ce n'est pas une honte ! Ils pourraient avoir la meilleure société du monde, et ils courent après ces créatures.

Second Écolier, au premier.

Pas si vite ! En voici deux, derrière nous, qui sont très bien mises : ma voisine est l'une d'elles, j'ai du goût pour cette jeune personne. Elles s'avancent à pas lents, et finiront bien par nous donner le bras.

Premier Écolier.

Non, camarade, non; je n'aime point à être gêné. Vite ! que nous ne perdions pas notre gibier. La main qui tient le balai samedi, c'est encore celle qui dimanche te caressera le mieux.

Premier Bour(;i:ois.

Non, vous dis-je, le nouveau bourgmestre ne me plait nullement : à présent qu'il est en place, il devient tous les jours plus fier. Et que fait-il donc pour la ville? Cela ne va-t-il pas de mal en pis? 11

taut obéir plus que jamais, et payer plus qu'en aucun temps.

Un mendiant chante.

Mes bons messieurs, mes belles dames,

Si brillants, si bien ajustés,

A ma détresse ouvrez vos âmes.

Soulagez mes infirmités.

Donner rend l'âme satisfaite.

Ah ! répondez à ma chanson !

Que pour le pauvre cette fête

Soit un jour de riche moisson.

Second Bourgeois. ^

Je ne connais pas de plus grand plaisir, les dimanches et les jours de fête, que de parler guerre et batailles. Pendant que loin de vous, dans la Turquie, les peuples sont au.K prises et s'échinent d'importance, vous êtes tranquillement à votre fenêtre à boire votre petit verre et à regarder filer les bateaux le long de la rivière; puis vous rentrez le soir chez vous gai comme pinson et bénissant le Ciel des temps de paix qu'il vous accorde. '^

Troisième Bourgeois.

Mon cher voisin, je vous en offre autant. Qu'ils se fendent le crâne, et que tout aille sens dessus dessous chez eux, je m'en moque, pourvu qu'à la maison les choses demeurent dans l'ancien ordre.

Une Vieille, aux demoiselles. Oh ! les jolies toilettes ! le beau sang ! la fraîche

jeunesse! Qui est-ce qui ne deviendrait fou en vous regardant?... mais pas si fières, là, tout doux! Dites-moi ce que vous souhaitez, je saurai vous le procurer.

Première Demoiselle.

Viens, viens, Agathe! Prenons garde qu'on ne nous aperçoive avec une pareille sorcière.... Elle me fit pourtant voir, à la Saint-André, mon futur mari en personne.

Seconde Demoiselle.

Moi, elle me le fit voir à travers un cristal, en uniforme, avec d'autres militaires. Eh bien, j'ai beau regarder autour de moi, J'ai beau chercher partout, il ne veut pas se montrer.

Soldats, chantant.

Bourgades munies De tours, de remparts !

l-illeltes jolies, Aux malins regards!

\'crs vous je m'élance i:t monte à l'assaut.

La peine est immense, .Wais le prix la vaut.

I)'une ardeur guerricic ( )n nous voit courir, l'our jouir et plaire, f:omme pour mourir.

Chaudes escalades !

Moments courts et doux!

Page 1