LETTRES
Montréal, 22 mai 1890.
A Monsieur Alphonse Lusignan.
Mon cher ami,
Je viens de parcourir ton intéressant et précieux manuscrit, avec la satisfiiction qu'on éprouve à la vue d'un bel édifice destiné à une belle œuvre.
Ces pages ont un double intérêt pour moi : en dehors de ma filiale admiration pour notre chère langue, si gracieuse, si claire, si colorée et si chantante, elles ont l'éveillé chez moi un souvenir bien agréable, celui d'une de nos bonnes et longues causeries d'autrefois.
Car — si lu t'en soiivicn.s — c'est dans une de CCS causeric8, rarement inf«?eondes, que Vidée de ce petit livre a fait son éclosion.
C'était sous les pins odorants de Nicolet ; la brise du soir chuchotait doucement dans les grands rameaux solennels, tandis que les dernières lueurs créjHiscuiaires s'éteigiuiient au loin sur la rivière, dans l'enchevClrement des îlots assombris.
Nous causions de mille et une choses : beaucou]} du passé, un peu de l'avenir.
Mais, quand on a, comme nous, atteint le dernier vei-sant de la vie, si l'on rêve d'avenir, c'est plutôt pour les autres que pour soi. L'avenir qui alors nous ])réoccupe et souvent nous passionne, c'est celui des enfants, celui du pays, celui de la race.
La conversation était tombée dans ce courant, et nous nous disions :
— Un des jjlus ])i-écieux éléments de noti'e richesse nationale, c'est notre langue — hi langue française.
C'est comme l'arche sainte de nos institutions et de nos traditions. C'est elle qui détermine le caractère de nos aspirations collectives, qui assure nos libertés et maintient notre autonomie, en nous gi'oupant autour du clocher de la j)aroisse.
Il est donc de la ]j1us extieme importance pour nous de conserver cette portion sacrée de notre