‹ Fédérations d'achat & de production des sociétés cooperatives distributivesChapitre 79 sur 109 · FORMATION RÉCENTE DE LA DOCTRINE COOPÉRATIVE · texte numérisé non relu

FORMATION RÉCENTE DE LA DOCTRINE COOPÉRATIVE

Après s’être montré très longtemps dédaigneux à leur endroit, Robert Owen finit par recommander l’emploi des coopératives de solidarité, mais ces sociétés n’avaient rien de commun avec les distributives. Owen ne fut nullement amené soit à imaginer, soit à préconiser le principe coopératif de répartition des profits.

Les disciples dé Owen et le principe coopératif de répartition des profils sociaux . — La vérité est très différente de l’opinion qui est professée ordinairement : Robert Owen et Fourier ont créé en Angleterre et en France dans les classes ouvrières un état d’âme, une tendance générale au groupement, à l’association, qui a provoqué l’éclosion de toutes sortes de communautés, de sociétés collectivistes ; l’insuccès de ces communautés a fait germer chez des socialistes écossais ou anglais, peut-être chez Alexandre Campbell, en tout cas chez Charles Howarth, l’idée de la répartition des profits au prorata des achats : le principe coopératif était trouvé.

Robert Owen a le mérite d’avoir eu pour disciples des hommes comme Campbell et Howarth qui ont trouvé et appliqué le principe coopératif de répartition. De plus, les théories qu’Owen avait professées sur V échange équitable ont été réalisées par les sociétés coopératives constituées par ses disciples (1). Il a donc indiqué le but, ses disciples ont trouvé et appliqué le moyen ; mais à être juste, il faut ajouter que ces idées d’échange équitable, de juste prix, sont aussi vieilles que le monde et ne caractérisent nullement l’œuvre d’Owen.

Robert Owen a considérablement favorisé par avance le mouvement coopératif en préparant inconsciemment le terrain où ce mouvement devait prendre racine, mais il n’a absolument pas imaginé le mécanisme coopératif.

Inspirations analogues de Fourier et d'Owen. — L’inspiration qui a guidé toute l’œuvre de Fourier est tout à fait sem-

(1) B. Potter, p. 29.

blable à l’inspiration d’Owen : cependant le rôle de Fourier est toujours resté beaucoup moins considérable ; à vrai dire, son influence sur la formation des coopératives distributives a été absolument négligeable, la France s’étant tout de suite donné pour mission de provoquer un mouvement général d’associations ouvrières de production. La propagande de Fourier, pourtant identique à la propagande d’Owen, n’a suscité chez aucun des membres de la classe ouvrière française l’idée du mécanisme coopératif.

En conclusion, Owen et Fourier ont été historiquement les précurseurs du mouvement coopératif en Angleterre et en France , mais ni l'un ni l'autre n'en a été à aucun degré le père pas plus Owen que Fourier n’a seulement soupçonné le principe de la répartition des profits à proportion des achats.

La vérité est plus simple : « le système coopératif n’est pas sorti du cerveau d’un savant ou d’un réformateur, mais des entrailles mêmes du peuple (1) ». D’humbles ouvriers anglais ou écossais, aux environs de 1844, d’humbles artisans suisses vers 1847 ont imaginé le principe coopératif ; il a fallu que pendant un demi-siècle les sociétés coopératives se développent, grandissent et se ramifient, pour que la doctrine coopérative commence à être seulement ébauchée : les faits ont manifestement précédé la théorie.

M. Charles Gide et Me Béatrice Potter ont été les premiers constructeurs de la doctrine coopérative ; en attribuer le mérite à Owen ou à Fourier est la plus étrange des erreurs historiques que l’on puisse commettre ; nous n’adopterons pas un point de vue si manifestement défectueux.

Faire remonter l’origine de la coopération à Robert Owen ou à Fourier revient à commettre une erreur grave ; cette erreur est fâcheuse : ce point de départ erroné n’a pas tardé à porter ses fruits. Peu à peu, on a pris coutume d’englober

(1) Ch. Gide, Les sociétés coopératives de consommation , Colin, 1904, p. 12.

Page 1