‹ Faute d'un pardon, drame en cinq actes et en proseChapitre 5 sur 69 · LÉONCE, STÉPHEN · texte numérisé non relu

LÉONCE, STÉPHEN

léonce, allant à lui.

Soyez le bien venu, docteur... À quel motif dois-je l'honneur de cette visite inattendue?

STÉPHEN

J'ai besoin d'avoir avec vous, M. de Norbourg, un moment d'entretien... j'espère que vous voudrez bien me l'accorder, quelque peu amusant que cela doive vous paraître. Je ne prends pas mon monde en traître, comme vous le voyez.

léonce, approchant des fauteuils.

Comment donc, docteur... mais vous avez raison de compter en toute circonstance sur la déférence que je dois à votre caractère et à nos relations amicales... Veuillez d'abord vous asseoir.

stéphen, s9 asseyant ainsi que Léonce.

Avant tout, pour que ma démarche ne vous semble pas trop étrange, je dois prendre les choses d'un peu haut et vous faire part des antécédens qui m'unissent à des amis communs, vos voisins de campagne. Vous avez peut-être deviné déjà que dans cette entrevue il s'agit de la famille de Lymeyrol, dont je suis mieux que le médecin, dont je suis l'ami intime.

LÉONCE

Je ne prévoyais pas, docteur... mais je vous écoute.

STÉPHEN

Je ne me suis jamais marié, monsieur... ma jeunesse a été dévorée par une de ces affections sans avenir, (jui ne sont qu'une lutte tant qu'elles durent, qui ne sont plus qu'un remords, quand elles se brisent. léonce, à part.

Il ne dit que trop vrai.

Lorsque mourut l'objet de cette affection, j'étais déjà bien vieux pour renouer des liens plus légitimes. Ma sœur, restée veuve et libre, habite, ainsi que vous le savez, un faubourg du chef-lieu de ce département,

D FACTE l) UN PARDON.

sa maison, et de plus colle des parens d'Henriette... depuis comtesse de Lymeyroi et alors enfant, c'étaient là les seuls asiles où j'abritasse mes regrets. léoivcé, à part.

Où veut-il en venir?

STÉPHEN

Mon amitié pour la jeune Henriette grandit avec elle, et peut-être les préoccupations exclusives de cette adoration involontaire entrèrent-elles aussi dans les raisons dernières démon célibat.

LÉONCE

Eh ! qui ne se fût inléressé à elle.

STÉPHEN

Et cependant, monsieur... si vous la connaissiez comme moi... il n'y a pas une nuance de ce caractère, un repli de cette âme que je n'ai étudié et analysé. Enfant, c'était une nature fantasque, impressionnable à l'extrême, ne jouant jamais, rêvant beaucoup... Jeune fille, femme, elle n'a pas changé. Un jour, je présentai chez le père d'Henriette un ancien camarade presque de mon âge, le comte de Lymeyroi, qui passait par Dragtiignan. Je ne soupçonnais pas, je l'avoue, à un de mes contemporains le droit de s'enflammer d'une belle passion!. ..ce fut pourtant cequi arriva. Le comte de Lymeyroi vit Henriette, et l'aima... il la demanda malgré mon avis. Lymeyroi était riche; il portait un nom cher aux Bourbons, et l'empire s'écroulait... déjà il y avait dans ce mariage la fortune, peut-être une haute position... Le père d'Henriette se prononça en faveur du comte; la mère d'Henriette, sainte et digne femme dont les vertus étaient l'exemple de toute la ville, eût regardé, malgré ses pressentimens et ses inquiétudes, toute résistance à son mari comme une faute. Oh! c'est alors, monsieur, que je compris combien il est cruel d'avoir pour un enfant l'affection d'un père jsans en avoir l'autorité. Enfin, le mariage fut conclu; les deux époux partirent pour Paris, où vous les avez connus, il y a dix-huit mois, je crois.

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