‹ Faute d'un pardon, drame en cinq actes et en proseChapitre 48 sur 69 · LE DOMESTIQUE · texte numérisé non relu

LE DOMESTIQUE

Oui, monsieur, et le voilà qui me suit.

ADALBERT

C'est bien, laissez-nous... (Le domestique sort, A Léonce.) Prenez un siège, M. Léonce... Nous avons à nous occuper d'affaires graves. Ceci jure un peu avec la réputation qu'on m'a faite, et à laquelle j'ai contribué, du reste, autant et plus que tout autre ; mais ce jour prouvera qu'il y a commencement à tout.

LÉONCE

Je vous écoute, monsieur.

ADALBERT

Hier soir, pendant qu'une affaire indispensable... m'appelait au dehors et faisait trêve à ma rigoureuse surveillance, il s'est passé un fait sur lequel il faut que nous nous expliquions... [Ils s'asseoient.) Vous aviez recherché la main de Mlle de Lussac, monsieur. Vous m'aviez consulté sur ce sujet, et vous vous êtes ouvert explicitement avec elle. Jusque-là, rien de mieux! Je croyais, à vrai dire, que votre nom, votre jeunesse, les moyens de plaire que vous pouvez faire valoir, avaient produit sur ma nièce l'effet que je devais naturellement en attendre... Il parait que je m'étais trompé, puisque, soit indifférence, soit par d'autres raisons qu'il ne m'a pas été donné de connaître, Blanche vous a refusé.

LÉONCE

Je n'ai pas besoin de vous en dire mes regrets, monsieur.

ADALBERT

Très-bien encore jusque-là, vous n'avez pas voulu vous tenir pour battu. De mieux en mieux !... J'approuve l'ambition en tout genre... Je serai ambitieux, moi... quand je serai vieux... Mais, au lieu d'agir avec la persistance permise à un galant homme, avec la séduction consacrée d'un adorateur courtois, vous avez compromis ma pupille de la façon la plus... révolutionnaire... car, enfin, on ne comprend pas les jeunes filles. C'est un principe adopté dans la tragédie dessalons,

comme en horticulture, de ne pas couper les arbres sur pied... Vous me direz à cela que vous nedemandez pas mieux que de réparer vos torts, soit! mais puisque ma pupille s'obstine dans une résolution que vous auriez dû respecter, elle n'en demeure pas moins attaquée dans sa réputation. Et mon devoir...

Léonce. Est de la venger, M. de Lussac.

ADALBERT

Précisément! Ah! c'est que lorsqu'il s'agit de ma pupille, je ne suis plus ni si léger, ni si insouciant... J'ai mangé ma fortune, mais la sienne n'a pas même été effleurée... J'ai attaché mon nom à quelques folies, mais j'ai toujours défendu scrupuleusement la pureté du sien... et si Blanche jusqu'ici par sa raison, par la convenance irréprochable de sa conduite, m'a un peu épargné la responsabilité de ma mission... voici qu'il se présente pour moi une occasion de faire acte de tutelle, et, ma foi, ces occasions-là sont trop rares pour que je n'en profite pas. Or, la stricte logique de mon rôle de grave prolecteur m'ordonne d'utiliser ici mes séances de tir et mes études de salle d'armes. Donc, j'en suis bien fâché, mon cher M. Léonce, je vous couperai la gorge ou je vous casserai la tête. Il ne sera pas dit que je n'aurai pas agi une fois dans ma vie avec réflexion et maturité.

Ils se lèvent.

LÉONCE

Réglez tout, disposez tout, M. de Lussac, je n'ai aucun intérêt à retarder une rencontre dont les conséquences, quelque fatales qu'elles puissent m'être, me sont parfaitement indifférentes.

ADALBERT

Vous avez tort, la vie est une chose assez bien trouvée... et en la perfectionnant un peu... Mais vous comprenez qu'il est certaines circonstances où, quoiqu'y tenant aussi fort que possible...

LÉONCE

On doit savoir en faire bon marché. C'est mon avis, monsieur, plus que jamais.

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