‹ Favras; épisode de 1789, en trois actes;Chapitre 19 sur 53 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

les mêmes, LE MARQUIS DE FAVRAS, M™ DE FAVRAS.

( Ils sortent de la deuxième porte à droite. )

THÉROIGNE

Tiens, voilà des voisins !

MARCEL-

Retirons-nous un peu, pour ne pas gêner nos compagnons infortune.

C'est ennuyeux ce parloir! tout le monde va et vient... ( Reconnaissant le marquis. ) Attends donc : je les connais. MARCEL, bas.

De bien braves gens , bien malheureux!

( Il l'emmène au fond. ) FAVRAS.

Je vous le répète, ma chère amie, jamais je ne chercherai à me de'fendre aux dépens de mon bienfaiteur. THÉROIGNE , bas.

C'est presque à eux que je dois ta grâce. ( Marcel regarde M. et madame de Fatras ayee intérêt : il parait s'entretenir d'eux avec ÏHÉROIGNE , qui s'est assise auprès de lui sur le banc. )

Mme DE FAVRAS.

Je suis bien loin de blâmer votre générosité; mais je voudrais qu'on en montrât autant à votre égard, et que Ton sût prendre sa part de la responsabilité qui pèse toute entière sur vous seul aux yeux du peuple.

A quoi bon? Je ne suis point en danger : l'affaire s'instruit avec toutes les formes protectrices de l'innocence; les dénonciateurs, ni les témoins n'ont pu encore articuler aucun fait positif à ma charge; vous voyez même que ïurcati , malgré ses menaces , n'a poiut osé paraître dons la procédure.

Mme DE FAVRAS.

Parce qu'on ne veut pas l'entendre; mais je suis certaine que lui et quelques-uns des leurs irritent le peuple contre vous.

J'ai subi aujourd'hui mon dernier interrogatoire , et bientôt un jugement impartial va me rendre à ma famille et à la liberté.

M1816 DE FAVRAS, à part. Je n'ose lui faire part de mes craintes.

Vous tremblez encore. . .

Mme DE FAVRAS.

Non , je vous crois. . . ( Le prenant dans ses bras. ) Près de vous je suis tranquille; je voudrais ne pas vous quitter jusqu'au moment où. l'on prononcera ce jugement.

MARCEL, se levant, bas à The'roigne.

Vois : ils sont comme nous : ils s'aiment.

Mme DE FAvRAs, apercevant The'roigne.

Ah ! ah ! vous ici , ma bonne?

théroignf. , sy avançant avec Marcel.

Oui; et voilà Marcel. Ce Monsieur de chez vous, l'autre jour. . . a tenu parole : la grâce est arrive'e.

Vraiment?

MARCEL, tristement.

Grâce ! . . c commutation de peine.

Je vous en félicite, mon ami.

MARCEL, de même.

Merci.

THÉROIGNE

Ah ! ça , et vous , votre affaire ?

Je vais paraître devant mes juges : je ne suis pas itîquiet.

Le peuple est furieusement monté.

Mme DE FAVRAS, vivement.

Que dit-on?

THÉROIGNE

On dit... Je ne sais pas si je dois répéter. . .

Mrae DE FAVRAS.

Oh' parlez , parlez.

Oui , ne craignez rien.

THÉROIGNE

Dame! on vous accuse de bien vilaines choses*7. d'avoir

voulu introduire des troupes étrangères dans Paris } pour mas* sacrer les patriotes et faire la contre-révolution.

Et c'est tout ?

THÉROIGNE

Comment? n'est-ce donc pas assez?

Je veux dire que mes juges apprécieront ces bruits absurdes, et qu'ils les réduiront à leur juste valeur.

THÉROIGNE

C'est que vos juges. . . qu'il ne s'y fient pas! Ils ont déjà absous Bezenval. . . et ça a fait un mauvais effet. Ils pourraient bien être pendus eux autres pour acquitter comme ça tout le monde. Quand je dis tout le monde. . . pas le pauvre peuple , pas mon pauvre Marcel, par exemple.

Si M. de Bezenval était innocent?. . .

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