CHAPITRE XI
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Allemagne. — L’Allemagne a donné naissance à un type parfaitement défini d’association. Elle a été le berceau des sociétés syndicales agricoles et industrielles, et elle demeure leur terre de prédilection ; elle a aussi légitimement attaché son nom au mouvement syndicaliste, que l’Angleterre ou la France ont attaché le leur aux mouvements coopératif ou corporatif.
Industrialisation tardive de l’Allemagne. — Des raisons économiques profondes rendent parfaitement compte de l'orientation particulière que le mouvement associationniste a revêtu en terre allemande. L’Allemagne est un pays à industrialisation tardive ; jusqu’à une époque toute récente, l’économie nationale du pays était essentiellement agricole.
L’Allemagne, sans jamais avoir eu une agriculture bien riche, possède encore à l’heure actuelle une classe de petits paysans propriétaires dont l’importance est très appréciable; les pays allemands à l’est de l’Elbe sont absolument différents des provinces situées en deçà du fleuve ; ils jouissent d’un morcellement du sol, d’une fertilité, tels qu’une classe assez nombreuse de petits propriétaires fonciers s’y est de tout temps développée.
Joints aux artisans autonomes des villes, ils ont été tout naturellement conduits à donner la plus large extension possible aux sociétés syndicales de production, de vente et de crédit.
Le morcellement à l’infini du territoire allemand en un
grand nombre de souverainetés diverses, un régime légal et fiscal différent d’une région à l’autre, des tarifs douaniers aux frontières de chacun de ces petits Etats ont été pour beaucoup dans le maintien en Allemagne, pendant longtemps, de la petite industrie. Le Zollverein de 1853, l’unité douanière qui en est résultée, surtout la guerre victorieuse de 1870 1871 qui a donné au peuple allemand cette confiance en lui même et cette énergie, inséparables de toute entreprise humaine, expliquent le prodigieux essor que le commerce et l’industrie allemands ont presque subitement pris après la paix de Francfort.
Pays de petite industrie, doté d’une classe très puissante de petits artisans, de petits producteurs autonomes, l’Allemagne a subi depuis 30 ans une métamorphose rapide ; de vastes sociétés anonymes, d’énormes usines se sont constituées de toutes parts. La terre allemande s’est couverte d’aciéries, de hauts fourneaux, de grandes filatures, d’usines de produits chimiques ; partout, de puissantes industries d'exportation se sont constituées ; en même temps, de vastes agglomérations ont pris naissance. La population urbaine a marqué une croissance extraordinaire. Le taux très élevé de la natalité (38 0/00 en 1905) et la dépopulation des campagnes ont démesurément grossi les rangs des salariés de la moyenne et de la grande industrie. Dès lors, l’Allemagne s’est trouvée en possession d’éléments éminemment favorables à l’extension du principe coopératif.
Au seuil du xxe siècle, l’industrialisation de l’Allemagne était un fait accompli ; elle était plus accentuée que l’industrialisation de la France, par exemple. La population commerciale et industrielle du pays atteignait 129 0/0 de la population agricole, au lieu de 1120/0 en France (1); aussi l’essor de la coopération, qui a été très tardif sur le sol allemand, a-t-il été particulièrement rapide.
(1) Statistique générale n° 1, p. 70.
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Les ouvriers allemands, doués, ainsi que leurs camarades anglais, d’un puissant esprit de discipline et d'un admirable sens de la pratique, s’emploient depuis une trentaine d’années avec une ardeur et une constance qui les honorent, à constituer sur le territoire allemand un épais réseau de sociétés coopératives. Cependant les progrès de la coopération en Allemagne, si remarquables fussent-ils, n’ont pas été assez rapides pour permettre au principe coopératif de rattraper son retard par rapport au mouvement syndicaliste ; le principe syndicaliste a gardé en partie l’avance que 20 ou 30 ans de mise en application lui ont imprimée.
Nous plaçant au point de vue des origines même du mouvement associalionniste, il demeure constant que l’Allemagne, dont l’industrialisation a été très tardive, appartient au type syndicaliste des pays européens. Nous sommes simplement autorisés à ajouter que l’essor actuel du principe coopératif est tel, que le jour n’est peut-être pas bien éloigné où le mouvement coopératif aura acquis en Allemagne une importance égale, sinon supérieure, à celle du mouvement syndicaliste.
SECTION I. — La période préparatoire.
§ 1 . — Origines du mouvement syndicaliste allemand.
Au milieu du siècle dernier, les petits producteurs et entrepreneurs autonomes étaient particulièrement nombreux sur le sol allemand ; ils ne pouvaient avoir intérêt à fonder que des sociétés syndicales de production, de crédit ou de vente.
Que le but des sociétés syndicales constituées en Allemagne, à partir de 1849 et 1850, ait été précisément de permettre aux classes moyennes de supporter sans défaillance la concurrence des gros entrepreneurs industriels et des grands propriétaires fonciers, c'est ce qui est hors de doute, la lecture des œuvres du fondateur des sociétés syndicales allemandes,
— et en même temps l’initiateur de tout le mouvement syndicaliste européen — Hermann Schulze-Delitzsch, enlève toute espèce d’hésitation.
Schulze-Delitzsch et les premières sociétés syndicales d'approvisionnement et decrédit (1849-1850). — Dès le commencement du xixe siècle, des « banques dites d’artisans » avaient été instituées. « Les artisans allemands avaient reconnu qu’ils avaient besoin de la puissance qui donnait à la grande industrie, sa supériorité: le capital (1). » Ces banques d’artisans avaient effectivement pour but de procurer du crédit à bon compte aux petits producteurs et entrepreneurs indépendants.
Sans doute, elles ne constituaient pas de véritables sociétés syndicales autonomes, entièrement administrées et dirigées par les clients, membres de la société ; c’étaient des établissements d'origine administrative ou philanthropique. des « instituts communaux » pourvus des fonds nécessaires par l’Etat, les communes ou par des philanthropes ; mais ces banques avaient suffi à répandre dès avant 1850, au sein de la classe des artisans et petits producteurs allemands, l’idée de sociétés de crédit destinées à faire des avances de fonds aux petits producteurs et entrepreneurs des classes moyennes.
« Les services que rendirent ces sociétés de prêt et d’épargne, constituées avant 1860, furent très restreints ; les avances faites avaient le caractère d’aumônes ; l’ouvrier, pour les obtenir, devait prouver la nécessité où il était de les solliciter ; ce n’était pas un droit pour lui de les obtenir. Ce système mi philanthropique, mi-administratif ne pouvait pas subsister longtemps (2). »
Aussi, l’initiative que prit Schulze-Delitzsch en 1849 de
(1) Hans Crüger, Les sociétés coopératives en Allemagne. Rev. d'Econ. politique , 1892, p. 973-974.
(2) Hans Crüger, Les sociétés coopératives en Allemagne, Rev. d'Econ. politique , 1892, p. 973-974.
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constituer des sociétés mutuelles entre artisans de la même profession ou petits propriétaires, fut-elle tout de suite couronnée de succès.
A Delitzsch, près de Halle, au cœur de la Saxe — cette magnifique région industrielle qui devait être le foyer du mouvement coopératif allemand — Hermann Schulze fonda la première société syndicale d’approvisionnement, en automne 1849. Elle était constituée entre maîtres menuisiers qui avaient trouvé avantageux de s’associer, de mettre en commun leur force d’achat pour se procurer les matières premières nécessaires à l’exercice de leur profession. A la fin de l’année, les cordonniers de Delitzsch en firent autant.
L’année suivante, à la date précise de 1850, Schulze-Delitzsch fonde, à côté de ces sociétés syndicales d’approvisionnement agricole et industriel, répartissant au prorata des achats, des sociétés syndicales de crédit répartissant au prorata des actions Le succès de ces sociétés de crédit fut tout de suite très grand ; elles permirent aux artisans et petits propriétaires d’éviter, dans leurs emprunts, les taux usuraires auxquels ils avaient été habitués, taux qui atteignaient jusqu’à 500/0. La société de crédit de Delitzsch ne demandait que 14 0/0 d’intérêts en 1850 ; en 1862, l’intérêt moyen était tombé à 9 0/0.
Baiffeisen fonde , en même temps que Schulze- Delitzsch, les premières sociétés decrédit d' Allemagne (1849). — A la même époque, en 1849, Raiffeisen fondait la première société de crédit d’Allemagne qui reposait sur des bases assez différentes des sociétés de crédit de Schulze-Delitzsch (1).
(1) Les caisses Raiffeisen se distinguent assez nettement des caisses Schulze-Delitzsch; ces dernières sont de véritables sociétés par actions, répartissant les bénéfices au prorata des actions et impliquant la responsabilité illimitée des membres delà société sur leur fortune tout entière, pour toutes les opérations de la société.
Au contraire, les caisses Raiffeisen ne sont pas des sociétés par
Dans l’esprit de Schulze, le but final des sociétés syndicales devait être de provoquer partout la constitution de ce qu’il appelait des « associations intégrales », c’est-à-dire des associations ouvrières de production, mais véritablement, on ne voit pas, si l’on prend la peine d’analyser scientifiquement le mécanisme des unes et des autres, comment les économies de dépenses ou les suppléments de revenus que les sociétés syndicales procurent à leurs membres, pourraient susciter la création d’associations ouvrières de production. Les sociétés syndicales ont précisément l’avantage de permettre à leurs membres de s’associer sur un point spécial, afin de rester absolument indépendants les uns des autres et de maintenir leur autonomie économique.
Chaque sociétaire reste le concurrent économique de ses co*associés ; la société syndicale maintient l’esprit de lutte entre artisans ou petits propriétaires ; elle est loin de favoriser la formation d’associations ouvrières de production.
Cette déduction théorique se montre exacte à l’expérience. Schulze-Delitzsch, en effet, n’a jamais estiméle moment venu de recommander la création d’« associations intégrales ».N’en soyons pas surpris, puisque tous les efforts qu’il faisait dans la voie syndicaliste l’éloignaient tout autant du mouvement corporatif que du mouvement coopératif.
Le mouvement syndicaliste inauguré en 1849 par Schulze- Delitzsch et Raifeisen, sur des bases d’ailleurs différentes et sans aucune entente préalable entr’eux, fut tout de suite en pleine voie de développement et de progrès.
actions ; elles ont deux caractères principaux : 1° elles se constituent sans actions, ni apports de capital ; leurs membres n’ont aucune mise de fonds à faire ; 2° en l’absence de tout apport de capital, les profits reçoivent nécessairement une autre affectation que dans le système Schulze-Delitzsch ; les profits servent uniquement à constituer un fonds de réserve, indivisible entre les membres. Quand celui-ci est jugé suffisant, le taux de l’intérêt prélevé est abaissé,
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Développement absolument régulier et méthodique du principe syndicaliste en Allemagne. — En Allemagne, il semble impossible de constater des périodes d’activité associationiste, aussi tranchées qu’en France ou en Belgique. En pays latin, le principe corporatif comme le principe coopératif n’a procédé que par bonds, par soubresauts, à la façon de grandes vagues qui enflent à certains moments la surface de l’océan et retombent ensuite.
Aux environs de 1848, 1864 et 1880, on a pu observer en France comme en Belgique, des élans d’activité corporative ou coopérative. N’était le succès durable du troisième et dernier mouvement, on aurait pu prendre ces élans pour de simples manifestations passagères d’un mal chronique.
En Allemagne, tout au contraire, à dater de 1850, nous discernons dans le développement du principe syndicaliste la progression la plus constante et la plus régulière qu’il soit possible d’imaginer. Comme le mouvement coopératif anglais, le mouvement syndicaliste allemand n’a pas d’histoire. Une série ininterrompue de succès, la mulliplication indéfinie des sociétés syndicales de production et de vente marquent seules le processus du principe syndicaliste en Allemagne.
§ 2. — Le mouvement coopératif allemand
Les premières coopératives allemandes remontent à 1860 et 1864. Il est en effet impossible de reconnaître le caractère coopéralif aux Unions de consommateurs , qui se sont fondées aux environs de 1845 sur l’initiative de M. Liedke, à Berlin et en certaines villes allemandes. Nous nous sommes suffisamment expliqué à leur endroit, à propos des origines du mouvement coopératif belge (1).
Nous manquons de tous renseignements sur le compte de ces premières sociétés coopératives allemandes. Nous savons
fl) Se reporter au Premier Mouvement associationniste belge, p. 263.
seulement qu’elles se rattachaient au type de Rochdale ; le type anglais de distributive a été le modèle des premières coopératives allemandes comme des premières coopératives françaises. Ces premières sociétés n’eurent aucun succès en Allemagne, la chose n’est point pour nous surprendre, si nous songeons au but étrange qu’on leur assignait.
Le Congrès de Stuttgart de 1865 ne proclamait-il pas solennellement, que ces sociétés « en procurant à leurs membres, l’occasion de former un capital, sont les meilleures bases du développement ultérieur des associations ouvrières de production ? »
La distributive apparaissait comme un excellent stimulant à la création d’associations ouvrières; mais on faisait également fonds sur elle, pour permettre à de simples ouvriers salariés de s’établir à leur propre compte comme petits artisans.
Le docteur Hans Crüger, le directeur actuel de TAllgemeine Verband, fondé par Schulze-Delitzsch, déclare, de même, que « les coopératives ont l’avantage de permettre à leurs membres d’épargner un petit capital (afin de pouvoir s’installer ensuite comme petits entrepreneurs). Les membres de ces sociétés, par l’avantage qu’ils en retirent, apprennent à comprendre l’importance du capital ; les coopératives sont essentiellement conservatrices, redoutant toute tentative de bouleversement » (1).
Ainsi, le but assigné aux coopératives était en quelque sorte dans le prolongement de celui assigné aux associations ouvrières et aux sociétés syndicales. Qu’une pareille appréciation du rôle des coopératives soit erronée, c’est ce dont il n’est pas permis de douter. Les coopératives s’adressent essentiellement aux classes salariées ; le supplément de ressources qu’elles leur procurent est employé par elles non à instituer de nouvelles entreprises de production autonomes,
(1) Crüger, Revue d'Econ. polit., 4892, p. 973.
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mais tout simplement à élever leur train de vie et à augmenter leur consommation journalière ; elles n’ont pas pour résultat de transformer les salariés en artisans autonomes.
Avant 1875, les coopératives n’acquirent aucune extension en Allemagne ; aussi l’idée fédérative ne pouvait-elle pas prendre corps, car les éléments-bases, les coopératives distributives, étaient beaucoup trop rares.
Jusqu’à ces derniers temps, les coopératives allemandes étaient, pour la plupart, rangées sous la direction de VAllgemeine Verband der deuschen Erwerbs u. Wirtschafts genossen chaflen , l’Union générale des associations allemandes d’achat et de production, fondée par Schulze-Delitsch dès 1859. Les chiffres que cette Union a publiés afférents aux années 1865 et 1870 indiquent les résultats les plus piètres ; en 1865 et 1870, on ne comptait que 34 et 111 coopératives ayant envoyé leur rapport à l’Union ; ces sociétés comprenaient respectivement 6.647 et 45.761 membres. Leur capital social se montait à 66.678 marks en 1865 et 818.805 marks en 1870 ; leurs ventes à 925.383 marks, puis à 9.077.860 marks. De 1865 à 1870, l’effectif des sociétés et leur chiffre des ventes avait presque décuplé; cependant ces sociétés restaient fort peu importantes.
L’année 1875 marque une progression assez sensible ; l’effectif des sociétés adhérentes double en 5 ans et atteint 98.056 ; leur capital social a presque quadruplé durant la même période ; leur chiffre de ventes augmente dans la proportion de 1 à 2 1/2, et atteint la somme globale de 22.704.963 marks (1).
Le mouvement reste à peu près stationnaire pendant 10 ans ; il ne devait reprendre qu’après 1885. De 1885 à 1890, le chiffre de ventes des coopératives s’élève de 35 millions à 57 millions ; ainsi, dès 1890, existaient en Allemagne les éléments-bases d’une Fédération d’achat et de production.
(t) La statistique allemande n° 3, p.303.
§3. — Première tentative de formation d’une Fédération d’achat (1864).
La Fédération d’achat et de production des coopératives allemandes, la « Gross.einkaufs-Gesellschaft deutscher Konsumvereine », la G. E. G. date seulement de 1894; cependant, en Allemagne, comme en tout pays coopératif, l’idée fédérative a été presque contemporaine de la formation des premières sociétés distributives.
Dès 1864, alors que le mouvement coopératif était tout à fait à ses débuts en Allemagne, l'idée fédérative a déjà été présentée et défendue ; en août 1864, à Berlin, les délégués de sept sociétés distributives résolurent de pratiquer l'achat en commun de cigares et tabacs et d’instituer un magasin de gros. L’essai n’eut aucun succès ; il était prématuré (1).
En 1867, l’Union des distributives de Saxe fut constituée. La création d’un magasin central dépendant de l’Union figurait à l’ordre du jour du congrès constitutif. A partir de cette date, tous les congrès préconisent périodiquement l’institution d’un magasin de gros. Cette pensée fédérative devint l’idée fixe des assemblées coopératives. Le congrès de Chemnitz en 1868 reconnaît que l’achat en commun est dans la logique des principes coopératifs ; il décide comme mesure d’acheminement que les délégués des coopératives tiendront par an deux réunions ou conférences d’achat à Leipzig. En outre, des hommes de confiance désignés par les différentes coopératives indiqueraient tous les trimestres au Comité central de UUnion des coopératives de Saxe les besoins des coopératives ; ils se chargeraient directement d’effectuer les achats en commun au nom de ces sociétés.
(1) Kaufmann, Geschichte des Konsumgeiiossenchaftlichen Grosseinkaufes in Deutschland , Hambourg-, 1904, p. 18-21. — Pour tout l’historique qui va suivre, nous aurons besoin de faire constamment appel à ce livre.
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Les coopératives de Saxe tinrent effectivement, de 1870 à 1873, 25 réunions ou conférences d’achats en commun ; en même temps, un livre collectif contenant l’indication des fournisseurs avait été institué ; ce livre devait être envoyé de société en société, pour indiquer aux gérants des coopératives les meilleurs fournisseurs ; mais il fut fort peu consulté. On fit plus, on expédia des caisses d’échantillons ; elles restèrent longtemps en souffrance dans la plupart des sociétés.
Ces essais n’étaient pas encourageants ; mais ils montrent quelle opiniâtreté les premiers coopérateurs allemands ont mise à réaliser le plus rapidement possible l’achat en commun. Aussi est-il très étonnant de constater que si les efforts datent de loin, la réussite définitive est toute récente.
Hostilité radicale de l'Allgemeine-Verband à l'encontre de tout projet de Fédération d'achat. — 11 n’est* que juste de rendre en très grande partie responsable de ce retard l’administration de l’Allgemeine-Verband ; c’est le comité directeur de cette Union qui a empêché pendant 10 ou 15 ans les coopératives ouvrières de Saxe de constituer un magasin de gros. L’Allgemeine-Verband, en s’opposant à la constitution d’un magasin de gros, a commis une faute singulièrement lourde. Entre toutes les Unions coopératives existant au monde, elle est la seule qui se soit laissée entraîner à semblable égarement.
Dès 1874, l’Allgemeine-Verband eut l’occasion de manifester son hostilité radicale à l’encontre de toute pensée fédérative. Celte même année, parut à Berlin une brochure intitulée : « Projet de création d’une Union des coopératives allemandes, avec production autonome. » Aussitôt, le secrétaire de l’Allgemeine-Verband s’éleva contre ce projet, disant que l’achat en commun n’avait de valeur que pour les coopératives dont le conseil d’administration était particulièrement inexpérimenté ; une telle organisation aurait
été inutile à des coopératives en progrès (1). Qu’une telle opinion marque l’inintelligence la plus profonde des avantages du principe fédéraliste, c’est ce que nul aujourd’hui ne songerait à contester.
§ 4. — Deuxième tentative de formation d’une Fédération d’achat : l’Agence centrale de Mannheim (1869).
L’Union des coopératives de l’Allemagne du Sud, plus heureuse que l’Union saxonne, a réussi dès 1869 à constituer une agence centrale d’achat A la fondation de l’Union, en 1867, 32 coopératives avaient envoyé leur adhésion, le but direct était de réaliser l’achat en commun. L’Allgemeine-Verband ne tarda pas à s'émouvoir et à intervenir ; le docteur Parisius, représentant de l’Allgemeine-Verband, combattit avec énergie le projet du docteur Pfeiffer, le fondateur de l’Union des coopératives du Sud , heureusement ses efforts restèrent vains.
Le second congrès des coopératives de l’Allemagne du Sud,Augsbourg, 1868, chargea un coopérateur de Mannheim, M. Düffing, de présenter un rapport sur l’achat en commun des produits alimentaires. Selon le projet de M. Düfling, les sociétés adhérentes auraient été forcées de souscrire un nombre d’actions en rapport avec l’importance présumée de leurs achats (2). Ce projet provoqua une vive polémique dans les milieux coopérateurs du sud. Sur ces entrefaites, les coopératives de Mannheim et des environs s’entendirent pour faire une commande collective de sucre; à la fin de 1868, elles reçurent par chemin de fer, un wagon complet de sucre, ces sociétés n’eurent qu’à se féliciter du résultat.
(1) Kaufmann, ibid., p. 22-23.
(2) Voir le n° 6 de l’organe nouvellement fondé de l’Union des coopératives du Sud, le « Konsumverein ».
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Ce léger succès fui exposé devant le 3e congrès des coopératives du Sud, réuni en 1869 à Mannheim ; une commission fut nommée ; elle décida que les versements à effectuer par les différentes sociétés adhérentes varieraient entre 200 et 1.000 florins. Le payement intégral n’était pas tout de suite exigé. Les coopératives adhérentes, mais qui n’auraient pas encore versé de fonds, pourraient se procurer toutes les marchandises dont elles auraient besoin, mais n’auraient aucune part aux bénéfices (1).
Les parts sociales devaient rapporter 5 0/0, le reste des profits étant réparti entre les sociétés adhérentes au prorata des achats, 12 0/0 des bonis devaient être régulièrement mis en réserve (2).
Les statuts proposés furent acceptés par le congrès , Mannheim fut choisi comme siège de la société et M. Düfling fut nommé directeur.
Cette société commença à fonctionner en août 1869 ; du 12 août 1869 au 30 mars 1870, elle vendit pour 48.800 florins de marchandises aux 19 sociétés adhérentes, puis du 1er avril au 31 décembre 1870, les ventes s’élevèrent à 90.000 florins. Aux 19 coopératives adhérentes primitives étaient venues s’adjoindre 17 autres sociétés adhérentes, mais qui n'avaient pas encore versé de fonds.
Le capital restait malheureusement toujours très faible; il n’atteignait que 8 695 florins à la fin de 1869 ; le fonds de réserve était seulement de 368 florins. La tentative était un peu hâtive, le chiffre d’affaires des coopératives alors existantes était très faible ; les 111 sociétés adhérentes à l’Allgemeine-Verband ne vendaient en 1870 que 9.071.860 marks de marchandises à leurs membres. Ce début était modeste ; il semblait cependant qu’il ne fallait pas trop mal augurer de l’avenir de la société ; les coopératives adhérentes étaient assez fidèlement groupées autour de la société (1).
(1) Kaufïmann, p. 25-27.
(2) Kaufmann, p. 31-33.
Malheureusement, dans le désir d’augmenter le capital d’exploitation, on eut l’idée de transformer la société coopérative en une société par actions ; cette dernière forme juridique était, pensait-on, la plus propre à fortifier le crédit de la société. La transformation eut lieu dans le courant de septembre 1872.
L’expérience sembla donner raison à ces efforts. De septembre à décembre 1872, les ventes atteignirent 94.513 florins ; l’augmentation était importante, malheureusement une déplorable méthode de répartition fut adoptée : 100/0 des bénéfices nets furent affectés au fonds de réserve ; 15 0/0 furent affectés aux achats ; 5 0/0 au conseil d’administration. Les 80 0/0 restants furent attribués aux parts sociales ; chacune d’elles obtint ainsi 8 1/3 0/0 d’intérêt. Le principe coopératif de Rochdale était pour ainsi dire absolument abandonné.
Cette transformation devait être fatale à l’Agence centrale d’achat de Mannheim ; cependant les ventes annuelles ne cessaient pas de croître ; elles atteignirent 552.000 florins en 1873. Le capital social s’accrut de deux émissions supplémentaires. Tous ces progrès restèrent inefficaces : la société était condamnée ; l’esprit coopératif ne la guidait plus (1).
Les actions tombèrent en grande partie entre les mains de particuliers qui se contentèrent de chercher dans la société un placement avantageux pour leur argent. Les liens de la société avec l’Union des coopératives du Sud allèrent toujours en se relâchant. Le congrès de Carlsruhe en 1874 proposa aux coopératives de rompre avec la société de Mannheim. Peu de temps après, la société de Mannheim s’effondrait, disparaissait, victime des spéculations financières qu’elle s’était risquée à faire.
L’assemblée générale de la société vota la liquidation, le 7 novembre 1875 ; le quart du capital était déjà absorbé ; les actionnaires touchèrent seulement 58 0/0 de leurs versements (1) .
(1) Kaufmann, p. 33-36.
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La société de Mannheim qui avait peu à peu acquis un esprit purement commercial et mercantile était punie par où elle avait péché.
§5. — Troisième tentative de formation d’une Fédération d’achat (1892-1894).
La reprise du mouvement coopératif à partir de 1885. — La liquidation de la société de Mannheim en 1875 coïncida avec un temps d’arrêl d’une dizaine d’années, dans le développement des coopératives distributives en Allemagne. Le mouvement en avant n’a repris qu’en 1885, c’est à cette époque, en effet, que la classe ouvrière a commencé à s’intéresser à à la coopération. A cette date, une trentaine de sociétés se constituèrent en Saxe, une vingtaine en Thuringe ; les unes et les autres étaient composées presque exclusivement d’ouvriers.
Il convient d’observer qu’aux environs de 1885, l’attitude du parti socialiste allemand a complètement changé par rapport aux sociétés coopératives. Jusque-là, les socialistes allemands n’avaient jamais eu assez de mépris pour ces sortes de sociétés ; la condamnation prononcée portait sur les distributives comme sur les sociétés syndicales de production et de vente ; au contraire à dater de 1885, brusque revirement du parti socialiste allemand qui fit adhésion pleine et entière à la doctrine coopérative.
L’Allgemeine-Verband s’était montré volontairement incapable d’organiser l’achat en commun des denrées nécessaires aux distributives. Heureusement, après 1885, se formèrent plusieurs Unions régionales coopératives : l’Union des coopératives de l’Allemagne du Nord en 1886, et le « Vorwarts Yerband '>, l’Union des coopératives saxonnes, en 1890. Cette dernière union se composait de la plupart des coopératives saxonnes, lesquelles estimaient leurs intérêts insuffisamment
défendus, voire même desservis par l’Allgemeine-Verband (1).
Nous voyons là le commencement du mouvement de scission qui devait aboutir à la séparation aujourd’hui absolue de l’AUgemeine-Verband et de l’ensemble des coopératives allemandes.
La constitution de ces Unions régionales eut pour résultat de faire échouer les efforts des détaillants et petits commerçants qui, lésés par la concurrence des sociétés coopératives, s’étaient ligués et avaient entrepris de boycotter ceux d’entre leurs fournisseurs qui procuraient également des marchandises aux coopératives ; ces tentatives d’affamer les distributives échouèrent piteusement, mais elles firent comprendre aux coopérateurs quel intérêt ils avaient à se liguer à leur tour et à pourvoir en commun à l’achat des objets de consommation nécessaires.
La Société de Brême (1892).— L’année 1892 marqua la constitution de la société coopérative d’achat en gros de Brême. Le député Parisius (qui s’était élevé avec tant de vigueur en 1867 contre les projets fédératifs des coopératives de l’Allemagne du Sud), crut le moment venu de fonder une société coopérative d’achat en gros ; ce faisant, Parisius agissait, il est vrai, en son nom personnel et non à titre de délégué de PAllgemeine-Verband. La loi de mai 1892 sur les sociétés à responsabilité limitée venait d’être votée, Parisius crut quelle fournirait une base excellente à une coopérative d’achat en gros (2) .
Essentiellement préoccupé d’agir vite, redoutant avant tout l’hostilité de l’Allgemeine-Verband, Parisius demanda à un certain nombre d’amis et de coopérateurs dévoués, de souscrire personnellement des sommes importantes. Les coopératives elles-mêmes ne versèrent presque rien. Des négociants et fabricants, tout à fait éloignés des idées coopératives,
(4)"tKaufmann, p. 55-59.
(2) Kaufmann, p. 77-78.
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furent amenés à souscrire ; il était entendu que les actions acquises par les particuliers seraient transmises aux coopératives, dès que celles-ci seraient en état de les payer. La plus grande partie du capital souscrit appartenait à des particuliers ; la société n’en était pas moins une entreprise coopérative, non seulement elle se transforma rapidement en un pur organisme coopératif par l’adhésion des distributives, mais, dès l’origine, les profits, défalcation faite des intérêts fixes payés au capital, étaient répartis au prorata des achats (1).
Le contrat de société fut signé immédiatement, en août 1892. Le capital souscrit se montait à 64.500 marks. Ainsi dès 1892, les coopératives allemandes pouvaient s’adresser à une véritable société d’achat en gros, mais un résultat bien plus surprenant encore est à observer.
Les tentatives dé M. Hugo Pabst. — Les distributives allemandes de 1892 n’avaient que l’embarras du choix : un homme véritablement extraordinaire s’était rencontré sur leur route, M. Hugo Pabst, un homme d’affaires habile et à esprit très inventif ; malheureusement, son but n’était rien moins que désintéressé. Il désirait se faire une situation avantageuse, comme directeur d’une agence centrale d’achat des coopératives. Pendant près d’un quart de siècle, il assiège, sans se décourager jamais, les congrès coopératifs pour leur faire ses offres de services. Dès 1886, il se présente au congrès de l’Allgemeine Verband, tenu à Teuchern.
En 1891, nouveaux efforts de Pabst ; il se rend, sans y être davantage invité, au congrès de Géra et présente à nouveau ses projets magnifiques. Nouvel échec. Mais il devait être dit que Pabst ne connaîtrait pas le découragement. Cette même année 1891, il abandonne sa maison de Gotha, court à Hambourg et y installe de sa propre autorité « l’Agence d’achat
(1) Kaufmann, p. 78-80.
des coopératives allemandes » — die Einkaufsagentur deutscher Konsumvereine (1).
Il se déclare, de lui-même, l’agent général des coopératives allemandes. Noussommesen 1892. Dans des articles parus dans l’organe de rAllgemeine-Verband, les « Blâtter fürGenossenchaftswesen », il affirme que l’entreprise fondée par lui réalise à la perfection l’idéal coopératif de l’achat en commun, qui est de supprimer tous les intermédiaires ; il oubliait qu’en vérité, il n’était lui-même qu’un de ces intermédiaires abhorrés. Il se proposait de prélever seulement une commission de 1 à 2 0/0 du prix des ventes effectuées. Ce système qu’il avait l’audace de dénommer une découverte, n’était autre que le système de l’achat en gros par un agent unique, commissionnaire des coopératives.
En fait, Pabst rendit quelques services ; il proposa aux sociétés, sans jamais se lasser, des échantillons et des marchandises de toutes sortes. Il acquit un certain crédit et obtint des commandes. Depuis le 1er avril 1892, il faisait paraître un journal, les « Handels und Goursblâtter » où il tâchait de renseigner le mieux possible, disait-il, les coopératives sur le cours du marché
Dès l’année 1892, les coopératives allemandes étaient donc sollicitées pour leurs achats, par deux sociétés à la création desquelles elles n’avaient nullement coopéré. L’une des entreprises, celle de Pabst, était une pure et simple entreprise privée ; elle appartenait à un négociant qui se prétendait l’ami le plus désintéressé et le plus avisé des coopératives allemandes, c’était son seul caractère remarquable.
La seconde de ces deux sociétés, le magasin de gros de Brême, était véritablement dirigée par les principes de Rochdale de répartition des bénéfices. Il suffisait d’un peu de bonne volonté de la part des coopératives pour faire de cette entreprise leur propriété pleine et entière.
(1) Kaufmann, p. 75«76.
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Cet empressement chez un simple négociant d’une part, chez un coopérateur ensuite, d’édifier par eux-mêmes un magasin de gros, prouve que l’idée était mûre, que le projet était depuis longtemps dans la logique des choses ; seule, l’occasion propice manquait.
Les Unions des coopératives de Silésie, de Lausitz, de Saxe, se montrèrent tout de suite favorables à la société d’achat de Brême. Pabst, se voyant peu encouragé dans son entreprise par les coopératives, s’efforça de fondre, disait-il, son agence avec la société de Brême ; en réalité, il désirait l’englober dans sa propre entreprise. Des pourparlers s’engagèrent, mais les négociations entre les deux sociétés furent vite rompues ; d’ailleurs, la société d’achat de Brême qui n’était pas arrivée à prendre un véritable développement, n’eut pas une existence bien longue ; elle disparut bientôt. Ses actionnaires touchèrent 72 0/0 de leur mise (1). La situation défavorable de Brême (Hambourg se trouvait bien mieux situé), la méfiance des coopératives, leur participation très restreinte au capital de la société furent les causes de cet échec. La tentative de 1892 ne devait donc pas avoir un sort plus favorable que celle de
SECTION II. — La Fédération d’achat et de production de Hambourg.
§ 1 . — La constitution du Magasin de gros de Hambourg (1894),
Nous arrivons à l’année 1894, sans qu’aucune Fédération ait été constituée en Allemagne ; à cette époque, le chiffre d’affaires des coopératives allemandes se montait à 80 millions ; ces sociétés comptaient près de 300.000 membres, ce développement coopéralif permettait la constitution d’une Fédération d’achat.
(1) Kaufmann, p. 93.
L’initiative de cette entreprise devait revenir à Hugo Pabst ; ce dernier, dénué de tous capitaux, proposa de transformer sa propre agence centrale en une Fédération d’achat qui serait véritablement la propriété exclusive des coopératives adhérentes. Pabst demanda t seulement que lui-même et son associé Schrôflfer fussent nommés gérants de la société nouvelle, avec des appointements pouvant atteindre jusqu’à 20.000 marks par an (1). Pabst constituait en même temps un comité de fondation de 20 membres, composé des principaux coopérateurs allemands (2).
Les coopératives de Saxe tinrent un congrès extraordinaire à Chemnilz le 27 novembre 1892, pour prendre position au sujet de la Fédération d’achat projetée (3). M. Hoppe, président de l’Union des coopératives de Saxe, se prononça nettement en faveur de la constitution de la société. Une résolution conforme fut prise. Le 11 novembre 1892, second congrès des coopératives de Saxe ; une commission fut nommée dont les membres n’arrivèrent pas à se mettre d’accord sur le point de savoir quelle forme juridique donner au Magasin de gros (4). En même temps le comité de 20 membres nommé par Pabst se saisit de la question. Finalement, toutes les sociétés coopératives allemandes furent invitées à se faire représenter à l’assemblée constitutive de la société qui devait se tenir à Leipzig, les 6 et 7 avril 1893.
Le président du comité d’organisation était M. Hoppe, l’un des chefs les plus connus de la coopération allemande ; son autorité dans les milieux coopératifs importa pour beaucoup au succès de l’entreprise.
94 coopératives furent représentées à l’assemblée de Leipzig, la plupart appartenaient à la région saxonne ; c’est donc à la Saxe, le véritable cœur industriel et coopératif de l’Aile -
(1) Kaufmann, p. 99.
(2) Kaufmann, p. 96.
(3) Kaufmann, p. 104-108.
(4) Kaufmann, p. 113.
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magne, que revient l’honneur d’avoir constitué la Fédération d’achat de Hambourg, la troisième Fédération coopérative du monde.
Les 94 coopératives représentées à l’assemblée de Leipzig appartenaient à la Saxe, au Brandebourg, au Lausitz, à la Silésie, à la Thuringe, au Brunswick et à la Bavière. L’avocat Schenck invité à prendre part à l’assemblée, à titre de représentant de l’Allgemeine-Verband, avait refusé (1).
La première question qui se posa fut celle de la forme juridique à donner à la Fédération. Par 53 voix contre 17, on décida qu’on adopterait la forme non d’une société coopérative, mais d’une société ordinaire à responsabilité limitée. Une commission de 7 membres fut nommée qui devait réunir les fonds nécessaires. On avait l’intention de débuter dès qu’on aurait réuni un capital de 100.000 marks. Le 8 juin 1893, la commission déclara, d’après les indications fournies par Pabst, que 80.000 marks avaient été souscrits, dont 56.500 avaient été versés.
Le 26 juin 1893, se tint à Hambourg la deuxième assemblée constitutive de la Fédération, on s'aperçut alors que Pabst avait trompé les membres de la commission ; il n’y avait que 45.000 marks souscrits, dont 29.750 versés, néanmoins on décida de repousser les capitaux privés. Tout le capital social devait provenir uniquement des coopératives . Les statuts préparés furent définitivement adoptés. Il fut procédé à l’élection des membres du comité d’administration ; Hoppe en fut nommé président. Pabst et Schrôffer, après bien des hésitations, furent nommés gérants.
On voit avec quelles difficultés s’est constituée en 1894 la Fédération d’achat des coopératives allemandes. L’Allemagne nous offre l’exemple absolument unique d’un pays dans lequel la Fédération d’achat a été constituée par le groupement volontaire des différentes coopératives distributives, mal-
(1) Kaufmann, p. H3-117.
gré l’opposition directe de l’Union coopérative nationale : l’Allgemeine-Verband qui existait depuis 35 ans déjà.
Le docteur Crüger, président du comité de direction de l’AUgemeine-Verband, critiqua vivement le Magasin de gros de Hambourg ; il prétendit qu’il convenait de constituer non pas une société de gros pour toute l’Allemagne, mais plusieurs unions d’achat dans les différentes régions coopératives (1).
Quant aux congrès régionaux, tous, sans autre exception* croyons-nous, que celui de Saxe (Congrès de la Werdau,5 août 1893), se montrèrent très peu bienveillants, vis-à-vis de la G. E G. Peut-être convient-il d’expliquer cette attitude désobligeante par l’esprit particularité encore très développé de l’Allemagne. La Saxe exceptée, tous les congrès régionaux parlèrent d’organiser des unions régionales d’achat en commun ; pourtant, la G. E. G. devait prospérer et prendre un très rapide essor ; la Wholesale anglaise elle-même, à sa 14e année d’exercice, n’alteignait pas un chiffre d’affaires supérieur à celui de la Fédération allemande, au bout du même laps de temps.
Rarement, on a vu un Magasin de gros coopératif débuter dans des circonstances aussi malencontreuses; le fonctionnement de la Fédération de Hambourg fut tout d’abord retardé par le départ presque simultané des deux gérants, nommés par le congrès de Leipzig. Pabst, loin d’inspirer une confiance plus grande, se refusait à remplir les conditions de son engagement ; il ne versait pas les 5.000 francs de marks de caution, mais demandait en revanche une augmentation de traitement. Il fut révoqué par une assemblée générale convoquée spécialement à cet effet par le conseil d’adminis tration. M. Schroffer démissionna peu de temps après. Tous ces remaniements décidèrent quelques coopératives à se retirer du Magasin de gros.
(1) Kaufmann, p. 119.
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17 sociétés démissionnèrent, diminuant ainsi de 17.000 marks le capital social primitif. La société ne comptait que 47 coopératives adhérentes, lorsque celle-ci fut inscrite le 29 mars 1894, au registre du commerce de Hambourg. Ces 47 coopératives adhérentes avaient souscrit 34.500 marks dont 25.700 avaient été versés. Ces 47 coopératives appartenaient presque toutes exclusivement à la Saxe et à la Thüringe (1).
§ 2. — Le fonctionnement du Magasin de gros.
1° La composition de la Fédération. — La Grosseinkaufs-ge sellschaft deutscher Konsumvereine de Hambourg , la G. E. G. la Société d’achat en gros des coopératives allemandes, est une société à responsabilité limitée, constituée entre coopératives distributives ou incorporées, dans le but d’acheter ou de produire en gros les articles de consommation dont ces sociétés ont besoin. Toute coopérative allemande, pourvu qu’elle mérite ce titre par le procédé de répartition adopté par elle, est admise sans autres conditions à envoyer son adhésion à la Fédération. En l’absence de toute distinction scientifique, les associations ouvrières, tout comme les coopératives incorporées, sont autorisées à entrer dans la société du Magasin de gros. De fait, aucune association ouvrière n’est membre, croyons-nous, de la Fédération (2).
2° L’ administration de la Fédération. — La société de Hambourg répond au type normal des Fédérations coopératives ; elle est gouvernée par l’assemblée de ses membres. L’assemblée générale se réunit au moins une fois par an. Des assemblées exceptionnelles sont tenues aussi souvent que le conseil d’administration, le gérant ou le dixième des coopératives adhérentes le jugent utile. L’assemblée des membres
(1) Kaufmann, p. 132 et 136.
(2) Article 2 des statuts. — Voir le Jahrbuch des Zentral- Verbandes deutscher Konsumvereine, 1907, p. 162.
examine et approuve, s’il y a lieu, les bilans et rapports présentés sur la marche de la société ; elle nomme les membres du conseil d’administration et les gérants. Elle possède le pouvoir souverain dans la société (1).
Quel que soit le nombre des parts sociales souscrites ou l’importance de la société adhérente, chaque coopérative n’a droit qu’à une seule voix dans les assemblées générales. Ce principe de l’égalité absolue dans la représentation des sociétés ne peut pas être condamné, du point de vue des principes coopératifs, mais il n’est nullement impliqué par eux (2).
Le conseil d’administration se compose en principe de 9 membres, mais ce nombre peut être porté à 15, par l’assemblée générale des sociétaires. Les membres du conseil d’administration sont élus à la majorité absolue pour deux ans ; 3 membres supplémentaires sont élus chaque année ; ils sont appelés par ordre d’élection à remplacer les membres du conseil qui sont démissionnaires, exclus ou défunts.
Le conseil d’administration a le devoir de surveiller et de contrôler l’administration des gérants et de se tenir au courant de la marche générale de la société ; il a le droit de suspendre complètement les pouvoirs d’un gérant, s’il le juge nécessaire, en attendant que l’assemblée générale prenne une décision définitive. Le conseil d’administration examine le bilan et l’inventaire dressés par les gérants ; il a le droit de prendre les décisions qui engagent gravement la société (3).
Le conseil d'administration tient parfois des séances, de concert avec les gérants. Les résolutions sont prises à la majorité simple des votants. Il est entendu que les membres du conseil et les gérants sont appelés à exprimer leur opinion par des scrutins séparés, chacun votant selon la catégorie à laquelle il appartient (4).
(1) Articles 46 à 55 des statuts.
(2) Article 16.
(3) Articles 30 à 44.
(4) Articles 44-45.
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Les gérants ou directeurs du Magasin de gros sont des hommes d’affaires, des commerçants ou industriels élus par l’assemblée générale. Sous la surveillance du conseil d’administration, ils dirigent souverainement la société ; ils sont personnellement et solidairement responsables sur leurs biens, des dommages qui résultent pour la société delà violation de leurs obligations. Ils fournissent tous les mois au conseil d’administration un rapport détaillé sur la marche de la Fédération.
3° Le capital de la Fédération. — Le capital de la société est constitué par différentes souscriptions consenties par les sociétés adhérentes ; toute société affiliée doit prendre au moins une obligation de 500 marks ; si elle possède plus de 500 membres, elle doit souscrire autant d’obligations qu’elle comprend de fois 500 membres ; toute fraction supérieure à ‘250 sociétaires compte pour l’unité entière (1).
La société adhérente n’est pas forcée de verser la valeur intégrale des parts sociales souscrites par elle, la Fédération se borne à retenir les bénéfices afférents à chacune des coopératives, jusqu’à ce que celles-ci possèdent à leur actif une somme égale au capital souscrit.
La répartition des bénéfices est tout à fait conforme aux principes de Rochdale : un intérêt fixe de 5 0/0 est attribué aux obligations ; ce prélèvement nécessaire diminue d’autant les bénéfices véritables de la société. 5 0/0 des bonis au moins sont attribués au fonds de réserve, jusqu’à ce que ce dernier atteigne 30 0/0 du capital social; 35 0/0 des bénéfices au moins sont affectés au fonds d’accroissement ; le restant, soit 80 0/0 des bénéfices sont répartis entre les sociétés au prorata de leurs achats. Celte répartition des bénéfices ne laisse pas d’être tout à fait théorique ; la pratique en a profondément modifié les termes et a beaucoup augmenté la part de bénéfices affectés au fonds de réserve (2).
(1) Article 11 .
Avant l’assemblée de Halle, septembre 1902, les gérants et le conseil d’administration se répartissaient entr’eux 15 0/0 des bénéfices. Les sociétés adhérentes ont jugé avec raison que cette attribution des bénéfices aux directeurs de la société était contraire aux principes de désintéressement qui président à l’action coopérative : la disposition fut supprimée.
La Fédération vend aux coopératives non associées comme aux sociétés affiliées ; les coopératives non adhérentes ont le droit de toucher l’intégralité des .ristournes, à condition de se déclarer prêtes à souscrire des parts sociales au cas d’élévation de capital social, ou au cas où des obligations déjà émises viendraient à être disponibles. Les coopératives non adhérentes qui ne prennent pas pareil engagement, sont réduites au droit de toucher la moitié des bonis qu’elles prélèveraient si elles étaient membres (1).
§ 3. — Le développement du Magasin de gros.
La Fédération allemande a joui jusqu’à présent d’une croissance aussi rapide, en valeur absolue, que la Fédération anglaise, la plus puissante des Fédérations coopératives du monde. Abstraction faite des trois derniers mois de l'année 1893, l’année 1894 a été la première année de fonctionnement du Magasin de gros de Hambourg ; les 47 sociétés adhérentes firent cette année-là, 541.000 marks d’achats à la Fédération. Quatorze ans plus tard, en 1907, la Fédération comprenait plus de 450 sociétés, effectuant 60 millions de marks, soit 75 millions de francs d’achats (2).
La Fédération anglaise constituée en 1864 atteignait à sa quatorzième année d’existence un chiffre d’affaires légèrement inférieur aux 75 millions du Magasin de gros de Hambourg.
(1) Articles 56-57.
(2) Pour tous les développements qui vont suivre, consulter p. 301 la statistique allemande n° 1.
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Les deux phases de développement de la Fédération allemande. — L’histoire de la Fédération allemande se divise en deux phases bien tranchées, selon que l’on considère son activité, avant ou après le début du xxe siècle. La Fédération a pris un essor brusque à dater de l’année 1901.
Avant 1901, la Fédération ne possédait aucun entrepôt et disposait d’un capital fort peu important ; elle achetait cependant à son propre compte, mais elle attendait d’habitude d’avoir la commande, pour faire l’achat : les marchandises étaient directement expédiées par le fournisseur à la coopérative qui les avait commandées (1).
L’année 1901 marque le doublement subit du chiffre des ventes de la Fédération ; ce chiffre s’éleva de moins de 8 millions de marks à plus de 15 millions, le nombre de sociétés clientes doubla également, le capital social fut porté de 200 à 300.000 marks, les fonds en dépôt ou empruntés doublèrent et au delà, montant brusquement de 104.000 à 238,000 marks. Le xxe siècle a véritablement marqué le début de la période triomphale de la Fédération allemande.
La rapide augmentation du chiffre des ventes en 1901 doit être attribuée pour une grande part à la crise économique, qui prit naissance en Allemagne au commencement du xxe siècle ; les masses ouvrières, pour n’être pas obligées de trop restreindre leur consommation, durent élever artificiellement leur puissance d’achat ; elles y réussirent par le moyen de la coopération (2).
a) Nombre des sociétés adhérentes. — De 1894 à 1906, le nombre des sociétés adhérentes a sensiblement décuplé — 47 en 1894, 448 en 1906 — cependant, les sociétés affiliées représentent à peine le tiers du nombre des sociétés clientes ; sur 1404 sociétés clientes, en 1906, 448 seulement avaient adhéré à la Fédération ; il est vrai, beaucoup de sociétés non
(1) Kaufmann, p. 145.
(2) Kaufïmann, p. 223.
adhérentes sont fort petites et effectuent de très faibles achats auprès de la Fédération. La fraction de beaucoup la plus importante des ventes de la Fédération est consentie aux sociétés adhérentes. En 1906, les 448 coopératives affiliées se sont procuré auprès de la Fédération 40 millions de marks de marchandises ; les 956 sociétés simplement clientes n'ont acheté que pour une valeur totale de 5 millions de marks (1).
b) Effectif des sociétés adhérentes. — Les 448 sociétés clientes comprenaient au 31 décembre 1906, 695.647 membres, soit en moyenne 1.552 membres chacune; les 956 sociétés simplement clientes ne renfermaient que 211.116 sociétaires, soit en moyenne 220 chacune, il est donc bien clair que les coopératives affiliées sont de beaucoup les plus importantes (2).
c) Ventes annuelles. — La progression suivie par les ventes annuelles est des plus remarquables ; de 1894 à 1901, à 1906 et à 1907, les ventes de la société de Hambourg se sont accrues dans la proportion de 1 à 30, à 86 et à 136. Les ventes se sont élevées à 541.000 marks en 1894, à 15 millions en 1901, à 46 millions 1/2 en 1906 et à 60 millions 1/2 en 1907, soit approximativement 75 millions de francs. La société de Hambourg est donc, de par son chiffre d’affaires, la plus forte Fédération du monde, après celles de Manchester et Glascow.
d) Capital social. — Le capital de la Fédération allemande ne s’est pas accru dans la même proportion que son chiffre
(1) Jahrbuch des Z entrai- Ver bandes deutscher Konsumvereine , 1907, t. I, p. 671 et 678, Bericht über das 13 Geschàfts jahr der G. E. G.
(2) Ces chiffres globaux ont été obtenus en totalisant les chiffres qui indiquent l’effectif de toutes les coopératives adhérentes ou simplement clientes du Magasin de gros. Voir le Jahrbuch des Zentral- Verband , 1907, p. 683-701.
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d’affaires ou son effectif. La Fédération a réussi à emprunter et à recevoir des fonds en dépôt importants, mais son développement reste encore entravé par l’insuffisance de ses capitaux.
Le capital-obligations de la Fédération qui était initialement de 34 500 marks, a été porté en 1906 à 1 million de marks ; sur cette somme, 219.500 marks restent à acquitter, c’est dire que 780.500 marks ont été versés à la Fédération comme à-comptes sur les obligations souscrites.
De 1894 à 1906, le capital social de la Fédération augmentait dans la proportion de 1 à 28, tandis que son chiffre de ventes s’accroissait dans la proportion de 1 à 86. Aussi le rapport entre le chiffre des ventes annuelles et le capital social est-il devenu très défavorable. En 1894, les 34.500 marks de capital souscrit représentaient 6, 4 0/0 du chiffre d’affaires ; en 1900, les 200.000 marks souscrits équivalaient seulement à 2, 5 0/0 des ventes ; en 1905 et 1906, les rapports correspondants étaient seulement de 1, 90 0/0 et 2,15 0/0.
La société de Hambourg est loin de partager les craintes de la Wholesale de Manchester ou de Glascow : la pléthore de capitaux !
e) Fonds empruntés ou en dépôt. — La Fédération de Hambourg a obvié, dans une certaine mesure, à cette pénurie de capital social par l’extension assez rapide qu’elle a donnée à ses fonds en dépôt ou empruntés. Elle ne possédait, à vrai dire, aucun fonds en dépôt, en 1894 ; la somme de 4.120 marks qu’elle avait empruntée en 1894 était tout à fait insignifiante ; En 1906, elle n’avait pas moins de 2.193.000 marks en dépôt ou empruntés.
JNous voyons la Fédération faire application de cette politique tout à fait rationnelle qui consiste à drainer l’épargne tant des coopératives distributives que de leurs membres individuels ; la Fédération d’achat apparaît comme la caisse d’épargne spontanée et, seule, légitime du monde coopératif.
L’assemblée générale de la société, tenue à Géra en 1900, estima qu’il convenait d’accroître la somme des dépôts faits auprès de la Fédération , dans ce but, les membres des coopératives, comme les coopératives elles-mêmes, furent autorisés à déposer leurs économies sans limitation aucune dans les caisses de la Fédération. L’intérêt alloué était de 4 0/0. Toute diminution d’intérêt est annoncée dans l’organe officiel de la Fédération, un délai de 6 semaines est imparti aux prêteurs, pour retirer leurs fonds.
Cette disposition eut les plus heureux résultats ; il convient de lui attribuer, en grande partie, l’augmentation très sensible des capitaux, prêtés à la Fédération à partir de 1901.
L’étude des bilans révèle que l’extension de la Fédération, sur ce chef comme sur tous les autres, date seulement du xxe siècle. Avant 1901,1a Fédération n’avait emprunté que 104.000 marks, la somme des fonds en dépôt ou empruntés s’est accrue de 600.000 marks en 1903 et s’accroît assez régulièrement de 500.000 marks par an, depuis cette époque.
Le résultat de ces différentes opérations a été de fournir à la Fédération, en 1906, 3 millions de marks de capitaux ; elle disposait, en effet, de 780.500 marks d’obligations versées et de 2.193.500 marks de fonds empruntés, soit au total 2.974.000 marks ou 3.716.000 francs. Ces 3 millions de marks représentaient en 1906, 7 0/0 des ventes annuelles de la Fédération, le capital circulant du Magasin de gros a donc été investi 14 fois dans les opérations de la société au courant de l’année 1906, ce chiffre des rotations annuelles du capital est beaucoup trop élevé.
f) Fonds de réserve. — Les fonds de réserve de la société a bénéficié d’une rapide croissance ; il a atteint 382.397 marks en 1906 ; il était demeuré absolument insignifiant jusqu’en 1904 ; cette même année, il a triplé, et de 1903 à 1906, il a sextuplé.
g) Bénéfices. — Les bénéfices de la Fédération se sont
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accrus avec la même rapidité que le chiffre d’affaires de la société. En 13 ans, ils ont augmenté dans la proportion de 1 à 82, les ventes ayant augmenté dans la proportion de 1 à 86.
La pratique a amené les sociétés adhérentes à supprimer presque totalement toute répartition des bénéfices au prorata des achats ; peu à peu, les sociétés se sont imprégnées davantage de l’esprit coopératif et ont vu la nécessité de consentir à des sacrifices présents en vue de progrès à venir.
Les sociétés adhérentes diminuèrent progressivement le taux de la ristourne affectée aux achats ; ce taux était de 7 0/00 en 1894 ; il est tombé à 4 0/00 en 1900 et à 2 0/00 en 1905. En 1906, les 2/3 des bénéfices véritables de l’exercice furent consacrés au fonds de réserve ou d’agrandissement de la société. Les 281.070 marks de bénéfices se réduisent à 246.470 marks, une fois que l’intérêt de 5 0/0 sur les obligations versées en est retranché ; or 84.432 marks, soit 34 0/0 seulement des bénéfices réels furent répartis au prorata des achats ; les 2/3 restèrent la propriété de la Fédération et devaient faciliter son extension : 59 0/0 d’entre eux furent affectés au fonds d’agrandissement ou à des fonds spéciaux ; 5 0/0 furent affectés au fonds de réserve ; 1,2 0/0 furent consacrés à des buts d’éducation ou de bienfaisance, au total 65 0/0 des bénéfices reçurent une affectation collective (1)»
h) Immeubles, et entrepôts. — La Fédération possède un assez grand nombre d’immeubles ; leur valeur présente est évaluée à 779.780 marks ; la dette hypothécaire qui les grève a légèrement diminué depuis 1902 ; elle n’atteint plus aujourd’hui que 266.000 marks.
La Fédération a constitué peu à peu, dans différentes régions de l’Allemagne, des entrepôts de marchandises ; au début, elle ne possédait que l’entrepôt de Hambourg. Elle
(1) Jahrbuch des Zentral-Verbands , 1907, p. 678,