‹ Faust opera en cinq actesChapitre 29 sur 64 · V .MARTHE · texte numérisé non relu

V .MARTHE

Et à qui donc, sinon à vous?... Ne soupçonnez-voüs pas d’où cela peut venir?

M A U (à U E R I T Ë , baiiiâaiit le« veux.

Moi ! — non !...

FAUST

•MARTHE

Vous baissez les ycuic. — U y a quelque amoureu.\ làdessous!... Voyons, contez-moi cela.

MARGUERITE

Eh bien! je vous avouerai, dame Marthe, qu’un jeune seigneur m’a abordée ce matin dans la rue; mais il ne m’a dit qu’un mot, et je ne puis croire...

MARTHE

C’est lui, n’en doutez pasl... Savez- vous qu’il n’y a qu’un prince qui puisse faire un pareil cadeau!

MARGUERITE

Un prince!... Bonté divine! aidez-moi vite à ôter tout cela...

MARTHE

Laissez donc!... Quel mal y a-t-il à se promener devant son miroir, et que servirait d’étre belle si l’on n’osait y ajouter un peu de parure?

Quel dommage de ne pouvoir sortir ainsi!...

MARTHE

Bon !... une perle d’abord, puis un collier. — Personne ne s’en apercevra. — Et s’il y a des méchanftes langues, nous trouverons un conte!... Hélas! ma belle, quand vous aurez un mari, les bijoux deviendront assez rares. — Voyez le mien. — Il a mangé tout notre avoir, et s’en est allécourir le monde, en me laissant sur la paille. — Dieu m’est témoin pourtant que je ne lui ai jamais causé de chagrin. — Tout n’est pas rose dans le mariage, mon ange!...

ACTK III, SCkNK VIII.

SGKNE VIII.

Les Mêmes, MÉPIIISTOPIIÉLÈS, FAUST.

WKPIIÎSTOPIIKLÈS, ontrani le premier et faieani une graiula rérërenco.

Pardon, Mesdames, si nous osons nous présenter ainsi sans façon.

MAKGIÎERITE, apercerant Faust.

Ciell... ( Elle ae hâte d*6ler le collier, le bracelet et les pendants d*o> reille et de les remettre dans la cassette.)

MÉPinSTOP HKtÈS.

Je désirerais parler à madame .Marthe Swiierhein.

MARTHE

C’est moi , Monsieur !

MÊPHISTOPHÉI. ÈS, bas à Faust

Vous voyez que les bijoux ont été bien reçus...

FAUST, do nit'ine.

Elle les remet dans l’ocrin !

M ÉPHISTOPIIÉLÈS, -le même.

Parce qu’elle devine d'où ils viennent! ( Haut, à Marthe. ] L’histoire que j’ai à vous conter e.st lamentable, Madame! Je voudrais qu’elle fût plus gaie.

MARTHE

Comment?...

MÉPHISTOP HÉLÈS.

Cette histoire n’intéresso que vous, (so tournant vers Fautt. Si mon ami veut bien m’excuser auprès de Mademoiselle?

MARK UE RITE

Cela n’est pas nécessaire, Monsieur!

FAUST

FAUST, à Marguerite.

Ne m’aCcorderez-vous pas un moment d'entretien.

Monsieur est beaucoup trop bon , et ma convefsalion n’a rien qui puisse l’intéresser.

' MARTHE, à Mcphistoplif^lès.

De quoi s’agit-il, Monsieur?

MÉPIIISTOPHÉLÈS.

Votre mari est mort et vous souhaite le bonjour.

MARTHE

Mon mari est mort!... ô ciel !... je succombe!...

M.\RGUER1TE, s'élançant vers Martlie *

Qu’avez-vous, chère dame?

M É P I1 1 S T O P H É L ÈS , soutenant Marthe et l’aidant à s’asseoir sur une chaise.

Ri6n!,*. un p6U de SaisiSSGinSnt. (Marguerite baisse les yeux sous le regard de ^léphistophéi^s , referme 1a cassette^ la reporte sur l’appui de la fenêtre et pousse les Tolots. ]

FAUST, à part.

Je ne puis trouver une parole et je voudrais tomber à ses pieds!...

MÉPHISTOPHÉLÈS, à Marthe.

Hélas! oui, Madame; mortà Padoue.où il repose auprès de saint Antoine.

MARTHE

Et ne m’apportez-vous rien de lui?

MÉPHISTOPHÉLÈS

Si fait ! Pexpression de son repentir. — Du reste, pas une obole.

MARTHE, se levant brasquemont.

Quoi! rien!... le traître ! — Et comment est-il mort?

Ar.TK III, SCtNE VIII. 37

M Kl> Il I STOP II É LKS.

En se détestant du fond du cœur pour avoir pu vous abandonner.

MARTIIK.

Pauvre ami !

MK P III STOP HHLÈS.

Mais en attestant le ciel que c’était votre faute plutôt que la sienne.

MARTHE

Le monstre !

MÉPIIISTOPHÉLÈS.

Toutefois, il avait mis de côté pour vous sa pan d’un trésor pris sur une galère turque.

MARTHE

Digne homme! — Où l’aura-t-il cachée. Monsieur?...

MÉPIIISTOPHÉLÈS.

Chez une demoiselle qu’il rencontra à Naples et qui lui témoigna beaucoup de tendresse!

Le pendard! — il n’en a jamais fait d’autres!...

MÉP H ISTOPH É LÈS.

Aussi est-il mort!... A votre place je le pleurerais l’année d’usage, et je songerais à le remplacer

MARTHE

Encore me faudrait-il son extrait mortuaire. Monsieur !

MÉPHISTOPHÉLÈS

Mon ami et moi, nous en témoignerons devant le juge,

et cela suffira, (u cause à Totx bat>se arec Marthe.)

FAUST, a Marguerite.

Pourquoi avoir ôté ces bijoux que vous portiez tout à l’heure? — Votre beauté n’en a pas besoin; et cependant je vous en trouvais plus charmante!...

FAUST

MARGUERITE

Ces bijoux ne m’appartiennent pas, Monsieur, et on les aura apportés ici par erreur!...

FAUST, sonriant.

Croyez-vous? (Marguerite baisse les yeux sans répondre.)

MÉPHISTOPHÉLÈS, à Msrtho

Ah! Madame! — qui ne serait heureux d’échanger la bague avec vous !

MARTHE, à part.

Que dit-il?...

MÉPHISTOPHÉLÈS

Plût au ciel que ma destinée ne me condamnât pas à voyager toute ma vie!...

MARTHE, à part .

Ah! bah!

FAUST, à Marguerite.

Prenez mon bras un moment !

MARGUERITE, se défendant.

Laissez !... je vous en conjure!...

MEPHISTOPHELES, de l’autre cité du thoitro à Martiie

Votre bras!...

MARTHE, à part.

Il est charmant !

MÉPHISTOPHÉLÈS, à part.

La voisine est un peu mûre !

(Marguerite abandonne son bras à Faust et s’éloigne arec lui - Méphlstopliélés et Marthe restent seuls en scène.)

MARTHE

Ainsi vous voyagez toujours?

MÉPHISTOPHÉLÈS

Dure nécessité. Madame!

Sans amis, sans parents !... sans femme !...

MARTHE

Cela sied encore aux beaux jours!

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