ACTE III, SCÈNE VIII
Mais plus tard, combien il est triste De vieillir seul, en égoïste!...
MÊPHISTOPIIÉLÈS.
Jîai frémi souvent, j'en convien, Devant cette horrible pensée!...
MARTHE
Avant que l'heure en soit passée,
Digne seigneur, songez-y bien!
(lli s'éloignent. — Marguerite et Faust rentrent en scène.)
FAUST
Eh quoi! toi^ours seule?..
M ARGUKHITE.
Mon frère
Est soldat ; J'ai perdu ma mère ;
Puis ce fut un autre malheur,
Je perdis ma petite sœur !
Pauvre ange !... Elle m'était bien chère!...
C'était mon unique souci ;
Que de soins, hélas !... que de peines !...
C'est quand nos âmes en sont pleines Que la mort nous les prend ainsi!...
Sitôt qu'elle s'éveillait, vite Il fallait que je fusse lA!...
Elle n'aimait que Marguerite !...
Pour la voir, la pauvre petite,
Je reprendrais bien tout cela!...
FAUST
Si le ciel, avec un sourire.
L'avait faite semblable à toi, C'était un ange!... oui, je le croü...
MARGUERITE
moquez-vous?...
FAUST
Non! je t'admire!...
ITE, sourient.
FAUST
Vous riez sans doute !...
J’ai tort de rester Pour vous écouter!...
Et pourtant j’éeoute !...
FAUST
Laisse-moi ton bras!...
Dieu ne m’a-t-il pas Conduit sur ta route V...
Pourquoi redouter, *
Hélas! d’écouter?...
Mon cœur parle;... écoute!...
( M^pbisiophélès et Marthe reparaisaeot. ) MARTHE.
Vous n’entendez pas,
Ou de moi tout bas Vous riez sans doute !
Avant d’écouter.
Pourquoi vous hâter De vous mettre en route ?
MÉPHISTOPHÉLHIS.
Ne m’accusez pas ,
Si je dois, hélas!
Me remettre en route.
Faut-il attester Qu’on voudrait rester Quand on vous écoute.
(ta nuit commence à tomber. )
MARGUERITE, i> Fauat.
Retirez-vous!... voici la nuit.
FAUST, passant son bras autour de la taille de Marguerite.
Chère âme !
MARGUERITE
Laisse z-moü...
( Elle se dégage et s'enfuit. ) FAUST.
Quoi! méchante!... on me fuit!
MEPHISTOPHELESf k part^ tandis que Marthe, dépitée, lui tourne le dos.
L’entretien devient trop tendre !
Esquivons-nous !
( Il ee cache derrière un arbre. )