‹ Fédérations d'achat & de production des sociétés cooperatives distributivesChapitre 28 sur 109 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

glaise, n’est pas appliqué en Suisse. On a craint que les grandes coopératives ne l’emportent trop sur les petites sociétés. Jusqu’à maintenant, on n’a jamais eu à constater d’opposition entre les intérêts des unes et des autres.

Répartition des bénéfices sociaux. — Le président du comité directeur préside l’assemblée des délégués. Celle-ci nomme les membres du comité central, désigne les vérificateurs des comptes, approuve les rapports et bilans présentés par les autorités de la Fédération, en un mot elle prend toutes les décisions qui sont susceptibles d’être importantes pour la Fédération. C’est aussi à l’assemblée générale qu’incombe le soin de fixer la répartition définitive des bénéfices nets du Magasin de gros. La moitié au moins des bénéfices nets est attribuée à l’avoir de la Fédération (1). En fait, l’assemblée des délégués a tou jours affecté au fonds de réserve fédéral la deuxième moitié des bénéfices nets d’exploitation.

b) Comité central. — Le comité central est une création des statuts de 1898, ce conseil composé de 15 membres, dont cinq doivent habiter Bâle, constitue le pouvoir exécutif supérieur de la Fédération (2).

Il consacre la ruine de l’antique suprématie de Bâle. L’histoire du Magasin de gros, pendant les 10 premières années de son fonctionnement, se résume dans la disparition progressive de l’hégémonie absolue de l’Allgemeine Konsumverein de Bâle, sur le mouvement fédératif. Incontestablement, les coopérateurs de Bâle avaient pendant longtemps exclusivement dirigé tout le mouvement coopératif suisse; aujourd’hui encore, Bâle constitue la capitale de la coopération en Suisse.

Cinq membres de la grande société bâloise sont toujours désignés pour faire partie du comité central. Les 10 autres

(1) Article 24 des statuts.

(2) Articles 33 à 40 des statuts.

SUISSE

membres du comité sont empruntés aux principales sociétés coopératives de la Suisse. Les sociétés de Baden, Berne, Ghaux-de-Fonds, Frauenfeld, Genève, Hérissau, Lucerne, Olten et Zurich, ont toujours été représentées depuis 1898 au comité central ; le dernier siège n’a pas de titulaire fixe. Les fonctions durent 3 ans, 5 membres sont nommés chaque année.

Le comité central a la haute direction sur la conduite des affaires de la Fédération, la nomination, l’avancement des employés ; il a seul le droit d’accepter les contrats qui engagent d’une façon durable, la Fédération. 11 se réunit régulièrement 4 fois par an à Bâle, exceptionnellement chaque fois que le comité directeur ou cinq membres de ce comité, le jugent nécessaire. Les membres sont défrayés de leurs frais de voyage, et touchent 10 francs de jeton de présence (1).

c) Comité directeur. — Le comité directeur est la commission permanente du comité central, il se compose des 5 membres du comité central, qui, aux termes des statuts, résident à Bâle. Il expédie les affaires courantes, et exécute les décisions des assemblées des délégués et du comité central. 11 est qualifié pour représenter la Fédération en justice, il admet les nouvelles sociétés qui demandent leur admission au sein de la Fédération, il surveille la fonction de diverses institutions de la Fédération, il décide du choix, du payement, du renvoi des employés (2).

Il se réunit 30 à 40 fois par an, en moyenne tous les 8 à 15 jours, il signe tous les contrats relatifs à la Fédération, quelques-uns les plus importants, après autorisation du comité central.Leurs membres ont tous la signature sociale, ils reçoivent une indemnité

En un mot, ce comité directeur est l’organe exécutif par

(1) Brochure : der Verband schweizer. Konsumvereine , p. 20-21.

(2) Articles 41 à 45.

excellence de la Fédération, en même temps il rend le service de relier le comité central et l’assemblée des délégués, aux différents départements de la Fédération. Aucune décision n’est prise, aucun acte n’est accompli sans son intermédiaire ou son concours. Il a parfois besoin d’être autorisé avant d’agir, mais rien ne se fait dans la Fédération sans son ordre ou ses instructions.

d) Conférences de cercle. — La création des conférences de cercle a été décidée à l’assemblée des délégués de Lucerne en 1899. Ces conférences de cercle n'ont pas de compétence précise, elles ne sont pas visées par la constitution écrite de la Fédération ; dans la pensée de leurs fondateurs, elles doivent opérer un premier groupement des commandes, et constituer autant de foyers régionaux de propagande coopérative et fédérative. En d’autres termes, ces cercles constituent autant d’Unions régionales distinctes (1).

Les différentes coopératives de la Suisse ont été rangées par la Fédération en 11 cercles ou circonscriptions. Les administrateurs de ces coopératives doivent se réunir aux chefslieux de chacune de ces circonscriptions, aussi souvent que le besoin s’en fait sentir ; en fait, ces réunions n’ont lieu d’habitude qu’une fois par an. C’est en vain qu’on a essayé de se servir de ces unions secondaires pour organiser l’achat régional, mais ces conférences de cercle ont au contraire réussi à fortifier beaucoup la pensée fédérative.

e) Verificaleurs des comptes. — La Fédération possède un dernier organe, ce sont les vérificateurs des comptes de la Fédération (2). Tous les ans, l’assemblée des délégués désigne une coopérative qui sera chargée de nommer trois réviseurs pour inspecter les comptes de la Fédération, les vérificateurs

(1) Der Verband, brochure, p. 2t.

(2) Article 45 des statuts.

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des comptes doivent adresser un rapport écrit à l’assemblée générale suivante.

3° Capital de la Fédération.

a) Capital-obligations. — Le capital de la Fédération résulte de la souscription d’obligations de 200 francs chacune. Les coopératives affiliées, selon leur importance, doivent souscrire de une à 4 obligations ; à la fin de 1906, 232 sociétés avaient souscrit 310 obligations, elles avaient versé 53.000 francs (1).

Les coopératives ne sont responsables des engagements de la Fédération que jusqu'à concurrence des obligations souscrites par elles. Ces obligations une fois versées, portent intérêt, leur valeur est remboursée aux sociétés, quand celles-ci se retirent.

b) Obligations de garantie. — Ces 53.000 francs de capital étant très insuffisants, la Fédération a dû se procurer des capitaux par différents procédés. Au début de 1896, on songea à émettre des obligations de garantie (2) par lesquelles les différentes sociétés s’engagent à répondre des obligations du Magasin de gros, jusqu’à concurrence des obligations souscrites par elles. Ces obligations de garantie ne sont pas autre chose que la promesse faite par les coopératives de se considérer comme caution de la Fédération, jusqu’au montant des sommes indiquées

A la fin de 1906, 36 sociétés avaient souscrits 176 obligations de 1.000 francs chacune. Cette promesse de fournir 176.000 francs, au cas où la Fédération subirait des pertes a suffi à assurer au Magasin de gros tout le crédit nécessaire auprès des Banques. Celles-ci n’ont plus été arrêtées par le principe de la responsabilité des coopératives, limitée à leurs apports à la Fédération.

(1) Se reporter à la statistique de la Suisse, n° 1, page 162.

(2) Article 21 des statuts.

190 DEUXIÈME PARTIE. — TiTRE PREMIER. — CHAPITRE Vîll

Le montant de ce capital de garantie, depuis sa constitution, est resté absolument stationnaire ; maintenant que la Fédération possède tout le crédit voulu, l’augmentation de ce capital de garantie est moins utile.

c) Compte courant et caisse de dépôt. — L’assemblée de Lucerne en 1899 décida de constituer au sein de la Fédération un compte courant et une caisse de dépôt (l).Les sociétés coopératives peuvent déposer dans la caisse de la Fédération tous leurs capitaux disponibles, elles en retirent un intérêt plus élevé que si elles les déposaient dans des banques ordinaires. En même temps, la Fédération se procure des ressources à un taux meilleur qu’elle ne pourrait le faire, en empruntant à une banque. Coopératives et Fédération y trouvent ainsi leur avantage. Cette caisse de dépôt avait reçu 225.000 francs au 31 décembre 1905.

d) Émission d'obligations. — La Fédération a émis en 1899 des obligations à 4 ou 4,250/0 d’intérêt ; en 1906,450.000 francs avaient été souscrits, les coupons en sont payables aux caisses des grandes coopératives affiliées comme à la caisse de la Fédération à Bâle.

e) Cotisation annuelle (1898-1904). — Pendant quelques années, de 1898 à 1904, la Fédération avait en outre pour ressource une cotisation annuelle que les sociétés devaient verser à la Fédération (2). Cette cotisation proportionnelle à l’importance de là société adhérente, variait de 20 à 400 francs. Reconnue inutile, elle fut supprimée en 1904. La suppression eut cet heureux effet de permettre à beaucoup de sociétés d’adhérer à la Fédération.

Les résultats de tous ces procédés financiers fut de procurer

(1) Article 22 des statuts.

(2) Der Verband , brochure 1906, p. 13.

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environ un million de capitaux à la Fédération en 1906, la moitié de cette somme se composait d’obligations à 4 ou 4,25 0/0.

f) Fonds de réserve. — La Fédération a tenu à accroître le plus possible son fonds de réserve c’est-à-dire ce capital qui, lui appartenant en propre, est affranchi de toute charge d’intérêt. Aux termes des statuts, 50 0/0 au moins de bonis annuels sont affectés au fonds de réserve ; en fait, les assemblées des délégués ont toujours renoncé à répartir entre les sociétés clientes, l’autre moitié des bénéfices annuels ; la totalité des bénéfices a toujours grossi le fonds de réserve de la société, qui atteint à la fin de 1905, 180.000 fr. il faut encore y ajouter 30.000 fr., d’un fonds de réserve spécial.

4° Organes de la Fédération.

La Fédération possède deux organes principaux : Le bureau d'achat , le secrétariat ; en beaucoup de pays, ces deux organisations commerciale et juridique sont nettement séparées, jouissent d’une indépendance complète : La première constitue la Fédération d’achat, la seconde l’Union proprement dite.

En Suisse, il y a fusion, plus exactement, le secrétariat est l’annexe de la Fédération. Il ne semble pas que cette organisation donne de moins bons résultats que l’organisation dualiste qui oppose l’Union, à la Fédération.

1° Bureau d'achat. — Le bureau d’achat constitue l’organe central de la Fédération ; en un sens, il est à lui seul toute la Fédération, la forme juridique de société coopérative n’a été donnée à la Fédération que dans le but de procurer au bureau d’achat les fonds et la capacité juridique nécessaires à son activité.

Avant 1892, date de la création de ce Bureau, on pouvait parler d’une Union des Sociétés Coopératives Suisses, il n’exis-

192 DEUXIEME PAllTlE. — T1ÏRE PREMiER. — CHAPITRE VIII

tait point encore de Fédération suisse. Le bureau d’achat a pour but de centraliser toutes les commandes des coopératives adhérentes, il a aussi pour ambition d’entreprendre la production fédérale ; jusqu’ici rien n’a été réalisé dans cette voie par la Fédération suisse (1).

Les nouveaux statuts de la Fédération (2) portent cependant que le Magasin de gros entreprendrait la production, dès qu’elle le pourrait ; un assez grand nombre de coopérateurs pensèrent en 1898 que ni les coopératives distributives, ni la Fédération ne devraient entreprendre la production directe. Le comité central défendit la thèse de l’activité illimitée delà coopération dans le domaine économique. Cette façon d’envisager le rôle de la coopération finit heureusement par prévaloir. Les deux gérants que compte actuellement le Magasin de gros de Bâle, dirigent en commun le bureau central d’achat (3). Les sociétés affiliées ne sont nullement obligées de s’adresser au bureau pour se procurer les marchandises qui leur manquent (4). Les grandes coopératives surtout rompent difficilement avec leurs fournisseurs habituels, elles exigent immédiatement de la Fédération de meilleures condi tions que celles que leur font les fournisseurs, il y a là un cercle vicieux, le Bureau d’achat ne peut offrir de meilleures conditions de vente, que s’il a déjà réussi à grouper d’une façon stable et régulière, des commandes importantes. Il existe nécessairement une période de groupement et d’essai durant laquelle les sociétés qui donnentleur clientèle à la Fédération,ne peuvent pas en retirer un grand bénéfice, ce désintéressement passager est la condition des avantages ultérieurs.

2« Secrétariat. — Le secrétariat a été créé au commencement de 1897 (5), sa mission essentielle est de développer en

(1) Der Vérband , brochure 1906, p. 11.

(2) Article 2 des statuts.

(3) Article 47.

(4) Article 16.

(5) Der Verband, brochure 1906, p. 30.

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Suisse l’esprit coopératif, il constitue un organe de propagande coopérative, il fournit aux sociétés des consultations juridiques, il est chargé de l’établissement d’enquêtes et de statistiques.

Les statuts de 1898 ont encore augmenté son importance, il a une double série de fonctions : d’une part, il est chargé du service des procès-verbaux et du service des renseignements ; d’autre part, de la publicité et de la rédaction des journaux.

a) Service des procès-verbaux ei des archives. — Le soin de conserver les archives lui a été remis, le secrétariat tient le registre d’admission des sociétés et vérifie si les conditions statutaires d’admission sont remplies par les sociétés qui sollicitent leur admission.

Le secrétariat seconde ainsi dans la plus large mesure le bureau central d’achat, il le décharge d’une partie de ses fonctions, tel est l’avantage qu’il y a à réunir dans une administration commune la Fédération d’achat et l’Union proprement dite.

Le secrétariat a publié des statuts-type qui obtinrent en 1900 la sanction de l’assemblée des délégués. Ces statutstype ont exercé une véritable influence sur le développement ultérieur de la coopération en Suisse, en particulier l’article qui interdisait la vente au public, le nombre de sociétés vendant au public a diminué, l’effectif des coopératives en a été accru. Le secrétariat fait chaque année le relevé statistique des opérations des sociétés (1).

b) Propagande et publicité. — L’occupation la plus absorbante du secrétariat consiste dans sa fonction de propagande et de publicité. Rendre les coopératives conscientes de leur mission sociale, faire leur éducation est le but êssenliel qu’il

(1) « Der Verband », brochure 1906, p. 33-36.

poursuit ; telle est en effet la condition du développement coopératif tout entier. C’est seulement de la constitution du Magasin de gros de Bâle que date la conscience coopérative en Suisse. D’autre part, depuis 1897, peu de coopératives se sont constituées sans l’appui du secrétariat.

Le secrétariat publie l’organe officiel de la Fédération,

« der Schweizer. Konsumverein » ce journal a succédé en 1901 au « Correspondanz Blatl » qui était édité par le secrétariat depuis sa fondation. A l’assemblée annuelle de 1901, tenue à Glarus, il fut décidé que chaque coopérative adhérente serait obligée de s’abonner à autant d’exemplaires que son comité d’administration et sa commission de révision comprennent de membres (1).

Le secrétariat est appelé à défendre les intérêts des coopératives menacées, soit par des coalitions entre petits commerçants ou des boycottages, soit par des projets de loi soumis à l’approbation législative. Le secrétariat a pris nettement position, mais en vain, contre le projet de loi, élevant les droits de douane et contre la proposition qui a abouti à la loi du 7 avril 1904 sur la police des denrées alimentaire. La Fédération s’interdit de faire de la politique, mais considère comme de son devoir de s’opposer à l’adoption par l’autorité législa-

(1) Le secrétariat fait paraître spécialement dans un but de propagande auprès des classes ouvrières le « Genossenchaftliches Volksblalt », il tire aujourd’hui à 77.000 exemplaires, le prix d’abonnement est de 1 franc par an, bien des sociétés ont abonné collectivement tous leurs membres à ce journal, beaucoup s’en sont félicitées,car le montant de leurs ventes a beaucoup augmenté par la suite.

Pour atteindre la Suisse Romane, le secrétariat a créé en 1904 le journal « La Coopération » qui tire à 8.600 exemplaires. Enfin en janvier 1906, a commencé la publication en italien du « Cooperazione » à la demande de deux coopératives du Tessin, Bellinzona et Chiasso.

Ges quatre organes de propagande coopérative, rédigés en trois langues différentes, tirent à 100.000 exemplaires (« Der Verband », brochure 1906, p. 39).

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tive, de propositions ayant un caractère économique et mettant directement en jeu, des intérêts coopératifs.

Depuis sa constitution jusqu’au 1er janvier 1908, le secrétariat de rUnion a été dirigé par le Dr Hans Müller, l’un des hommes qui ont fait le plus, pour assurer au mouvement coopératif en Suisse, une large extension.

5° Développement actuel de la Fédération.

Le développement de la Fédération, qui pendant longtemps n’a pas laissé que d’être très lent, a marqué un brusque accroissement depuis 1900 (1).

a) Nombre de sociétés adhérentes. — Les sociétés adhérentes étaient au nombre de 52 en 1892, 116 en 1900, 232 en 1906. Elles comptaient 152.494 membres, à la fin de 1906; le nombre des coopérateurs suisses a doublé de 1897 à 1903 et triplé de 1897 à 1906. L’accroissement le plus rapide du nombre des sociétaires s’observe donc dans ces dernières années.

b) Chiffre des ventes . — Le chiffre des ventes de la Fédération qui n’atteignait que 42.614 francs dans les 3 derniers mois de 1892, et 386.524 francs, en 1893, s’est élevé à 14.354.809 francs en 1907. De 1895 à 1900 et de 1895 à 1907 le chiffre d’affaires de la Fédération a en effet augmenté de la proportion de 1 à 3 et de 1 à 13. De 1893 à 1900, l’accroissement du chiffre des ventes fut assez lent, un notable progrès s’observe à partir de 1900.

On peut dire que le xxe siècle a inauguré la période triomphale de la Fédération suisse. A partir de 1903 et jusqu’en 1906, l’accroissement annuel du chiffre d’affaires varie entre 1 million et 1 million et demi ; brusquement sans raison apparente bien nette, la Fédération suisse a réalisé dans l’exercice 1907, un accroissement subit de 3.706.000 francs de ven-

(1) Se reportera la statistique de la Suisse, n° l,p. 162.

tes : un pareil accroissement qui équivaut à 34,8 0/0 du chiffre d’affaires de l’année précédente, compte parmi les plus remarquables qu’aucune Fédération d’achat ait jamais réalisés.

c) Capital de la Fédération. — Le capital de la Fédération reste toujours peu important, aussi le point délicat du développement fédératif suisse vient-il précisément de l’insuffisance des capitaux. Le capital social du Magasin de gros ne comprenait à la fin de 1906 qu* 63.000 francs de capitaux versés, et 176.000 francs d’obligations de garantie, soit au total 229.000 francs : depuis 1896, il n’a pas sensiblement augmenté, il s’élevait à cette date à 192.700 francs, il correspondait en 1896, à 11 0/0 du chiffre d’affaires et en 1906 à 1,6 0/0 seulement du chiffre d’affaires accru.

Si l’on fait la somme du capital social, du capital de garantie, des fonds en dépôt et des fonds empruntés de la Fédération,on constate que la Fédération disposait au 31 décembre 1906, de 904.000 francs ; ce capital avait été investi au cours de l’année, 11 fois dans les opérations du Magasin de gros ; ce chiffre assez élevé de rotations annuelles marque l’insuffisance des capitaux de la Fédération (1).

Le fonds de réserve de la Fédération a progressé d’une façon plus satisfaisante que le capital social, il atteignait 180.000 francs à la fin de 1905, il s’est donc accru dans la proportion de 1 à 50, de 1895 à 1905.

La valeur des immeubles possédés par le Magasin de gros marque un accroissement assez rapide, elle est de 51.222 fr. ën 1899, de 345.000 francs en 1904 et de 700.000 en 1906. La Fédération possède deux entrepôts, l’un à Wüffligen près de Winterthur, et un second à Pratteln. La Fédération vient de faire construire en ce dernier endroit des magasins de gros, d’une valeur de 450 000 francs, la Fédération n’a pas encore

(I) Se reporter à la statistique générale, n° 2, p. 159.

suisse 197

entrepris la production, l’insuffisance certaine de ses capitaux lui interdit actuellement toute production directe.

§ 4. — La Fédéralisation de la Suisse.

La Fédération suisse est assez récente, elle ne remonte qu’à seize ans, cependant ce court laps de temps lui a suffi pour exercer sur tout le mouvement coopératif suisse une influence qu’il serait difficile d’exagérer.

a) Nombre de sociétés. — La très grande majorité des coopératives suisses, est rattachée au Magasin de gros. La Suisse compte actuellement 300 à 350 coopératives, 232 ont adhéré à la Fédération, il n’y a plus aujourd’hui qu’une centaine de sociétés, qui soient demeurées en dehors des cadres fédératifs, ces sociétés restées « sauvages » sont fort peu importantes.

b) Nombre de sociétaires. — Les sociétés adhérentes à la Fédération comptaient au 1er janvier 1907, 152.494 membres (1). La population coopérative delà Suisse s’élève à 170.000 sociétaires environ, 90 0/0de la population coopérative suisse sont donc englobés par la Fédération, cette proportion est des plus satisfaisantes, l’Ecosse, l’Angleterre et le Danemark, qui sont les pays les plus fédéralisés du globe, ont des proportions toutes comparables, 97 0/0, 94 0/0, 86 0/0.

La Fédération ne peut plus attendre de développement ultérieur que de la création des sociétés nouvelles, elle a rallié à l’heure actuelle la presque totalité du bloc coopératif du pays.

c) Chiffre d'affaires fédéral. — Le chiffre d’affaires du Magasin de gros de Bâle, représentait en 1906, 18 0/0 du

(4) Se reporter à la statistique de la Suisse, n° 2, p. 162.

chiffre de ventes des sociétés coopératives suisses. Cette proportion est assez peu favorable ; parmi les huit pays européens qui possèdent une Fédération coopérative, il en est quatre qui ont atteint une proportion très notablement supérieure.

Les Fédérations du Danemark, d’Ecosse, d’Angleterre et de Hongrie bénéficient des proportions suivantes, 85 0/0, 61 0/0, 55 0/0, 53 0/0, l’Allemagne arrive à égalité avec la Suisse (18, 5 0/0). La Suisse n’occupe donc que le 5e ou le 6e rang (1). Seules, la Belgique et la France sont très notablement inférieures. Le chiffre d’affaires de la Suisse est encore si restreint que la Fédération a la faculté de beaucoup développer son débit annuel, cette circonstance explique vraisemblablement le très brusque saut que le Magasin de gros de Baie a réalisé en 1907 : 34,80 0/0 d’accroissement sur le chiffre d’affaires précédent constituent un progrès fort remarquable, il semble possible que la Fédération suisse maintienne ce taux magnifique d’accroissement annuel.

Quelque insuffisant que soit encore son chiffre d’affaires, des progrès certains ont été réalisés par le Magasin de gros de Bâle ; de 1897 à 1906, le chiffre de ventes des sociétés coopératives a triplé, passant de 21 à 61 millions de francs, pendant ce même laps de temps, le débit annuel du Magasin de gros quintuplait. Le chiffre d’affaires de la Fédération représentait le 1/10 environ du chiffre de ventes des sociétés affiliées, en 1897 et plus du 68 en 1906.

Le Magasin de gros de Bâle ne s’interdit pas de vendre aux coopératives non adhérentes, en 1904, elle a vendu 160.000 francs de marchandises à 75 sociétés non affiliées; en 1905, 25 sociétés étrangères de la Fédération, ne lui ont acheté que pour 50.000 francs de marchandises, ces sociétés tendent toutes à entrer dans la Fédération.

Le rôle que joue la Fédération suisse dans l’économie co-

(1) Se reporter à la statistique générale, n° 2, page 158.

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opérative de ce pays résulte de ce double renseignement. D'une pari, 90 0/0 de la population coopérative de la Suisse ont adhéré au Magasin de gros de Bâle, d'autre part en 1906, 180/0 seulement des marchandises vendues par les coopératives suisses provenaient du Magasin de gros de Bâle.

L’influence morale, juridique de la Fédération est considérable, mais son importance commerciale est plus faible que son importance morale, tel est le jugement le plus raisonnable qu’il soit permis de porter sur le mouvement fédératif suisse.

Cependant, même en considérant le Magasin de gros de Bâle au point de vue des progrès positifs qu’il a provoqués au sein de la coopération suisse, il serait singulièrement injuste de mesurer son utilité effective à l’accroissement encore insuffisant de son chiffre d’affaires: la « vertu procréatrice» de la Fédération doit être mise en relief, c’est la Fédération qui a provoqué la création de la grande majorité des sociétés constituées depuis 1892.

De 1897 à 1906, 215 sociétés coopératives ont adhéré au Magasin de gros ; beaucoup d’entre elles étaient toutes récentes et devaient leur origine à l’appui que la Fédération leur avait prêté : conseils juridiques, règles générales d’admission, marchandises à bon compte et de bonne qualité, la Fédération les leur a fournis en toute bienveillance, dès le jour même de leur constitution ; la « vertu procréatrice » des Fédérations coopératives est un de leurs principaux titres d’honneur.

§ 5. — La coopératisation de la Suisse.

A quel degré général de coopératisation est parvenue la Suisse? Quel rôle joue la coopération dans l’économie nationale de la Suisse ? 300 sociétés environ, 170.000 coopérateurs, 70 millions de ventes coopératives annuelles (1), tels sont les

(1) Voir la statistique de la Suisse, n° 2, et la statistique générale, n° 2, p. 158 .

chiffres généraux qui caractérisent l’extension actuelle du mouvement coopératif en Suisse. Ce mouvement est assez concentré, la Suisse compte un nombre relativement grand de sociétés importantes, elle ne possède pas moins de 34 sociétés, dont le chiffre annuel est supérieur à 300.000 francs, 23 de ces coopératives possèdent plus de 1.000 membres.

Les 8 sociétés de Bâle, Zurich, Genève, Lucerne, Berne, Oberwill, Chaux-De-Fonds et Bienne atteignent chacune plus d’un million de ventes annuelles (1), leur chiffre d’affaires global dépasse 33 millions de francs ; à elles toutes, ces 8 sociétés font autant d’affaires que les 224 autres sociétés adhérentes à la Fédération.

La grande coopérative de Bâle, l’Allgemeine Konsumverein, à elle seule, a réalisé 16.407.117 francs d’affaires en 1906 ; son chiffre d’affaires correspond à plus du 1/4 du chiffre d’affaires global de toutes les coopératives suisses.

La fédéralisation de la Suisse n’apparaît pas comme très avancée, du moins si l’on ne considère que le chiffre d’affaires de la Fédération, mais la coopératisation de la Suisse est dès maintenant en bien meilleure voie.

La coopératisation delà Suisse ne peut s’apprécier que par comparaison avec le développement similaire des autres pays coopératifs :1a consommation coopérative moyenne des habitants de la Suisse, s’élève annuellement à 20 francs, la fraction de la population suisse intéressée à la coopération correspond à 200/0, soit au 5e de la population totale du pays. Par cette double proportion, la Suisse s’est assurée un rang des plus honorables parmi les pays coopératifs contemporains. Elle occupe le 4e rang, elle n’est distancée que par l’Ecosse, l’Angleterre et le Danemark, elle laisse très loin, derrière elle, l’Allemagne, la Hongrie, l’Autriche, la Belgique et la France (2).

(1) Données statistiques des sociétés de consommation suisses, au 1er janvier 1907.

(2) Se reporter à la statistique générale, n° 3, p. 160.

SUISSE

La consommation coopérative moyenne des trois premiers pays cités s’élève en effet par an, à 77, 36 et 25 francs ; celle des pays cités en deuxième ligne varie entre 1 fr. 25 et 8 fr. L’Ecosse, l’Anglelerre, le Danemark et la Suisse sont les quatre grandes puissances coopératives des temps modernes La Suisse l’emporte sans hésitation aucune sur l’Aile magne les organismes coopératifs allemands ont certes atteint en valeur absolue, de magnifiques résultats, mais à tenir compte de l’importance extrême de la population allemande, on constate aisément que la coopération ne joue pas un rôle important dans l’économie nationale de l’Allemagne ; toute proportion gardée, le rôle de la coopération suisse est beaucoup plus grand.

La Suisse est la dernière des quatre grandes puissances coopératives des temps présents, du moins cette qualité estelle par elle-même extrêmement précieuse, aussi la Suisse mérite-t-elle d’être donnée en exemple à bien des pays européens, infiniment moins avancés dans la voie coopérative.

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