CHAPITRE IX
que 25 francs de rétribution par semaine et aucun bénéfice, l’entreprise ayant toujours été en perle avant son achat par la Fédération.
Le Magasin de gros possède un entrepôt et une brûlerie de café à Paris et un dépôt de vins et spiritueux aux magasins généraux de Charenton. Au total, la Fédération occupe 70 employés ou ouvriers y compris ceux de la cordonnerie.
En résumé, le Magasin de gros de Paris a pris du premier jet un essor véritable. L’histoire coopérative des pays européens offre peu d’exemples d’une Fédération d’achat qui ait eu d’aussi brillants débuts. Trois millions et demi de ventes la première année d’exercice, une augmentation rapide du capital social qui atteint 47.000 francs au huitième mois d’exercice ; l’achat, l’absorption par le Magasin de gros d’une association ouvrière de production qui s’éteignait lentement et qui, en changeant de caractère, se trouve vivifiée ; autant de marques évidentes d’une vitalité vraiment extraordinaire que l’on peut relever à l’actif de la Fédération d’achat de Paris ; pareils résultats font le plus grand honneur à l'homme qui a été le fondateur du Magasin de gros et qui en demeure l’âme, à M. Louis Héliès. Les sociétés coopératives lui sont redevables d’avoir doté la coopération française d’un organisme vivace et prospère d’achat et de production fédératifs.
SECTION IV
§ 1. — Les Fédérations coopératives régionales.
A côté du Magasin de gros de Paris, existent un certain nombre de Fédérations régionales composées exclusivement de coopératives socialistes. Ces Fédérations suppléent et remplacent le Magasin de gros beaucoup plus qu’elles ne le secondent; elles ne s’adressent que très exceptionnellement à lui pour se procurer les marchandises qui font défaut à leurs sociétés affiliées.
FRANGE
Ces Fédérations sont au nombre de huit ; trois d’entr’elles ont une importance économique.
1° Fédération du Nord. — La Fédération du Nord est la plus importante des Fédérations socialistes. Elle a été constituée en 1900 à Lille ; elle comprend toutes les grandes coopératives ouvrières du Nord : l’Union de Lille, la Paix de Roubaix sont les plus importantes de ces sociétés; au total 11 coopératives en 1907, représentant environ 25.000 sociétaires (1).
L’adhésion aux principes du parti socialiste est une des conditions d’admission à la Fédération. Les coopératives distributives doivent prélever pour la propagande 2 0/0 sur leur chiffre d’affaires, les coopératives de production, 10 0/0 de leurs bénéfices ; les unes et les autres doivent verser ces sommes entre les mains de la Fédération pour être employées par elle. La Fédération s’est chargée d'acheter la majeure partie des farines consommées par les grandes coopératives ouvrières du Nord ; elle a traité pour 4 millions de francs de farine en
La Fédération n’a pas d’autres ressources qu’un pourcentage sur les marchés traités. Elle possède en outre une imprimerie. Son chiffre d’affaires global en 1907 a été de 5 millions.
2° Fédération coopérative de la région parisienne. — C’est d’une morte, d’une société défunte qu’il nous faut parler maintenant : la Fédération Parisienne. Cette société s’est volontairement dissoute, à la fin de 1906, pour se fondre dans le Magasin de gros qui a pris sa succession. Elle était née en 1902 de l’initiative de la Bourse des coopératistes socialistes, agissant d’accord avec le Comité central. Une commission de
(1) Almanach de la Coopération socialiste de 1907, p. 73 et de 1908,
6 membres de la Bourse et de 6 membres du Comité central avait préparé les statuts. L’assemblée constitutive comprenant la plupart des coopératives parisiennes, les avait adoptés le 29 juin 1902. On était résolu à faire œuvre commune et à se placer uniquement sur le terrain économique et social. Cette entreprise était intéressante ; elle marquait un essai de réconciliation entre les deux groupements coopératifs français, elle était tenue de verser un tant pour 0/00 de son chiffre d’affaires à la Bourse et au Comité central. Cet essai de « coopération » devait échouer.
Dans l’esprit de ses fondateurs, la Fédération parisienne devait constituer un véritable Magasin de gros; cependant, par prudence, on avait limité à la Seine et à la Seine-et-Oise la région embrassée par la Fédération. L’équilibre et la bonne entente ne devaient pas régner longtemps entre les deux organisations rivales, créatrices de cette entreprise commune. La Fédération parisienne ne tarda pas à devenir pour ainsi dire la chose exclusive de la Bourse coopérative. Ce résultat n’est pas fait pour surprendre. Les coopératives parisiennes, pour la plupart socialistes firent choix de militants socialistes, pour les représenter à la Fédération ; le Comité central a vu qu’il était en trop dans la combinaison, il s’est retiré.
Cette Fédération comprenait en 1906, à la date de sa fusion avec le Magasin de gros des coopératives de France, 67 sociétés. Elle possédait à Paris un entrepôt et une brûlerie de café dont le Magasin de gros a hérité. Elle avait traité en 1906 pour deux millions d’affaires (1).
3° Fédération de Bretagne. — La Fédération de Bretagne mérite d’occuper une place d’honneur parmi les Fédérations coopératives socialistes, tant à cause du nombre de ses sociétés adhérentes qu’à cause de l’activité très remarquable dont elle a fait preuve.
(I) Almanach de la coopération socialiste, 1907, p. 98.
FRANCE
Depuis sa fondation, qui remonte seulement à 1903, cette Fédération a montré un très grand esprit d’initiative. Elle n’atteint pas encore un chiffre d’affaires bien important : 1 .320.000 francs seulement en 1907; cependant elle groupe déjà 43 coopératives distributives, comprenant 12.000 membres environ et réalisant 2 millions 1/2 de ventes annuelles ; elle englobe en outre une dizaine d’associations ouvrières de production peu importantes (1).
La Fédération de Bretagne est intéressante pour avoir abordé résolument la production directe ; elle a établi au courant de 1906 à Lorient, une minoterie fort bien aménagée et dotée d’un machinisme excellent. 150.000 francs d’obligations à 4 0/0 avaient été souscrits par les sociétés affiliées ; en 25 ans, ce capital d’établissement sera remboursé. Le chiffre d’affaires de la minoterie a atteint 1 million dans sa première année d’exercice, 5.446 francs de trop-perçus ont été répartis entre les sociétés clientes (le chiffre d’affaires de la minoterie a été compris par nous dans celui de la Fédération).
La minoterie est administrée par une commission spéciale de la Fédération que celle-ci désigne dans son assemblée générale. Cet établissement réalise un progrès certain dans la concentration commerciale et industrielle que le régime coopératif doit entraîner.
L'assurance coopérative ouvrière. — Les sociétés coopératives de Bretagne qui ont fondé en 1903 la Fédération de Bretage ont un deuxième mérite : celui d’avoir suscité la création de la première coopérative d’assurance ouvrière contre l’incendie. Celte société mutuelle fut fondée en 1900 à Nantes ; elle comprend actuellement 1.040 assurés qui ont versé en 1901, 5.329 francs de primes. Cette assurance ne concerne absolument que les maisons ouvrières, la valeur de chacun des immeubles assurés ne devant pas dépasser 12.000 francs.
(1) Almanach de 1907, p. 49 et 144 et de 1908, p. 67,