‹ FaustChapitre 44 sur 66 · UNE RUE · texte numérisé non relu

UNE RUE

FAUST, MARGUERITE tassant,

A belle noble demoiselle, oserais -je vous offrir mon bras pour vous reconduire?

Marguerite.

Je ne suis ni demoiselle noble ni belle, et pour rentrer chez moi je n'ai besoin du bras de personne. {Elle se (léi^ai^e. et se sauve.)

Par Dieu, voilà une belle enfant ! Je n'ai jamais rien vu de si charmant ; il y a en elle tant de modestie et de décence, et en même temps quelque chose de dédaigneux... La rougeur de ses lèvres, l'éclat de ses joues... je ne l'oublierai de ma vie! Ses regards baissés vers la terre se sont gravés profondément dans moji c(cur, et sa brusque repartie.... C'est à ravir!

TRAGI^DIE. ï33

(MÉPHISTOPHÉLÈS s'ûpproche.)

Écoute ici. Il faut que tu me procures cette fillette.

MÉPHISTOPHÉLÈS

Laquelle?

Celle qui vient de passer.

MÉPHISTOPHÉLÈS

Celle-là, dites-vous? Elle venait de chez un prêtre, qui lui a donné l'absolution de tous ses péchés; je m'étais glissé tout près du confessionnal : c'est l'innocence même, elle allait à confesse pour rien. Je n'ai aucun pouvoir sur elle.

F.\UST.

Elle a pourtant plus de quatorze ans.

MÉPHISTOPHÉLÈS

Tu t'exprimes comme Roger Bontemps, qui veut que toutes les jolies fleurs soient pour lui, et s'imagine qu'honneurs et fiiveurs, tout est à portée de sa main ; mais la cueillette n'est pas toujours ausH facile.

FAUST. l3

i.M FAUST.

Monsieur le magister, trêve de vos sentences ! Je ne dis plus qu'un mot : si cette charmante fille n'est pas ce soir même dans mes bras, à minuit nous nous séparons.

Demandez quelque chose de faisable, de possible. Seulement pour épier l'occasion, il me faudrait déjà au moins quinze jours.

Et moi, si j'avais seulement sept heures devant moi, je n'aurais pas besoin du Diable pour séduire une petite créature pareille.

MÉPHISTOPHÉLÈS

Voilà que vous parlez comme un Français! Ne soyez pas si pressé, je vous en conjure : que sert-il de brusquer la jouissance? Loin d'y gagner, votre plaisir sera beaucoup moins vif que si, avant d'en venir là, vous avez couru, fureté, fourré la main dans mille brimborions, pétri et ajusté vous même la poupée. C'est ce que nous apprend plus d'un conte gaulois.

T'ai de Tappétit sans tout cela.

TRAGEDIE. i35

MÉrHISTOPHÉLÈS.

A présent, injures et plaisanteries à part, je vous dis et vous répète qu'auprès de cette belle enfant on ne saurait aller si vite en besogne. Il n'y a rien là à emporter d'assaut, il faut se résoudre à ruser.

Mais procure-moi quelque chose qui appartienne à cet ange, conduis-moi dans la chambre où elle dort, trouve-moi un fichu qui ait couvert son sein, une jarretière... enfin un objet quelconque qui serve à nourrir mon amour.

MÉPHISTOPHÉLÈS

Eh bien, pour vous prouver que je compatis à vos peines, et que je veux y apporter remède, nous ne perdrons pas un moment; je vous conduirai dès aujourd'hui dans sa chambre.

Et je la verrai? je la posséderai? /

Mkphistofhélès.

Non pas! Elle sera chez une voisine; et pendant ce temps-là vous pourre?: vous livrer tout seul à la douce espérance des joies à venir, vous enivrer à votre aise de l'atmosphère qu'elle respire.

i36 FA USX.

Partons-nous?

MÉPHISTOPHÉLÈS

Il est trop de bonne heure encore.

Va donc me chercher un cadeau pour elle. (Il

s'en va.)

MÉPHISTOPHÉLÈS

Déjà des cadeaux? C'est fort bien. Il réussira. Je connais plus d'un bon endroit, et plus d'un vieux trésor enfoui; je vais y donner un coup d'œii. (Il s'en va.)

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