ACTE 1, SCÈNE V
HENRIETTE
Qu'elle soit tombée en mes mains, n'est-ce pas? Tu vas le savoir. Hier, dans les environs, je rencontre un homme qui me demande le chemin de ta demeure... II voulait te remettre un billet dans le plus grand mystère... Que tedirai-je, Léonce?... J'avais des idées de jalousie, de la défiance... tu sauras cela plus tard. Je décidai le messager à me remettre le billet... je rouvris... et je le lus.
LÉONCE
Henriette!
HENRIETTE
Oh ! c'est bien mal... j'ai eu tort... mais je m'en suis applaudie après. Ce billet était d'un pécheur de l'île Sainte-Marguerite. Il avait soustrait la liste à un nommé Léonard, un des chefs de la dernière conspiration, qui, blessé à Grenoble, s'était réfugié dans sa cabane et y était mort... Ce pêcheur t'annonçait que si dans un délai fixé, tu ne lui remettais pas une somme considérable... il te livrait à la justice. Tu étais absent, et d'ailleurs, le délai fatal expirait aujourd'hui même. Il n'y avait pas de temps à perdre... alors je suis rentrée chez moi... j'ai pris mes bijoux... tout ce qui me venait de ma mère. . J'ai prévenu ma fidèle Rosine qui voulait me suivre, et que j'ai laissée malade et brisée d'inquiétudes... Puis, montantàcheval,jemesuisélancée au galop dans la direction d'Antipes. Oh! j'aurais voulu que mon cheval eût des ailes. J'arrive enfin au port. La nuit était des plus profondes. Je réveille un marinier, et je lui demande de me conduire à l'île Sainte-Marguerite. Il me refusa d'abord : l'obscurité, une mer houleuse... Enfin, à force d'argent et de supplications, je le décide... La barque part.
LÉONCE
Mon Dieu !... la nuit... sur la mer.
HENRIETTE
Et que m'importaient la mer... les ténèbres... les tempêtes... Dieu me soutenait... Dieu m'éclairait... Arrivée dans l'île, je cherche... je découvre.. .je pressens
plutôt la cabane indiquée... je frappe... un homme d'un aspect repoussant vient m'ouvrir, et aux seuls mots «Purgent et de récompense, il me jette un regard sinistre... Ah ! j'aurais dû cent fois expirer de terreur... mais j'étais là pour (oi, Léonce... et ce n'était plus un de ers rendcz-vouscoupables, où je rnc reproche amèrement mon bonheur; un de ces combats de ruse et de mensonge contre un homme que je dois respecter; une de ces luttes où la honte est dans le triomphe, comme elle le serait dans la mort... Non ! un péril légitime... un noble espoir transfigurait mon amour... .N'ayant plus de remords, je ne connaissais plus de crainte ; j'avais le droit de mourir. ..j'avais le droit de triompher... j'étais grande .. j'étais forte; j'étais plusqu'une femme.
LÉONCE
Achevez, achevez!...
A l'aide du brave marinier qui m'avait accompagnée, j'ai arraché à cet homme ce trésor au prix de la rançon promise... Nous sommes retournés à la barque, nous avons regagné la rive, et me voici ; et toi de ce matin n'ayant pas de mes nouvelles, tu m'accusais sansdoute d'oubli et d'indifférence... Oh! tu ne m'accuses plus à présent...
LÉONCE
Henriette, comment pourrais-jc jamais reconnaître...
HENRIETTE
De la reconnaissance!... c'est là le mot que vous me
dites?.., Voulez-vous donc détruire, Léonce, la seule
joie que je ne me sois point reprochée depuis ma faute ?
léonce, à pari,
0 mon Dieu! l'abandonner maintenant... ce serait
une infâme trahison!
Henriette, l'examinant.
Allons! encore des distractions... comme celles qui m'ont déjà si cruellement préoccupée.
LÉONCE
C'est que... Pardonnez, Henriette, en votre absence je vous avais écrit... à Lymeyrol.