‹ Faute d'un pardon, drame en cinq actes et en proseChapitre 6 sur 69 · ACTE I, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IV

LÉONCE

Précisément, docteur... je dus d'être accueilli par M. le comte au souvenir d'anciens liens d'amitié qui avaient existé entre lui et mon père, malgré la divergence de leurs opinions. Mon père, vous le savez, vieux soldat de l'Empire,..

STEPHEN

Vous avait laissé à vous-même quelques dangereuses relations politiques, avec lesquelles je vous félicite d'avoir rompu, à cette époque de terreur légitimiste ojà nous vivons. Mais revenons au sujet qui m'amène. La mère d'Henriette avait succombé au regret de voir sa fille presque sacrifiée. Le père ne tarda pas à la suivre. Depuis, Lymeyrol, investi de la confiance de Louis XVIII et chargéd'une mission importante dans le Midi, à l'occasion de la sanglante échauffourée de Grenoble, est venu se fixer près de Draguignan... Vous-même, M. de Norbourg, vous avez senti, à cette époque, le besoin de revoir le château paternel, délaissé depuis si longtemps.

LÉONCE

Pardonnez-moi, docteur,., mais j'ai peine à voir jusqu'à présent quel rapport peut exister entre votre démarche...

STEPHEN

Et Mm* de Lymeyrol.., j'abordefranchement la question... (Se levant.) Henriette vous aime. léonce, de même.

Docteur, qui vous fait supposer...

STÉPHEN

Oh! il n'était pas besoin pour cela de quelques regards... de quelques mots surpris au hasard... sa pâleur, son agitation fébrile, son silence surtout...

LÉONCE

Son silence...

STÉPHEN

Oui, monsieur, cette union où Henriette, dans son besoin dévorant d'affections ne pouvait rencontrer le bonheur, cette union ne lui avait pas du moins coûté

ô FAUTE D UN PARDON.

le repos, et moi j'avais été assez heureux pour que ma tendresse fût récompensée par une confiance sans bornes... J'étais son consolateur, s'il en était besoin, presque sa Providence. Dans les crises passagères d'un mal cruel dont cllesouffre parfois, et qui heureusemenln'e.^ encore qu'à son principe, ma présence est déjà pour elle la santé... le salut... et je crois que mourante, morte, elle entendrait encore la voix de son vieil ami et se ranimerait à son appel. Eli bien ! maintenant elle me cache ses pensées, ses souffrances... Je ne dirai pas ses remords, M. de Norbourg, car siellcétait coupable, eile n'y survivrait pas.

LÉONCE

Docteur, que dites-vous là?... mais croyez bien...

STÉPHEN

Elle apporterait dans sonrepentirl'exaîtationqu'elle apporte jusque dans ses moindres actions... et elles'éîeiudrait lot ou tard dans les convictions d'une lutte qui n'aurait de témoins qu'elle-même et Dieu. Que serait-ce, si M. de Lymeyrol dont le caractère est violent, inexorable, apprenait jamais... Les maris ne sont pas toujours sourdset aveugles... Ah! je frémis... Maint.ement, M. de Norbourg, je viens en appeler à votre générosité... je viens vous demander le repos de la comtesse... sa vie... Il dépend de vous, de vous seul, de rompre, sans trop de secousses et de dangers, ces relations fa! aies... soyez homme d'honneur... ayez pitiéd'une femme, etaurai-je l'égoïsme d'ajouter : d'un vieillard qui a retrouvé par miracle un abri, un espoir, un enfant, quand tout s'était déjà éteint pour lui... etqui vient implorer la grâce de ne pas survivre à sa dernière affection. léonce, à part.

0 mon Dieu! cette lettre si brusque... j'ai eu tort... mais il n'est plus temps sans doute... (Haut.) Docteur, docteur, je vous en prie.

SPÉPHEN.

Eh bien !

LÉONCE

Allez de ce pas à Lymeyrol, voyez la comtesse,

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