‹ Faustine; drame en cinq actes, en neuf tableauxChapitre 31 sur 89 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

MARC-AUnÈLE, souriant.

Vous avez dû cire bien étonné, Cassius !

CASSIUS, fièrement et sans s'incliner.

Vo'.re Mojeslé se irorape — mes étoiincmcnls sont plus rares— je sais par cœur la reconnaissance des princes et les expiations de la gloire. Je ne suis surpris que d'une chose, c'est que, ni'ayantjelé cette nuil dans une prison, on n'ait pascliirgé de lers ces mains coupables qui vous ont conquis une province !

FAUSTINE, à part, do plus en plus érauo.

Ce langage !

HIARC-AUnÈLE, étonné.

Des fers?... une prison?... Que s'est-il donc passé, Baseus?...

CASSlUS.

Un ordre formel exécuté par un valet — c'est tout simple!

(Baseus se redresse les yeux en feu, la main sur son ép Je.) FAUSTINE, à demi-voix, regardant Baseus.

Oh ! ce Baseus ! (Baseus l'entend et frén.it de rage.) CASSIUS, à Marc-AurMo.

Si j'étais empereur, j'épargnerais aux gens qui me servent ces questions embarrassantes, — et quand il y aurait, par hasard, une tétc de trop dans mon empire, je l'abattrais d'un seul coup — sans lui faire entendre autre chose que le silllement de mon glaive!...

FAUSTINE, à part.

Ah! c'est un homme, celui-là, c'est un homme!...

MARC-AURiaE, avec dignité.

Si vous étiez empereur, Avidius Cassius, si votre bras, comme le mien, s'étendait jusqu'aux limites de la terre, — si d'un mol, d'un geste, vous pouviez changer demain la face du monde, — vous sauriez qu'aueime tète n'est assez haute, sous le soleil, pour porter omi)rage à ce trône, et ne pouvant rien appréhender des autres, vous u'aui'iez de victoire ii rem-

poilerqiie sur vous-même!.. . (Se retournant vers Baseus.) NoUS

regrettons vivement, Baseus, que vous ayez si mal compris nos intentions !...

BASEUS, avec force.

Je savais que cet homme...

MARC-AURÈLE, l'interrompant.

Vous ne saviez rien, vous dis-je! puisque vous avez donné une prison pour demeure au commandant général de la Syrie !

BASEUS, balbutiant et ouvrant de grands yeux.

Commandant... général... de la Syriel...

MARC-AURÈLE, à Cassius interdit.

C'est ce que nous avions à vous dire, Cassius; vous ne seriez point venu de vous-même, nous avons élé vous chercher, voilà tout!...

CASSIUS, d'une voix tremblante.

C'est à moi !... à moi... que Votre Majesté?...

MARC-AURÈLE

Mais sans doute, un homme de votre valeur ne s'écarte pas de son prince, sans y être entraîné par des raisons sérieuses... J'ai réfléchi que, cédant peut-être à des accusalions passionnées, je condamnais, sur des soupçons vagues, un général qui ne m'est connu que par des services. Ne pensez-vous pas, maintenant, que le sujet peut oublier ses haines, quand le souverain sait reconnaître ses fautes?...

CASSIUS, tombant, vaincu, à ses pieds.

A VOUS, ma vie!... à vous seul!...

MARC-AURÈLE

Relevez-vous, Cassius!... allez porter à nos légions d'Orient l'exemple du courage et de la discipline antique; maintenez, haute et ferme, la dignité de Rome, dans ces régions lointaines que vous avez soumises par vos armes; vous eussiez dirigé l'expédition de Germanie, si je n'avais cru de mon devoir d'en réserver le commandement... pour moi-même...

FAUSTINE, accourant, avec un cri désespéré.

Pour vous-même!

MARC-AURÈLE, se tournant vers les courtisans.

C'est ce qui me restait à vous annoncer, mes amis!

FAUSTINE, hors d'elle-même.

Le froid!... les fatigues!... votre santé!... vos enfants!...

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