CHAPITRE IX
Les sinistres ont pour ainsi dire toujours été nuis. En 1907, 66 francs d’indemnités seulement ont été versés. La valeur des immeubles assurés s’élève à 8.622.678 francs. La société ayant eu à supporter certains frais de voyage, de propagande, ses bénéfices, malgré la faiblesse des indemnités allouées pour cause de sinistres, ne se sont élevés qu’à 541 francs. Son fonds de réserve a atteint au 31 décembre 1906, 3.809 fr. (1).
La société s'était mise à fonctionner, sans capital, mais elle a vite ressenti la nécessité de constituer un capital de garantie. A la fin de 1907, 23.500 obligations de garantie avaient été souscrites par différentes coopératives.
L’assurance contre l’incendie n’a encore à l’heure actuelle qu’une très faible importance. Cependant des progrès ont été réalisés.
La société ne s’étendait primitivement qu’au département de la Loire-Inférieure. Le Ve Congrès de la coopération socialiste en 1905 a décidé de généraliser la société et de l’étendre si possible à toute la France ; aussi la société a-t-elle pris le titre d’ « Assurance ouvrière de la Loire-Inférieure contre l’incendie, étendue à toute la France » (2).
Celte société d’assurance, devenue nationale, a réussi à fonder, non compris Paris et la Seine, 68 sections ou bureaux d’assurance répartis entre deux grands secteurs, Nantes et Paris.
La société est ouverte à tout le monde. Aucune condition soit politique soit coopérative (affiliation à une distributive) n’est imposée ; mais la direction de la société n’appartient pas aux particuliers clients de la société. L’assurance mutuelle est dirigée exclusivement par les délégués de certains syndicats et coopératives ouvrières, la majeure partie des membres de ces sociétés ou syndicats étant assurée auprès de la société.
(1) Almanach de 1907, p. 53 et de 1908, p. 72.
(2) Ve congrès de la coopération socialiste , 1905, p. 169.
FRANCE
Les autres Fédérations des coopératives socialistes ont une importance excessivement faible et n’ont même qu’une existence nominale.
§ 2. — La production coopérative française.
Les Fédérations coopératives n’ont presque pas encore abordé la production directe en France. Le Magasin de gros possède une cordonnerie dont la production s’est montée à 118.224 francs en 1906. La minoterie de la Fédération de Bretagne a obtenu un chiffre d’affaires de 1 million l’année dernière. Semblables résultats sont fort peu appréciables.
Importance de la production des sociétés distributives françaises. — Heureusement, la production coopérative des sociétés distributives françaises est beaucoup plus importante. La statistique officielle de 1907 révèle qu'il existe en France, 836 coopératives s’occupant exclusivement de boulangerie ; ces sociétés fabriquent elles mêmes la presque totalité du pain qu’elles vendent. Le chiffre d’affaires des plus importantes de ces sociétés, de 696 d’entre elles, était de 33 millions en 1907. On peut compter que ces 836 sociétés fabriquent au moins 35 millions de pain (1).
A côté de ces boulangeries coopératives, existent en France à l’heure actuelle, 392 sociétés vendant à la fois du pain et d’autres denrées alimentaires. Leurs ventes totales se montaient à 73 millions de francs en 1907.
Evaluons à 25 millions la valeur du pain fabriqué par elles, au total 60 millions de pain sont produits annuellement par les coopératives distributives françaises.
Au 1er janvier 1907, existaient également en France 81 brasseries coopératives ; 55 de ces sociétés faisaient un chiffre d’affaires total de 10 millions 1/2.
(1) Statistique du Bulletin de l’Office du travail, septembre 1907, p. 932-933.
Les distributives françaises ont donc produit en 1907 plus de 70 millions de marchandises.
§ 3. — La Fédéralisation de la France.
L'étude à laquelle nous venons de nous livrer montre toute la faiblesse des organes fédéraux de la coopération française. La cause ne doit pas en être cherchée dans l’infériorité du mouvement coopératif lui-même ; les éléments-bases d’une Fédération d’achat sont en France, à l'heure actuelle, largement suffisants pour permettre l’institution et le fonctionnement d’une Fédération puissante.
La statistique officielle publiée par le Ministère du Travail nous donne des renseignements précis sur le mouvement coopératif actuel. Au 1er janvier 1907, on comptait en France 2.166 coopératives ; ce chiffre est énorme ; il est très notablement supérieur au chiffre similaire anglais ou allemand. Ces 2.166 sociétés comprennent plus de 641.549 sociétaires, disons au bas mot 650.000 coopérateurs, 187 Coopératives n’ayant pas indiqué le nombre de leurs membres (1).
Le chiffre de ventes approximatif de ces sociétés est de plus de 200 millions ; bien que 325 sociétés n’aient pas indiqué leur chiffre de ventes, les ventes globales des coopératives françaises se sont élevées à notre connaissance en 1906, à 191 millions de francs.
650.000 coopérateurs et 200 millions de ventes, tels sont les chiffi 'es qui traduisent l’extension prise par le mouvement coopératif en France. Ils fournissent la preuve indéniable de l’extrême faiblesse du mouvement fédératif en comparaison du mouvement, coopératif proprement dit. Les deux Unions coopératives françaises restent peu puissantes. Sur les 2.166 sociétés qui existent en France à l’heure actuelle, 532 seulement adhèrent soit à l’Union coopérative (346), soit à la Bour-
(1) Statistique du Bulletin de l’Office du travail, septembre 1907, p. 932-933.
FRANCE
se (186), moins du quart par conséquent du nombre total (1).
Heureusement la proportion s’élève, si Ton considère le nombre des coopérateurs affiliés à l’Union ou à la Bourse, rapporté au nombre total des coopérateurs. Ces 2.166 sociétés comprennent au moins 650.000 coopérateurs, l’Union coopérative groupe sous son égide environ 200.000 sociétaires.
La B. S. C. évalue le nombre de ses membres à 78.702; au total, la France compte 280.000 coopérateurs affiliés aux organismes coopératifs centraux, soit près de la moitié de la population coopérative.
Mais il importe de distinguer : l’affiliation d’une société à un organisme de propagande coopérative (Comité central, Bourse des coopératives socialistes), implique un degré de fédéralisation bien moindre que l’adhésion de ces sociétés à une Fédération d’achat. Les 330 sociétés affiliées en 1907 à l’Office coopératif comprennent approximativement 200.000 membres. Les 141 sociétés adhérentes au Magasin de gros groupent vraisemblablement 60.000 sociétaires, au total 260.000 sur un effectif coopératif global de 650.000. 40 0/0 seulement de la population coopérative de la France se rattachent à un organisme fédératif. Ce pourcentage n’est pas très satisfaisant.
L’impression est beaucoup plus mauvaise encore, si l’on considère le chiffre d’affaires des deux organismes coopératifs d’achat en gros que possède la France. L’Office coopératif et le Magasin de gros arrivent péniblement au total de 4 millions et demi de ventes annuelles qui, rapportés aux 200 millions de ventes des coopératives françaises, fournissent la misérable proportion de 2,25 0/0.
Mais il convient, afin d'avoir une opinion plus exacte de la fédéralisation des coopératives françaises, de joindre aux
4 millions 1/2 de ventes de l’Office et du Magasin de gros, les
5 millions de la Fédération du Nord, les 1.320.000 francs en-
(1) Statistique de la France, n® 4, p. 206.
viron de la Fédération de Bretagne, les 650.000 francs de la Fédération des Ardennes, au total 11 millions de ventes annuelles. La proportion qui était tout à l’heure de 2,25 0/0 s'élève à 5,5 0/0. Il n’en est pas moins vrai que l’importance des Fédérations d’achat est tout à fait négligeable dans l’économie coopérative delà France; aucun pays entré dans la phase fédéraliste ne fournit des résultats aussi piètres (1).
§ 4. — La Coopéra tisation de la France.
La coopération a réalisé en France dans ces 20 dernières années, d’incontestables progrès. En 1894, l’Union coopérative ne comptait en France que 1.050 sociétés coopératives et M. Ch. Gide pouvait évaluer à 300.000 le nombre de leurs membres et à 100 millions leur chiffre d’affaires global ; 12 ans plus tard, en 1906, 650.000 coopérateurs et 200 millions de ventes annuelles représentaient sensiblement le double des résultats réalisés en 1894. Il y a à l’heure actuelle en France 120 distributives faisant plus de 250,000 francs d’affaires par an. Le progrès est indéniable. Cependant la coopération ne jouit pas un rôle appréciable dans l’économie nationale de la France.
6.5 0/0 seulement de la population totale de la France sont intéressés par le mécanisme coopératif, ce pourcentage marque toute l’infériorité du mouvement coopératif français. L’Allemagne et la Belgique qui sont pourtant bien loin de marcher à la tête des nations coopératives obtiennent les proportions supérieures de 8 0/0 et 11 0/0 (2).
La consommation coopérative annuelle moyenne de la France ne dépasse pas 5 francs ; elle se trouve de même inférieure à celle de l'Allemagne (6 fr.), et de la Belgique (8 fr.).
La France occupe donc l’un des derniers rangs parmi les pays coopérateurs. Sa « coopératisation » n’est pas plus
(1) Consulter la statistique générale n° 2, p. 158.
(2) Statistique générale n° 3, p. 160.
FRANCE
avancée que sa « fédéralisation » ; n’en demeurons pas surpris ; l’un ne va presque jamais sans l’autre.
Les causes de la faiblesse du mouvement coopératif français sont multiples. Au premier rang, il convient sans doute d’indiquer cette folie étrange qui a condamné si longtemps la classe ouvrière française à la pratique exclusive de l’association ouvrière de production ; mais d’autres causes doivent être indiquées : notre tendance proverbiale au particularisme — cette caricature de l’individualisme le plus ombrageux, — notreabsencede toute discipline, notre peu d’esprit de corps, notre malheureuse passion pour les agitations politiques, nos divisions intestines ont retardé d’autant le mouvement coopératif français .
BELGIQUE
§ 2. — Belgique.
Bibliographie
Statuts de la Fédération des sociétés coopératives belges (Imprimerie coopérative. Thone, à Liège).
Louis Bertrand. — Histoire de la coopération en Belgique : 2 vol. Bruxelles, 1902-1903.
Léger. — Les coopératives et V organisation socialiste en Belgique , Paris, Larose, 1903.
Congrès annuels de la Fédération des sociétés coopératives belges,tenus à Bruxelles, le premier, le 1er octobre 1901 ; le dernier, le 24 mars 1906.
Bilans de la Fédération des sociétés coopératives belge ; le 1er dressé au 31 décembre 1901,1e dernier dressé au 31 décembre 1906 (imprimés par la Société coopérative Volksdrukkereij à Gand).
Rapport sur la situation morale et financière de la Fédération des sociétés coopératives belges, 1902 (Imprimerie coopérative. Thone, à Liège).
Annuaires de la coopération ouvrière belge (depuis 1906) publiés par la Fédération des sociétés coopératives belges.
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