ACTE I, SCÈNE V
HENRIETTE
Ah! vous êtes bon, mon ami. Vous songiez à moi?
LÉONCE
Mais c'est que je tremble que cette lettre. ..Il faut que je coure... (// va pour sortir.)
Henriette, l'arrêtant.
Ah ! je comprends... mais, rassurez-vous. A tout hasard, et au moment d'une absence qui pouvait être longue et dangereuse, j'avais ordonnné à Rosine de brûler toute lettre qui viendrait de vous.
léonce, à part, avec un cri.
Oh! je vous remercie, mon Dieu! vous m'avez épargné d'être ingrat !
HENRIETTE
A la bonne heure, au moins ! j'aime à vous voir ce visage joyeux, cette physionomie confiante... C'est que, voyez-vous, déjà vous m'avez fait souffrir... Là, sérieusement... cette jeune fille... M1Iede Lussac... il m'avait semblé avant-hier, à ce bal, chez le préfet de Draguignan... que vos regards la recherchaient plusquemoi. Mais je me suis trompée, n'est-ce pas, Léonce ?
LÉONCE
C'était une idée...
HENRIETTE
Oui... c'est cela, une idée... je le savais bien... une idée de cerveau fantasque... Jalouse, moi ! comme si je n'étais pas assurée de votre affection... de votre affection exclusive... mon seul bien, ma seule excuse. Folle que je suis! j'en ai été malade pourtant... Après cela, vous retrouviez Mlle de Lussac partout... Mon mari, qui n'a presque voulu se lier avec personne, a profité, je ne sais dans quel but, de ce que les propriétés du tuteur de cette jeune fille touchent les nôtres pour les attirer tous deux... (Avec une moquerie douce.) Alors, on s'est rappelé les doux souvenirs d'enfance avec Ml,e de Lussac... on a reçu de cette famille des invitations... on a dû leur rendre des visites peut-être un peu fréquentes... C'est que je conçois parfaitement qu'on devienne amoureux de M,,e Blanche de Lussac, si bon-