‹ fayolChapitre 15 sur 34 · Partie financière · texte numérisé non relu

Partie financière

Capital. — Emprunts. — Dépôts.

Fonds de roulement .

/ Approvisionnements.

\ Marchandises.

j Débiteurs.

( Fonds liquides.

Fonds disponibles.

Réserves et provisions diverses.

i Salaires.

Créditeurs . Fournisseurs. *

\ Divers.

Amortissements. — Dividendes. — Banquiers.

ADMINISTRATION

Comptabilité .

Bilan. — Profits et pertes. — Statistique.

Sécurité.

Mesures prises contre les accidents.

Gardes. — Contentieux. — Service de santé. Assurances.

Administration.

Programme d’action.

Organisation du personnel. — Recrutement. Commandement.

Coordination. — Conférences.

Contrôles.

( Suit le tableau)

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IÎEINKl FAYOL

Il y a cinquante ans que j'ai commencé à employer ce système de prévisions. 11 s’agissait alors de la direction d’une houillère. Il m’y rendit de tels services que je n’hésitai pas à l’appliquer ensuite aux diverses industries dont la direction me fut confiée. Je le considère comme un précieux instrument de direction et je n’hésite pas à en recommander l’emploi à ceux qui ne disposent pas d’un instrument meilleur.

Il ne va pas sans quelques inconvénients, mais ses inconvénients sont bien peu de chose en comparaison des avantages qu’il présente.

Jetons un coup d’œil sur ces avantages et ces inconvénients.

Avantages et inconvénients des prévisions.

a) L’étude des ressources, des possibilités d’avenir et des moyens à employer pour atteindre le but, appelle l’intervention de tous les chefs de service dans le cadre de leurs attributions ; chacun apporte dans cette étude le concours de son expérience avec le sentiment de la responsabilité qui lui incombera dans la réalisation du programme.

Ce sont là d’excellentes conditions pour qu’aucune ressource ne soit négligée, pour que les possibilités d’avenir soient évaluées avec courage et prudence, et pour que les moyens soient bien adaptés au but.

Sachant ce qu’elle peut et ce qu’elle veut, l’entreprise prend une allure ferme ; elle aborde les affaires courantes avec sûreté et elle est préparée à dresser toutes ses forces contre les surprises et les accidents de toute nature qui peuvent se présenter.

b) La confection du programme annuel est toujours une opération délicate ; elle est particulièrement longue et laborieuse quand on l’effectue pour la première fois. Mais chaque renouvellement amène quelque simplification et lorsque le

DMIMSTIUTION

programme est devenu une habitude, la peine et les difficultés sont grandement réduites.

L’intérêt qu’il présente va, au contraire, en augmentant : l’attention que réclame la réalisation du programme ; la comparaison qui s’impose entre les faits prévus et les faits réels ; la constatation des erreurs commises et aussi des succès obtenus ; la recherche des moyens de reproduire les uns et d’éviter les autres, tout cela fait du programme nouveau un travail de plus en plus intéressant et de plus en plus utile.

En faisant ce travail le personnel accroit sa valeur d’année en année et il se trouve au bout d’un certain temps très supérieur à ce qu’il était au début.

A la vérité, ce résultat n’est pas uniquement dû h l’exercice de la prévoyance. Mais tout se tient : un programme bien étudié ne va pas ordinairement sans de saines pratiques d’organisation, de commandement, de coordination et de contrôle. Cet élément de Y administration influe sur tous les autres.

c) Le manque de suite dans l’action et les changements injustifiés d’orientation sont des dangers qui menacent constamment les affaires sans programme. Le moindre vent contraire fait dévier le navire qui ne s’est pas préparé à résister. Lorsque surgissent de graves événements, des changements regrettables d’orientation peuvent être décidés sous l’influence d’un trouble profond, mais passager. Seul, un programme mûrement étudié en période tranquille permet de conserver une claire vision de l’avenir et do concentrer sur le danger présent la plus grande somme possible do facultés intellectuelles et de forces matérielles.

C’est surtout dans les moments difficiles qu’un programme est nécessaire. Le meilleur programme n’a pu prévoir d’avance tous les événements extraordinaires qui peuvent survenir ; mais il a fait une part à ces événements et il a préparé les armes dont on pourra avoir besoin au moment des surprises.

HENRI KAYOL

Le programme défend l’entreprise non seulement contre les changements fâcheux d’orientation que de graves événements peuvent susciter, mais aussi contre ceux qui proviennent parfois tout simplement de la versatilité des autorités supérieures. 11 la protège aussi contre des déviations, d’abord insensibles, qui finiraient parla détourner de son but. ^

Conditions et qualités nécessaires a l’établissement d’un bon programme d’action

En résumé, le programme d’action facilite l’utilisation des ressources de l’entreprise et le choix des meilleurs moyens à employer pour arriver au but ; il supprime ou réduit les hésitations, les fausses manœuvres, les changements injustifiés d’orientation ; il contribue à l’amélioration du personnol.

C’est un précieux instrument de gouvernement.

On doit se demander pourquoi un tel instrument n’est pas partout usité et partout porté à son plus haut degré de perfection. La raison en est probablement que sa confection exige chez le personnel dirigeant un certain nombre de qualités et de conditions assez difficiles à rpunir.

La confection d’un bon programme d’action exige chez le personnel dirigeant :

1° L’art de manier les hommes ; 2° beaucoup d’activité ; 3° un certain courage moral ; 4° une assez grande stabilité ; 5° une certaine compétence dans la spécialité professionnelle de’ l’entreprise ; 6° une certaine expérience générale des affaires.

1° L'art de manier les hommes .

Dans une grande entreprise, la plupart des chefs de service participent à la confection du programme de marche. Cette besogne vient, par intervalles, s’ajouter au travail quotidien ordinaire ; elle comporte une certaine responsabilité et elle

ADMINISTRATION

ne donne lieu habituellement à aucune rémunération spéciale.

Pour obtenir des chefs de service, dans ces conditions, une collaboration loyale et active, il faut un habile manieur d’hommes, ne craignant ni la peine, ni les responsabilités. L’habile manieur d’hommes se reconnaît au zèle des subordonnés et à la conüanoe des supérieurs.

2° Activité.

Les prévisions annuelles, les prévisions décennales et les prévisions spéciales exigent de la part du personnel dirigeant une attention continuelle.

3° Courage moral.

On sait bien que le programme le mieux étudié ne se réalisera jamais exactement! Les prévisions ne sont point des prophéties. Elles ont pour but de réduire la part de l’imprévu t

Cependant, le public, et mépie les intéressés de l’entreprise les plus éclairés sur la marche des affaires, sont sans bienveillance pour le chef qui avait fait naître, ou laissé naître des espoirs non réalisés. D’où nécessité d’une certaine prudence, qu’il faut concilier avec l’obligation de faire tous les préparatifs que comporte la recherche du meilleur résultat possible.

Les timorés sont tentés de supprimer le programme ou de le rendre insignifiant afin de ne point donner prise à la critique. C’est un mauvais calcul, même à leur point de vue personnel. L’absence de programme qui compromet la marche des affaires expose le chef à des responsabilités infiniment plus graves que celle d’avoir à expliquer les causes de prévisions imparfaitement réalisées.

4° Stabilité du personnel dirigeant.

11 s’écoule un assez long temps avant qu’un nouveau directeur ait pu prendre une connaissance suffisante des opérations en cours, de la valeur des agents, des ressources

de l’entreprise, de son organisation générale et de ses possibilités d’avenir, pour aborder utilement la confection du programme d'action. Si, à ce moment, il sent qu’il no disposera pas du temps nécessaire pour achever ce travail ou seulement pour en voir commencer la réalisation ; si, d’autre part, il est convaincu que ce travail, condamné à rester stérile, ne peut lui attirer que des critiques, peut on croire qu’il l’exécutera avec ardeur ou meme qu’il l’entreprendra s'il n’y est pas obligé ? 11 faut compter avec la nature humaine.

Sans stabilité du personnel dirigeant, il ne peut pas y avoir de bon programme de marche.

5° et 6° Compétence professionnelle et connaissarice générale clés affaires .

Ce sont des capacités aussi nécessaires à la confection du programme qu’à sa réalisation.

Telles sont les conditions nécessaires à la confection d’un bon programme d’action. Elles impliquent une direction intelligente et expérimentée.

L’absence de programme ou un mauvais programme sont des signes d’incapacité du personnel dirigeant.

Pour protéger les affaires contre cette incapacité il faut :

1° Rendre le programme obligatoire ;

2° Mettre de bons modèles de programmes à la portée du public ;

(On peut demander ces modèles aux affaires prospères. L’expérience et la discussion publique désigneront les meilleurs.)

3° Introduire la prévoyance dans l’enseignement.

ADMINISTRATION

Ainsi, l’opinion publique pourra s’éclairer et agir sur le personnel dirigeant dont l’incapacité sera moins à craindre*, ce qui ne diminuera nullement l’importance relative des hommes de valeur.

Je n’entrerai ici dans aucun détail sur les prévisions mensuelles, hebdomadaires et quotidiennes qui sont en usage dans la plupart des entreprises et qui, comme les prévisions de longue durée, ont pour but de tracer d’avance la ligne de conduite jugée la plus favorable au succès.

Toutes ces prévisions doivent arriver assez tôt pour qu’on ait le temps d’en préparer la réalisation.

Prévoyance nationale

La nation française est prévoyante ; son gouvernement ne l’est pas (1).

Etablissons d’abord le fait, nous en chercherons ensuite les causes et, s’il est possible, les remèdes.

Le légendaire bas de laine ne laisse aucun doute sur la prévoyance de la partie peu fortunée de la population française ; elle économise pour améliorer sa situation et pour se prémunir contre les mauvais jours possibles. Les compliments qu’on lui adresse à ce sujet prouvent que ce n’est point une coutume universelle. Cette prévoyance montre la faculté de s’imposer des privations pour atteindre un but ; elle n’exige point un grand effort intellectuel.

La vie de famille des ouvriers d’élite et des contre-maîtres est souvent un modèle de prévoyance et d’organisation dont la femme est le principal artisan et dont la raison est le désir

(Il Ceci est écrit depuis longtemps. Dans le chapitre intitulé Leçons de la Guerre, je dirai les réflexions que les récents événements m’ont inspirées.

d’un relèvement social, pour les enfants au moins. Le programme exige déjà quelques calculs, mais il peut tenir dans le cerveau du chef de la famille.

Dans la petite industrie ouïe petit commerce, les affaires plus complexes exigent un degré de prévoyance de plus. Ceux, qui ne sont pas pourvus de cette capacité le paient chèrement. On rend généralement hommage aux qualités de nos classes moyennes.

Nous savons quelle est l’importance’ de la prévoyance dans la grande entreprise et quelles qualités elle exige chez le personnel dirigeant : compétence professionnelle, expérience, capacité administrative, activité, courage moral, etc. Cet ensemble de qualités se trouve dans la majorité des grandes entreprises françaises.

Pour autant qu’il nous est permis d’en juger par la lecture des débats parlementaires, on n’en peut dire autant de l’Etat français.

Les prévisions annuelles (budget) y sont rarement terminées en temps utile ;

Les prévisions k long terme y sont rares.

Dans cette immense entreprise, qui a besoin d’une extrême prévoyance, on vit un peu au jour le jour.

Pourquoi ?

La raison immédiate est V instabilité ministérielle .

Des ministres qni ne font que passer n'ont pas le temps d’acquérir la compétence professionnelle, l’expérience des affaires et la capacité administrative qui sont indispensables pour la confection d’un programme d’action. L’éloquence de la tribune qui est, il n’est que trop vrai, de première nécessité pour un ministre, ne le dispense pas des connaissances que donnent, au bout d’un certain temps, la pratique des affaires et l’exercice du pouvoir. Une certaine stabilité s'impose.

L’instabilité ministérielle est une plaie pour le pays.

ADMINISTRATION

Le jour où l'opinion publique en sera bien convaincue, les partis, sachant que ce jeu est devenu dangereux, no s'y livreront plus aussi légèrement qu’aujourd’hui.

Une autre raison de l’imprévoyance de l'Etat est l’absence de responsabilité des dirigeants. La responsabilité financière par exemple, ce puissant stimulant des chefs d’affaires privées, est à peu près nulle dans l’Etat. Le remède à ce mal est encore dans la stabilité ministérielle qui attache le ministre à son œuvre et lui donne la valeur morale, seule garantie réelle de gestion des très grandes entreprises.

Donc, au seul point de vue de la prévoyance , il faut faire les plus grands efforts pour arriver h la stabilililé ministérielle.

HENRI KAYOL

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