OFFICE, ORGUE ET CHANT
MARGUERITE, parmi la foule.
UN MAUVAIS ESPRIT derrière Marguerite
Le mauvais esprit.
OUTL était différent, Marguerite, l'état de ton âme, lorsque, pleine encore d'innocence, tu t'approchais de ce même autel en balbutiant des prières, les yeux fixés sur ce petit livre usé, le cœur partagé entre les jeux de l'enfance et l'amour de Dieu ! Marguerite, qu'est devenue ta paix? Dans ton cœur que de souillures! Pries-tu pour l'âme de ta mère, que tu as fliit descendre au tombeau à travers une lente, lente agonie? Sur le seuil de ta porte, quel est ce sang? Qui l'a versé?... Et ne sens-tu pas s'agiter dans tes flancs une créature, qui va bientôt naître pour ton tourment et pour le sien? Avenir funeste!
2o6 FAUST.
Marguerite.
Malheureuse!... Ah! si je pouvais me soustraire aux pensées qui se succèdent en tumulte dans mon âme et s'élèvent contre moi!
Chœur.
Dies irx, dies illa Solvet sœclnm infavilla.
(U orgue joue.)
Le mauvais esprit.
La colère de Dieu fond sur toi; la trompette sonne; les tombeaux s'ébranlent; et les cendres de ton corps, ranimées pour les flammes éternelles, tressaillent de terreur!
Que ne suis-je loin d'ici ! Le son de cet orgue m'ote la respiration, ces chants abattent mes forces et déchirent mon cœur.
Chœur.
Judex ergo cum sedebit, Quidquid latet afp.irelnt, Nil inulhim remanebit.
Marguerite.
Je ne puis plus respirer; ces piliers me serrent, cette voûte m'écrase.... De l'air!
Le mauvais esprit.
Cache-toi,... Mais non, le crime et la honte ne peuvent se cacher. De l'air, dis-tu, de la lumière? Malheur à toi !
Chœur.
Qiiid siim miser tune dictiiruSy Quem patronum rogaturus, Ctim vix justus sit sectirus ?
Le mauvais esprit.
Les saints détournent de toi leur visage, les justes rougiraient de te tendre la main. Malheur!
Chœur.
Quid sum miser tune dicturus?
Marguerite.
Voisine, votre flacon!... {Elle loinVe évanouie.')