‹ Favras; épisode de 1789, en trois actes;Chapitre 13 sur 53 · SCÈNE XVI · texte numérisé non relu

SCÈNE XVI

LE MARQUIS DE FAVRAS , Mme DE FAVRAS.

Les mise'rables ! Etre exposé à de pareilles insultes !. . .

(27) Mme DE NAVRAS.

Que signifient ces menaces ?

Elles n'expriment que la cupidité de ces drôles.

Mme DE FAVRAS.

Si quelqn'argent pouvait les appaiser , pourquoi ne pas en faire le sacrifice?

Plutôt périr que de capituler lâchement avec cette canaille !

Mme DE FAVRAS.

Seriez-vous véritablement en danger ?

FAVRAS* D'être dénoncé. . . sans doute.

Mme LA MARQUISE.

Ah ! mon ami , dans un temps comme celui-ci , c'est la mort . . . Je vais les rappeler. «

FAVRAS, la retenant.

Je vous le défends ! . . . Rassurez-vous, ma chère amie ; dieu merci, nous avons encore des tribunaux, des magistrats ', et vous avez entendu ce que l'on disait de leur fermeté.

Mme DE FAVRAS.

Eh! Monsieur, j'ai vu aujourd'hui une sanglante preuve de leur impuissance à sauver un innocent.

Que peuvent des accusations vagues?

Mme DTÎ rAVRAS.

Plus elles seront absurdes , plas le peuple y croira.

f FAVRAS.

Du moins , il m'écoutera avant de me juger.

Mme DE FAVRAS.

Il ne juge pas , il condamne.

A vous entendre , tout ordre légal serait anéanti.

Mme DE FAVRAS.

Dans ces momens de crise on doit s'attendre aux plus grands excès.

Si nous en étions à ce point de désordre , ma chère amie , il faudrait désespérer de la France.

De la France, non; une grande nation ne périt pas ; mais de sou repos, de son bonheur, oh! pour long-temps. . . "Voulezvous m'en croire , Favras? Fuyons un pays où les lois ne trouvent plus d'appui , où la force populaire débordée s'apprête à

tout renverser sur son passage; venez en Allemagne , dans ma patrie, au sein de ma famille j de'jà un grand nombre de uobles sont ailes demander aux souverains d'opposer une digue au torrent révolutionnaire.

FAVRAS , l'interrompant.

Ah! Madame, que dites-vous? Vous n'êtes pas française, je vous pardonne. Mais moi , aller exciter l'étranger contre mon pays, revenir dans les rangs pour de'vaster nos champs et nos villes , porter la mort à mes concitoyens ! Ah ! c'est un parricide que tous me proposez !

Mme DE FAVRAS.

Mais le pe'ril. . .

FAVRAg.

N'excuse ni la lâcheté, ni la trahison. Oui, il est parjure , il est sans foi et sans honneur celui qui ne préfère pas mourir , à mendier chez l'étranger l'asservissement de sa patrie.

Mme DE FAVRAS.

Restons donc, puisque vous le voulez. . . mais au moins êtesvous bien sûr que ces hommes qui vous menacent n'ont pas le moyen de donner quelque consistance à leur dénonciation?

Aucun. Ils ont voulu m'efïrayer pour me forcer à les payer ; ayant manqué leur but, ils renonceront d'eux-mêmes à cette ridicule espérance.

( Depuis quelques momens il s'est fait un peu de rumeur dans la rue; elle va toujours en augmentant. )

Mmo DE FAVRAS.

Ecoutez ! « . . Qu'est cela ?

LE marquis , avec indifférence.

Des gens du peuple qui se rassemblent sur la place.

Mme DE favras , inquiète.

Pourquoi près de cette maison?. . .

FAVRAS , froidement.

Le hazard. . .

Mme DE FAVRAS.

Entendez-vous. . . On a prononcé votre nom 1

En effet. . . {Il écoute.} C'est la voix de Turcati.

Mme DE FAVRAS.

Ociel!

favras , écoutant toujours.

Que dit-il?

Mme DE -pAVRAS.

Je ne puis entendre. . . Je vais ouvrir la fenêtre,

( Elle ouvre la fenêtre de droite. )

TURCATI , en dehors.

Oui, citoyens, un ami et moi, avons découvert le complot. Il veut faire sortir du royaume le roi , la reine et le dauphin.

( Cris de la foule : Ah ! ah ! ah ! )

MOBEE.

Et vous sentez bien qu'une fois dehors , le boulanger , la boulangère et le petit mitron, vous n'aurez plus de pain.

( Cris : A la lanterne ! Favras , à la lanterne ! — On frappe à coups redoublés. )

Mme DE FAVRAS.

Ah! nous sommes perdus!

voix , en dehors.

A mort l'aristocrate !

Je vais leur parler.

Mme de favras, le retenant .

Non. . . non. . . ne vous montrez pas.

FAVRAS , la repoussant.

II le faut, laisse-moi. . .

M™e de FAVRAS, se jetant à genoux devant lui. Ah! ils te tueront!. . . Mon ami, pense à ta femme, à tes eufans! ( Le bruit diminue.) FAVRAS.

Le bruit cesse ! . . . Ils s'éloignent.

Mme DE NAVRAS, regardant de loin à la fenêtre . Tout en jetant sur l'hôtel des regards menaçaus.

Que veut dire cette prompte retraite?

Mœe DE FAVRAS.

O mon dieu! leur colère serait-elle appaisée?

Je ne puis le croire. . . Je crains quelque dessein funeste.

r 3o ) SCÈNE XVII.

les mêmes, THÉROIGNE.

( La porte s'ouvre brusquement. — Elle entre en courant.)

THÉROIGNE

C'est moi , n'ayez pas peur.

Vous savez ce qui se passe?

THÉROIGNE

C'est ce qui m'amène.

Mme DE FAVRAS.

Sout-ils partis?

THÉROIGNE

Pour peu de temps.

Que veulent-ils ?

THÉROIGNE

Vous pendre.

Mme de FAVRAS, tombant dans un fauteuil. Ah!

THÉROIGNE

Ils disent que vous êtes un aristocrate. . . Je ne les aime pas, les aristocrates 1 ... et pourtant je voudrais vous sauver. . . Vous vous aimez tant, vous et cette petite femme. . . Comme Marcel et moi! . . . Ce serait dommage !

Mme DE FAVRAS.

Brave femme!

Comme vos gens refusaient d'ouvrir , et faisaient résistance , ils sont alle's chercher des échelles, de la paille , des fagots. . .

Mettre le feu !

THÉROIGNE

Oui, . . J'ai profité de ce moment là. . .

Mme DE FAVRAS.

Mais que faire?

THÉROIGNE

Fuir par les jardins, escalader les murs... Je les ai bien franchis pour arriver jusqu'à vous.

Et ma femme , mes cnfans? j

THÉROIGNE

Ce n'est pas à eux qu'on en veut. Partez, partez.

Fuir! se cacher comme un coupable devant une e'meute, des scéle'rats ! . . .

Mme DE FAVRAS.

Je te suivrai !

THÉROIGNE

Impossible, vous le perdriez.

FAVRAS , embrassant sa femme.

Adieu !

Allons donc ! ( Des pierres arrivent clans les vitres. )

Mme DE FAVRAS.

Les voilà !

( Un grand bruit se fait entendre. — Des cris , du tumulte. )

THÉROIGNE

La porte est enfoncée. . . Un escalier dérobé! . . .

Mme DE FAVRAS.

Il n'y en a pas. . . Us montent! ( Bruit terrible. )

THÉROIGNE

Vos valets re'sistent.

Ils sont dans Pescalier.

THÉROIGNE

Une fenêtre basse. . . la cbemine'e. . . les toits , ou vons êtes perdu.

Non! je n'abandonnerai pas ma femme! Qu'ils entrent, ils nous égorgeront ensemble.

( // prend sa femme dans ses bras. — Grand cri au dehors. — La porte s'ouvre. — ■ La maréchaussée entre , et contient le peuple. )

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