‹ Faute d'un pardon, drame en cinq actes et en proseChapitre 52 sur 69 · ACTE 111, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE 111, SCENE IV

j'en subirai avec résignation toutes les conséquences, n'en doutez pas; car elles ne me frappent que dans ma réputation, et non dans ma conscience... Que désirezvous donc de plus, madame?... Veuillez-vous hâter de me le dire.

HENRIETTE

Je viens vous demander d'achever votre œuvre...

BLANCHE

Et comment?

HENRIETTE

Comment... (A part.) Aurai-je la force d'achever?

BLANCHE

Madame !

HENRIETTE

En mettant une barrière insurmontable entre moi et M. de Norbourg.

BLANCHE

Et pour cela il faut...

L'accepter pour mari.

BLANCHE

C'est vous qui venez me prier...

HENRIETTE

Oh! je comprends... Vous devez vous étonner que la femme qui osait hier recevoir ehez elle celui qu'elle aimait, vous devez vous étonner qu'elle ait en ce moment ce courage,ou plutôt cetteaudace... Oh! c'est que, voyez-vous, d'épouvantables déchiremens ont eu lieu dans mon cœur! Hier, à la première nouvelle de ce mariage que je viens accepter aujourd'hui, car il est mon châtiment... tremblante, éperdue... j'avais ordonné... oui, ordonné à Léonce de m'apporter des explications... de venir m'assurer par sa présence de

son amour Léonce eût cessé de m'aimer, qu'il ne

pouvait me refuser cette preuve de dévouement... je venais de lui sauver la vie...

blanche, à part.

Que dit-elle?

52 FAUTE DfUN PARDON.

HENRIETTE

Mais lorsque j'ai vu, à coite place... l'homme généreux dont je porte le nom... lorsqu'il est parmi nous livide, la lèvre frémissante, le corps à demi courbésous l'étreinte d'une anxiété mortelle... oh ! alors, j'ai compris qu'il souffrait de ses tortures inexplicables que la consolation même ne peut sonder... Et cependant, il doutait encore!... S'il était jamais certain... Oh! voyezvous, je n'ai plus eu que de la pitié pour sa menace, que des larmes pour sa fureur... et je me suis fait houle et horreur à moi-même.

Je ne vous condamne pas, madame; je ne puis que vous plaindre... Je suis même heureuse de pouvoir rendre à M. de Norbourg une partie de l'estime que j'aurais voulu lui conserver toute entière... Mais les soupçons deM. de Lymeyrol se sontapaisées, l'opinion trompée a pris le change... ce mariage n'est donc plus nécessaire, et je puis heureusement m'y refuser... La femme qu'on a tant aimée... (Mouvement d'Henriette.) qu'on aime encore, madame, a tropde droits pourqu'il soit possible de les oublier jamais, et l'imprudente qui accepte le second hommage d'un cœur si rempli de souvenirs, n'a qu'à choisir entre le malheur, si elle ne surmonte pas l'ascendant du passé, et le remords, si elle devient la complice triomphante d'un abandon toujours aussi coupable que la faute. Vous voyez bien, madame, que ce mariage est impossible.

HENRIETTE

Et cependant, il faut qu'il se fasse... [Mouvement de Blanche.) il le faut., car cette dernière lueur de raison qui m'a guidée vers vous me dit que je ne me détacherai jamais de cet amour coupable si vous ne vous placez comme une sauvegarde entre moi et celui qui J a fait naître... Hâtez-vous, hâtez-vous, je vousen conjure! (le salut, dans un instant, je n'aurais peut-être plus la force de le demander... Que dis-je? je n'en voudrais plu& peut-être... Oh! non, vous ne me repousse-

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