SCÈNE IV
les mêmes, LE MARQUIS DE FAVRAS, M™ DE FAVRAS.
( Ils sortent de la deuxième porte à droite. )
THÉROIGNE
Tiens, voilà des voisins !
MARCEL-
Retirons-nous un peu, pour ne pas gêner nos compagnons infortune.
C'est ennuyeux ce parloir! tout le monde va et vient... ( Reconnaissant le marquis. ) Attends donc : je les connais. MARCEL, bas.
De bien braves gens , bien malheureux!
( Il l'emmène au fond. ) FAVRAS.
Je vous le répète, ma chère amie, jamais je ne chercherai à me de'fendre aux dépens de mon bienfaiteur. THÉROIGNE , bas.
C'est presque à eux que je dois ta grâce. ( Marcel regarde M. et madame de Fatras ayee intérêt : il parait s'entretenir d'eux avec ÏHÉROIGNE , qui s'est assise auprès de lui sur le banc. )
Mme DE FAVRAS.
Je suis bien loin de blâmer votre générosité; mais je voudrais qu'on en montrât autant à votre égard, et que Ton sût prendre sa part de la responsabilité qui pèse toute entière sur vous seul aux yeux du peuple.
A quoi bon? Je ne suis point en danger : l'affaire s'instruit avec toutes les formes protectrices de l'innocence; les dénonciateurs, ni les témoins n'ont pu encore articuler aucun fait positif à ma charge; vous voyez même que ïurcati , malgré ses menaces , n'a poiut osé paraître dons la procédure.
Mme DE FAVRAS.
Parce qu'on ne veut pas l'entendre; mais je suis certaine que lui et quelques-uns des leurs irritent le peuple contre vous.
J'ai subi aujourd'hui mon dernier interrogatoire , et bientôt un jugement impartial va me rendre à ma famille et à la liberté.
M1816 DE FAVRAS, à part. Je n'ose lui faire part de mes craintes.
Vous tremblez encore. . .
Mme DE FAVRAS.
Non , je vous crois. . . ( Le prenant dans ses bras. ) Près de vous je suis tranquille; je voudrais ne pas vous quitter jusqu'au moment où. l'on prononcera ce jugement.
MARCEL, se levant, bas à The'roigne.
Vois : ils sont comme nous : ils s'aiment.
Mme DE FAvRAs, apercevant The'roigne.
Ah ! ah ! vous ici , ma bonne?
théroignf. , sy avançant avec Marcel.
Oui; et voilà Marcel. Ce Monsieur de chez vous, l'autre jour. . . a tenu parole : la grâce est arrive'e.
Vraiment?
MARCEL, tristement.
Grâce ! . . c commutation de peine.
Je vous en félicite, mon ami.
MARCEL, de même.
Merci.
THÉROIGNE
Ah ! ça , et vous , votre affaire ?
Je vais paraître devant mes juges : je ne suis pas itîquiet.
Le peuple est furieusement monté.
Mme DE FAVRAS, vivement.
Que dit-on?
THÉROIGNE
On dit... Je ne sais pas si je dois répéter. . .
Mrae DE FAVRAS.
Oh' parlez , parlez.
Oui , ne craignez rien.
THÉROIGNE
Dame! on vous accuse de bien vilaines choses*7. d'avoir
voulu introduire des troupes étrangères dans Paris } pour mas* sacrer les patriotes et faire la contre-révolution.
Et c'est tout ?
THÉROIGNE
Comment? n'est-ce donc pas assez?
Je veux dire que mes juges apprécieront ces bruits absurdes, et qu'ils les réduiront à leur juste valeur.
THÉROIGNE
C'est que vos juges. . . qu'il ne s'y fient pas! Ils ont déjà absous Bezenval. . . et ça a fait un mauvais effet. Ils pourraient bien être pendus eux autres pour acquitter comme ça tout le monde. Quand je dis tout le monde. . . pas le pauvre peuple , pas mon pauvre Marcel, par exemple.
Si M. de Bezenval était innocent?. . .