LE COMTE, HENRIETTE
LE COMTE
A-t-on jamais rien vu de plus étrange?
HENRIETTE
Mais je ne vois, au contraire, là rien que de très-naturel... On s'obstine à vouloir marier deux personnes qui ne s'aiment pas, qui ne se conviennent pas... Ces deux personnes refusent... c'est bien le moins qu'elles aient ce droit.
le comte.
Qui ne s'aiment pas...qui ne se conviennent pas... c<da est bon à dire... mais l'attention dont Blanche a été l'objet de la part de M. de Norbourg n'est ni un fait ignoré, ni un fait invraisemblable... et Mlle de Lussac elle-même, dont je n'ai pas besoin de rappeler toutes les charmantes qualités...
34 FAUTE D1UN I'ARDOS.
Henriette, avec une agitation nerveuse quiva croissant. Eh! mon Dieu ! ne dirait-on pas qu'il n'y aau monde (|ue Mlle de Lussac pour plaire et pour être aimée?... Quel est donc votre motif, M. le comte, pour tenir tant à ce maringe... Je ne sais pas, mais moi, à votre place, je n'imposerais point ainsi mes idées à mes amis, au risque d'être le tyran de leurs inclinations et le fléau de leur repos... I! est singulier qu'un homme qui a vingt-cinq ans a peine ne puisse rester libre... si (elles sont sa fantaisie et sa volonté... (Se reprenant.) Au reste, ce que j'en dis, M. le comte, ce n'est que pour vous épargner un ridicule... ou un regret... car peu m'importe à moi... M. de Norbourg peut disposer de son cœur et de sa main... cela m'est bien indifférent.
LE COMTE
Vous vous étonnez, et avec raison, de l'insistance que j'ai mise à voir conclure ce mariage... Henriette, je vous en dois l'explication, et la voici : Je sais trop à quel triste isolement je vous ai vouée depuis notre union... Pardonnez-moi ! on est jalouxsurtout dubien qu'on n'avait peut-être pas le droit de posséder. Je ne pouvais permettre qu'on approchât même de mon trésor... caria seule pensée de le perdre soulevait dans mon cœur des tempêtes de désespoir et de colère. Maintenant je commence à comprendre que les goûts de votre jeunesse ne sont pas ceux d'une maturité morose j et plein de remords pour les belles années que je vous ai enlevées, j'ai voulu créer autour de vous de douces distractions, des sympathies innocentes qui pussent vous dédommager de ce bonheur de votre âge que vous n'avez pas trouvé auprès de moi.
HENRIETTE, COnfuSe.
M. le comte... qui vous fait croire...
LE COMTE
Oh ! ne cherchez pas à me faire illusion ! c'était sous l'influence des reproches que je m'adresse que je permis à M. de Norbourg de venir quelquefois faire diver-