‹ Favras; épisode de 1789, en trois actes;Chapitre 51 sur 53 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

LES MÊMES, TAVRAS, pieds nus, sans habit , mais couvert d'un manteau, la cordeau cou; MOREL , TURC ATI, le Bourreau, Gardes, Geôliers, un peu après TALON, un Homme vêtu de noir.

Mme DE FAVRAS, à son mari.

Vous ! vous ! en cet état ! . . . A ce cruel moment.

Chère amie. . . réprimez cette douleur... ( Baissant la voix.) qui cesse presque dêtre fondée. . .

Mme DE favras, avec désespoir* Ah! malheureuse ! elle l'est plus que jamais. Faut-il que ce soit moi qui vous détrompe, mon ami!... O malheur ! malheur! qui ne semblait pas fait pour nous ! Voilà comme le ciel se joue de notre confiance et de l'espoir que nous crovons le mieux fondé !

( ElU- se jette dans ses bras , en poussant des cris et des sanglots. ) FAVRAS , regarde Marcel qui baisse les jeux , se séparant doucement de sa femme.

Je vous entends. Eh bien ! mon courage et ma résignation me Favras. , T

restent, ils ne m'abandonneront pas. Oui, il faut que meure! il Je faut. . . Je servirai d'exemple et de leçon à ceux qui se fient aux promesses des grands. Dans votre dévouement, oubliez donc famille, bonheur, patrie... pour ne trouver qu'indifférence . . . mépris , peut-être ! . . . Oh ! les voilà bien tous ! où le danger commence, leur amitié finit. . . Eh bien! la mienne ne ne se démentira pas. Adieu ! adieu!. . .

( Ils restent un moment dans les Iras l'un de l'autre, — Tous les

assistons fondent en larmes. )

talon , entrant.

Où est le prisonnier Marcel? ( Indiquant /'HOMME vêtu de

noir-, qui le suit. ) Qu'on le remette à l'instant entre les mains de

Monsieur. . . qui est chargé de le conduire au nouveau lieu de

sa détention.

MOREL, à lui-même.

Tiens ! quel est donc cet homme-là? un exempt, un huissier? Je ne l'ai jamais vu.

TALON, bas à la marquise. Cet homme est à moi.

Mme DE FAVRAS, bas à Talon.

Ah ! Monsieur , tout est perdu !

EAVRAS.

Je pars pour le supplice. Je remercie monsieur le lieutenant civil de tous les bons offices qu'il s'est efforcé de me rendre, ils ne peuvent plus me conduire à un autre terme. Je déclare donc ici, pour la dernière fois , que je meurs innocent.

( Talon regarde Marcel avec étonnement. )

Mme DE FAVRAS.

Innocent ! et mourir! et cela peut se voir dans un pays qui se prétend civilisé! ( A Talon.) Monsieur, ordonnez donc qu'on me tue aussi. Deux assassinats coûtent-ils plus à commettre qu'un seul. ( Retenant Favras , qui veut se dégager de ses bras. ) Non, non. . . je ne vous quitte pas. . . je veux mourir avec vous ! ( Elle tombe sur le plancher , privée de sentiment, )

MARCEL, au bourreau , qui fait signe à Favras de marcher.

Un moment. . . . un moment ! ( A Favras. ) Allez votre chemin, et ne craignez rieîi.- Les gens de parole. . . sont toujours les gens de parole. ( A /'homme vêtu de noir. ) Mon ami. . . conduisez-moi. . . où vous avez cidre de me conduire. ( A madame de Favras. ) Madame , Madame. . . le dépôt que j'ai remis entre vos mains, vous en disposerez comme ça a été convenu d'abord. ( Indiquant Théroigne .) Voilà celle que j'aime... (A Théroigne.) Je t'ai vue tantôt touchée de la peiue de cette digne femme, tu

l'es encore. Si elle te donne des conseils. . . écoute-les. . . suisles. . . ( Voyant l'anxiété de TALON , de M. et de Mœe favras. ) Je ne dirai rien de pins. ( A Favras. ) Partez. Bon courage. . . et que le ciel seconde... cenx qui vous veulent du bien. ( Il embrasse Théroigne sans lui parler, et prend la main à Turcati et à Moi ri. ) Adieu, adieu î

turCATI , à ISlorel.

Que diable a-t-il donc?

MOREL

Je ne sais. Allons du côté de Notre-Dame.

TURCATI.

Puis à la Grève.

( Le cortège se met en marche. — Le Théâtre change. )

seÈMË xii.

L'Hôtel - de - Ville. — La place de Grève , vue de la rue de la Vannerie. — La nuit commence.

THÉROIGNE, MOREL, TURCATI, LE GARÇON de café, Peuple.

( Six heures sonnent. )

LE PEUPLE

Favras ! Favras ï

TURCATI.

Sais - tu que je commetiL-e à ni'ennuyer d'attendre si longtemps. Qu'est-ce qu'il peut avoir à dire depuis plus de trois heures qu'il est monté à l'Hôtel-de-Ville*?

Deux hommes, portant desjlambaux^ descendent de VHôtelde-Ville, et se dirigent vers la droite , oh est la potence. ) LA FOULE.

Le voilà ! le voilà!

TURCATI.

Eh! non , ce n'est pas lui.

MOREL

Je veux monter à l'Hôtel-de-Yille , pour savoir un peu ce qui se passe. Il a peut-être trouvé encore quelque faute d'orthographe. . . ou plutôt il y a peut-être quelque manigance. . . Je vas voir ça. Il monte à l'Hôtel-àe-Ville.)

SCÈ^E XIII,

les mêmes, hors MOREL, LE DUC.

LE DUC , parlant à la porte d'une maison à droite. Eh bien, Madame, je cède à votre impatience; je vais m'assui er de tout.

LA FOULE

Le voilà ! le voilà !

TURCATI.

Cette fois, c'est bien lui.

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