CHAPITRE XI
75.34 0/0 des sociétaires du Zentral-Verband sont des ouvriers ou employés industriels ; la proportion équivalente au sein de l’Allgemeine-Verband tombe à 29,44 0/0 (1) ; la différence est des plus appréciables. La plupart des sociétaires du Zentral-Verband adhèrent personnellement aux doctrines et aux partis socialistes allemands, cependant les sociétés dont ils sont membres, observent une parfaite neutralité politique. Les coopératives allemandes font la preuve manifeste que l’action économique et coopérative peut et doit être absolument séparée de l’action politique.
§ 4. — La fédéralisation de l’Allemagne.
Une double proposition résume clairement l’opinion que l’on peut avoir du mouvement fédératif allemand : en ces dernières années, les progrès du mouvement coopératif allemand ont été tout à fait hors de pair avec ceux du mouvement coopératif allemand en général ; cependant, malgré le développement rapide du Magasin de gros de Hambourg, le mouvement fédératif n’atteint pas en Allemagne un degré bien élevé. Il reste encore à la Fédération allemande beaucoup de progrès à réaliser pour être à la hauteur de la Wholesale anglaise ou écossaise ou de la Fédération danoise.
a) Progrès rapides de la Fédération allemande . — En ces dernières années, le mouvement fédératif s’est développé plus vite que le mouvement coopératif ; cette démonstration résulte de la comparaison des mouvements fédératif et coopératif à 10 ans d’intervalle, en 1895 et 1905.
Les ventes annuelles de la Fédération n’atteignaient que le total de 1.878.000 marks en 1895; 10 ans après, elles s’élevaient à 38.780.000 marks. Il y avait donc eu majoration dans la proportion de 1 à 21 . Dans le même laps de temps, le
(1) Statistique allemande n° 6, p. 306.
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chiffre d’affaires des sociétés adhérentes aux deux Unions coopératives rivales s’était élevé de 82 millions à 246 millions. Ces chiffres marquent une majoration de 1 à 3 seulement.
Le capital social de la Fédération a subi une croissance assez rapide, bien que très insuffisante encore ; en 11 ans, de 1895 à 1906, il s’est élevé de 34.500 marks à 1 million de marks. Pendant le même laps de temps, le capital social de toutes les sociétés adhérentes aux deux Unions s’est très médiocrement accru de 7 millions à 20 millions. L’accroissement est environ 10 fois plus faible.
b) Fédéralisation assez faible de V Allemagne. — Les progrès de la Fédération allemande, si considérables soient-ils, n’ont pas encore amené l’Allemagne à un degré bien élevé de fédéralisation.
Un peu plus de la moitié des coopérateurs allemands adhèrent à la Fédération ; 695.647 sur 1,200.000, exactement 58 0/0. Cette proportion n’est pas très élevée ; cependant le jugement que nous sommes obligés de formuler est moins favorable encore, si nous considérons la fédéralisation du chiffre des ventes coopératives : 18.5 0/0 seulement de toutes les marchandises vendues par les coopératives distributives d’Allemagne ont été fournis à ces sociétés par le Magasin de gros de Hambourg. Cette proportion n’est pas très satisfaisante. Non seulement les Fédérations d’Ecosse et d’Angleterre (proportion de 61 et 55 0/0), mais encore celles du Danemark et de Hongrie (85 0/0 et 40 0/0), réalisent un degré de fédéralisation beaucoup plus élevé.
A ce dernier point de vue, l’Allemagne doit être mise exactement sur le même rang que la Suisse (18 0/0) ; elle ne l’emporte que sur la Belgique (6 0/0) et la France (6. 0/0) (1).
L’exemple des Iles Britanniques, du Danemark et de la Hongrie nous fournit la preuve qu’il n’est pas très malaisé à
(1) Statistiques générales nos 2 et 3, p. 158 et 160.
une Fédération d’achat d’intervenir jusqu’à concurrence de moitié dans l’approvisionnement des sociétés distributives du pays. La Fédération allemande qui ne fournit que 18.5 0/0 des marchandises écoulées par les sociétés distributives, a une grande marge pour étendre ses opérations ; aussi a-t-elle réussi à doubler son chiffre d’affaires une première fois de 1901 à 1904, une seconde fois, de 1904 à 1907.
Rien ne prouve davantage l’insuffisance du chiffre d’affaires actuel du Magasin de gros que ce doublement régulier, semble-t-il, de ses ventes tous les trois ans. La fédéralisation de l’Allemagne laisse encore beaucoup à désirer; toutefois, les progrès qu’a réalisés le Magasin de gros de Hambourg demeurent absolument remarquables.
§ 5. — La coopératisation de l’Allemagne.
1.200.000 coopérateurs sur une population totale de 60 millions d habitants ; 360 millions de francs de ventes coopératives annuelles, tels sont les résultats généraux du mouvement coopératif allemand : ils demeurent encore fort peu satisfaisants. Estimons, selon notre habitude, que chaque coopérateur inscrit représente en réalité 4 personnes ; la population coopérative de l’Allemagne équivaut seulement à 8 0/0 de sa population générale, le principe coopératif a reçu jusqu’à ce jour en Allemagne une extension extrêmement faible.
La coopératisation très faible de V Allemagne. — Cette impression défavorable s’accentue encore, si l’on a soin de rechercher quelle est en Allemagne la consommation annuelle coopérative par tête d’habitant. Cette consommation ne s’élève en pays allemands qu’à 6 francs par an.
La France et l’Allemagne doivent être étroitement rapprochées l’une de l’autre, sous le rapport du degré de coopératisation qu’elles ont réalisé. La Hongrie exceptée, la France et l’Allemagne sont les deux pays d’Europe qui, dotés d’une
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Fédération d’achat, présentent le degré le plus faible de coopératisation : 6, 5 0/0 de la population totale de la France sont intéressés au principe coopératif ; 8 0/0 en Allemagne. La Belgique s’élève à la proportion de 11 0/0 ; les antres pays ont une population coopérative beaucoup plus importante. Celle-ci représente 200/0, 27 0/0, 25 0/0 et 33 0/0 de la population générale en Suisse, en Danemark, en Angleterre et en Ecosse (1).
La consommation annuelle coopérative par tête d’habitant se monte à 5 francs seulement en France; la consommation allemande ne s’élève qu’à 6 francs ; la consommation belge est de 8 francs ; les autres pays, Suisse, Danemark, Angleterre, Ecosse ont une consommation bien supérieure qui s’élève par habitant à 20, 25, 30, 36 et 77 francs ; la coopératisation de l’Allemagne est encore extrêmement insuffisante ; elle esta peine supérieure à celle de la France ; à ce point de vue, la Belgique l’emporte légèrement sur l’Allemagne.
Concluons d’un mot : la fédéralisation de l’Allemagne est peu considérable, mais sa coopératisation est bien moins satisfaisante encore.
L’Allemagne qui a acquis assez tardivement une économie industrielle importante, n’a donné naissance à un mouvement coopératif prospère qu’à partir de 1875. Depuis cette date, la courbe ascensionnelle de la coopération allemande s’est rapidement élevée, les organismes coopératifs rattrapent tous les jours le retard qu’ils avaient à l'endroit des groupements syndicalistes agricoles ou industriels ; cependant la coopération reste en pays allemands encore très insuffisante.
(1) Statistique générale n° 3, p. 160.
§ 2 . — Danemark .
BIBLIOGRAPHIE
Statuts : Love for Faellensforeningen for Danmarks Brugsforeninger (Kolding, 1805). Voir traduction allemande : Jahrbuch des Verbands schiueizer Konsumvereine für 1905, p. 75.
Séverin Jœrgensen. — Haandbog for Brugsforeninger , Copenhague, 1901.
Rosenquist. — La coopération au Danemark, Rev. d'Econ. polit . , octobre-novembre 1904.
Les Congrès de l'Alliance coopérative internationale; notamment le Vade-mecum du Congrès de Crémone, 1907 (7e Congrès de l’Alliance, p. 63, 118 et 205).
V Andelsbladet, organe du Comité central (Andelsudvalget) des Fédérations coopératives et syndicales du Danemark.
Rapports sur les 1er et 2e Congrès du Comité central danois. (1 ste og 2 te danske Andels Kongress ), Copenhague, 26 septembre 1903 et 30 novembre 1906.
Le Danemark est, après le Royaume-Uni, le pays du monde qui a donné au principe coopératif la plus large extension : toutefois la littérature coopérative danoise n’est pas très riche, et à l’étranger, peu d’ouvrages et de documents ont été publiés sur la coopération danoise. Nous devons à l’obligeance de M. Pedersen, l’un des deux directeurs du Magasin de gros de Copenhague, d’avoir pu étudier sur place le développement de la Fédération danoise ; qu’il nous permette de lui en exprimer toute notre gratitude.