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CHAPITRE XIX

THÉORIES COOPÉRATIVES DERIVEES.

Toute doctrine sociale a la merveilleuse faculté de susciter des espérances enthousiastes et, en même temps, de soulever des oppositions acharnées ; les unes et les autres sont également injustifiées.

Les critiques des adversaires du régime coopératif manifestent de telles contradiclions qu’elles ne méritent pas de retenir notre attention plus longtemps; mais il en va tout autrement des espérances que le régime coopératif a suscitées ; d’imprudents amis sont plus dangereux que des adversaires déclarés.

La théorie centrale de la coopération, savoir la théorie fédéraliste, a été exposée précédemment ; il importe de voir maintenant quelles sont les théories coopératives dérivées, c’est-à-dire quelles doctrines sont unies par un lien logique à la théorie coopérative centrale et forment avec elle un bloc cohérent.

La coopération est apparue à certains esprits généreux comme une palingénésie souveraine ; le mérite de tout progrès moral, économique ou social devait lui être rapporté, une légende s’est peu à peu constituée ; elle demeure dangereuse et même funeste. La coopération, dépouillée de toutes ces superstructures légendaires et utopiques, reste parfaitement digne d’entraîner des adhésions et de stimuler les énergies ; elle demeure capable de susciter dans l’ordre économique et social des progrès considérables. Notre Lâche la plus délicate revient à faire le départ entre le rêve ou la légende, et la réalité solide de la vie.

THÉORIES COOPÉRATIVES DÉRIVÉES

§ 1. — Les théories idéalistes de la coopération.

1° L'influence pacificatrice du régime coopératif.

Les théories idéalistes de la coopération se concentrent, se synthétisent pour partie en cette simple proposition : le principe coopératif est capable d’instaurer un régime détînilif de paix entre les nations.

Le monde économique actuel donne le spectacle affligeant de rivalités ardentes et implacables qui mettent constamment en péril la paix mondiale; à supposer même que la paix armée que nous subissons ne soit pas troublée, les producteurs de pays économiquement rivaux sont toujours entr’eux dans l’état de guerre, de lutte ouverte ; cette guerre économique revêt la forme pacifique de taxes douanières, voire même de droits prohibitifs, de surtaxes de pavillon et d’actes de navi gation. Le régime capitaliste qui remet toute l’initiative de la production à la classe des entrepreneurs producteurs, provoque des antagonismes ardents entre nations différentes; ces antagonismes ne se résolvent que par la force. Les relations commerciales des peuples entr’eux, les compromis qu’ils se décident à signer, les concessions que les plus forts arrachent aux plus faibles, dépendent exclusivement des relations de force qui existent d’une nation à l’autre.

Le régime coopératif aurait pour résultat de supprimer entre peuples différents ces antagonismes commerciaux et économiques ; il suffirait que l’initiative de la production passe de la classe des producteurs à la collectivité des consommateurs pour que les peuples entrent véritablement dans une ère de paix perpétuelle : telle est la théorie dans toute sa beauté et son ingéniosité.

L'antagonisme d'intérêt nécessaire des peuples enlreux. — Comment imaginer que l’introduction du principe coopératif pourrait modifier sensiblement cet état de lutte nécessaire?

Sans doute la substitution du régime coopératif au régime capitaliste transfère l’initiative de la production des mains des grands agriculteurs et industriels à la collectivité des habitants de la nation, mais ce transfert d’initiative ne modifie pas la rivalité d’intérêt des peuples entr’eux ; les consommateurs d’une même marchandise sont nécessairement en concurrence les uns avec les autres, il n’est au monde aucun moyen soit de supprimer, soit même de pallier leur antagonisme. Chacun d’eux, par la demande qu’il fait de l’objet désiré, augmente d’autant la valeur marchande de cet objet ; toutes espèces de biens, exception faite du plus précieux d’entr’eux, de l’air, se trouvent en quantités trop limitées pour suffire à tous les besoins ; chacun de nous, envisagé comme consommateur, est une gêne et un obstacle pour tous les autres hommes.

Cet antagonisme d’intérêt qui s’observe directement à l’endroit des produits achevés au moment de leur vente, remonte jusqu’aux moyens de production eux-mêmes ; il est d’un intérêt capital pour une nation de posséder les moyens de production, les terrains de culture complémentaires de sa propre économie industrielle ou agricole ; les nations de la zone tempérée qui doivent à des conditions climatériques favorables d’être devenues maîtresses de l’univers, ont un intérêt évident à posséder dans la zone équatoriale des terres productrices de toutes les matières alimentaires et industrielles utiles à leur alimentation et à leur industrie. Les conflits coloniaux suscités entre nations européennes, consommatrices de produits exotiques, reposent sur l’intérêt vital de ces nations.

En régime coopératif comme sous le régime actuel, les rivalités coloniales gardent toute leur acuité ; les barrières douanières subsistent. Sans doute une opinion courante s’est sensiblement formée dans les milieux coopérateurs, et l’on se plait d’habitude à penser qu’une société qui ferait application des principes coopératifs, serait forcément appelée à adopter le régime du libre-échange le plus absolu.

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Semblable croyance mérite de faire l’étonnement de tout esprit critique ; quel que soit en effet le système de répartition sociale des produits qui est adopté, chaque nation reste absolument obligée de protéger ses intérêts nationaux. Le libreéchange est pernicieux parce que « l’inégalité de force économique entre les nations a les mêmes inconvénients qu’entre es individus, lorsqu’ils sont soumis imprudemment à la loi de la libre concurrence » (1). L’introduction du régime coopératif n’a pas pour effet de dépouiller les différents peuples, de l’économie nationale qui caractérise chacun d’eux. Et d’ailleurs, comment espérer réaliser dans l’humanité tout entière une prospérité économique plus grande et plus générale, si l’on ne commence pas par assurer aux différentes nations considérées individuellement un régime meilleur de production et d’exploitation de leurs richesses naturelles ? « On a fait sonner bien haut, dans la théorie du libre-échange absolu, le bien de l’humanité, mais de même que dans une nation, la prospérité collective a pour condition première le développement harmonique des forces individuelles, de même aussi, dans la fédération des Etats du monde civilisé, le bien commun est subordonné aux lois normales de croissance des nations qui la composent » (1).

11 ne semble pas qu’il soit possible d’en douter, le régime coopératif n'a pas pour effet de supprimer les antagonismes nationaux, ni les rivalités coloniales ; les peuples resteront en état de perpétuelle concurrence. L’introduction du régime coopératif aura pour unique effet de faire apparaître plus clairement ces rivalités nationales - sans cependant les exagérer nullement. — En régime capitaliste, l’hostilité de fond qui existe entre consommateurs de pays différents, est recouverte par l’hostilité des producteurs entr’eux ; ceux-ci faisant véritablement fonction de mandataires des consommateurs.

(1) Cauwès, Cours d'Economie politique , 3e édit., 1893, n° 706» t. II, p. 478.

Tout à l’inverse, en régime coopératif, il suffit de comparer l’une à l’autre deux nations pour les voir apparaître comme deux groupes de consommateurs en état de perpétuelle concurrence ; quand des rivalités viennent à éclater entre deux peuples, impossible maintenant d’attribuer cet antagonisme aux appétits, à l’esprit de lucre d’une toute petite minorité ploutocratique et cupide ; ce sont deux peuples, deux collectivités qui luttent et combattent l’une contre l’autre.

Les espérances enthousiastes des apôtres du collectivisme et de certains coopérateurs qui croient un régime économique — d’aucuns disent le régime coopératiste — capable de réaliser la paix complète entre les nations, semblables illusions ne sont que les manifestations d’un humanitarisme exagéré ou le résultat d’une puissance d’imagination singulièrement dangereuse. Il semble que la nature ait voulu opérer entre peuples comme entre individus de la même race, une sélection constante ; seul, le plus apte est appelé à survivre.

La nature, jusque dans sa brusquerie et son inexorabilité, ne mérite-t-elle pas d’être considérée comme parfaitement juste? La loi en vertu de laquelle l’effort et la lutte sont les conditions indispensables de tout perfectionnement et de tout progrès, n’est-elle pas éminemment bienfaisante et équitable à la fois ?

Il est permis de le croire ; toutefois, juste ou injuste, cette loi est un fait, devant lequel force est pour nous de nous incliner; la loi delà sélection triomphe dans nos sociétés humaines ; ayons seulement assez de respect pour la réalité de la vie afin de l’envisager tout entière.

Le coopératisme, pas plus que tout autre régime économique, ne peut modifier d’une manière appréciable l’état de rivalité économique des peuples entre eux, tel est l’axiome qui doit servir de base à nos recherches.

2° La coopération , facteur d' abolition du salariat.

La croyance que le régime coopératiste amènerait l’établis-

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seraient de la paix perpétuelle, fait partie de ce que l’on peut appeler la légende de la coopération. Dans un ordre d’idées tout différent, il est aisé de relever une illusion tout aussi grave ; nous voulons parler de l’ensemble des théories individualistes de la coopération ; la commune espérance de ces croyances est l’abolition du salariat ; nous avons vu sur quelle erreur reposait cette théorie.

§ 2. — Exposé des théories coopératives dérivées.

Telle est — à notre avis, du moins — parmi les croyances coopératives la part du rêve et de la légende : deux théories considérables, deux groupes généraux d’idées doivent être rejetés en dehors de la doctrine coopérative. Voyons maintenant quelles sont, tout au contraire, les théories dérivées ou accessoires qui sont unies par un lien logique à la théorie coopérative centrale : la théorie fédéraliste de la coopération. Les théories dérivées qu’il faut examiner sont au nombre de deux : la théorie du juste prix et la théorie de la fusion des classes sociales par la coopération.

1° Théorie du juste prix.

De tout temps, la conscience populaire s’est révoltée à l’idée que la rémunération dont jouit chacun de nous, n’est jamais en rapport exact avec l’intensité de notre travail ; de même le bon sens commun s’est toujours refusé à admettre comme juste que la valeur marchande d’un objet ne soit jamais en concordance parfaite avec son coût de production.

Les apôtres de la coopération ont été amenés à se demander, si le régime coopératif n’aurait pas pour effet d’instituer dans l’humanité une justice distributive plus grande ; la société coopérative, disent-ils, doit faire application de la théorie du juste prix ; les rapports économiques reposeraient ainsi sur une base morale infiniment plus élevée. Dans la mesure où les organismes coopératifs, propriétaires des

moyens de production, sont libérés par amortissements successifs de toute charge d’intérêt, les rentes et les profits d’exploitation disparaissent ; leur abolition consacre la fixation du prix de vente de toute marchandise à son prix de revient : le juste prix des objets se trouve ainsi adopté par le régime coopératif.

Semblable théorie, en grande partie exacte, ne laisse pas que de prêter le flanc à certaines critiques ; elle repose essentiellement sur une analyse trop sommaire du mécanisme de fixation des prix de vente ; elle laisse complètement de côté l'influence, cependant décisive, de l’offre et de la demande qui fait constamment osciller le prix du marché autour du prix de revient, sans que ces deux prix arrivent jamais à coïncider absolument.

La théorie coopérative du juste prix, pour être parfaitement exacte, a besoin d’être présentée en termes moins absolus ; les faits, comme le raisonnement, s’accordent alors à la vérifier.

Il est dans l’essence du régime coopératif de poursuivre la coïncidence la plus exacte possible du prix de revient et du prix de vente. Quand la rareté d'un objet aura entraîné une hausse du prix de vente par rapport au prix de revient, les différents organes de la société coopérative s’empresseront d’augmenter la fabrication de l’objet ou d’intensifier la culture de la denrée dont la production est déficitaire.

Les profits d’entreprise disparaissent du régime coopératif par l’abaissement immédiat et définitif du prix de vente au prix de revient ; en d’autres termes, le prix de revient de chaque objet cesse instantanément d’être majoré du taux courant des profits dans cette branche de production. Progressivement, les rentes disparaîtront aussi ; l’exploitation de tels ou tels moyens de production naturels en quantité limitée cessera de produire une plus-value, quand un certain niveau de production sera atteint ; or il n’est pas douteux qu’atteindre ce niveau supérieur de production est le but que se proposeront nécessairement les organes de la société coopérative.

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La propension fondamentale du régime coopératif à assurer le fonctionnement de la société économique sur la base du juste prix reste le titre de gloire et d’honneur le plus pur du principe coopératif. Envisagé sur ce terrain, le coopératisme ne constitue rien moins qu’une variété originale de socialisme intégral ; il n’apparaît jamais comme si grand que du point de vue de la justice distributive qu’il introduit dans la structure économique de la société ; les espérances que le régime coopératif a fait naître par rapport à la théorie du juste prix demeurent absolument fondées.

2° Théorie de la fusion des classes sociales par la coopération.

L’économie capitaliste des sociétés modernes repose sur une différenciation et une opposition presque absolues des différentes classes sociales : l’application supposée indéfinie du principe coopératif amène au contraire le fusionnement complet des classes sociales ; tel est le double phénomène qui donne naissance à ce que l’on peut appeler la théorie de la fusion des classes sociales par la coopération.

De T existence de classes sociales distinctes. — Que différentes classes sociales existent dans l’état capitaliste moderne, c’est ce dont il n’est pas permis de douter. Dans chaque pays, se rencontrent des groupes distincts de personnes chez lesquelles prédominent d’une façon constante certaines catégories d’intérêts ; ces groupes restent fort étendus, mal délimités et toujours ouverts ; ils s’alimentent par une sorte d’aspiration et d’absorption continuelles, cependant ils ne perdent jamais leur caractère de groupements, séparés les uns des autres par des intérêts économiques en conflit.

Tantôt la rente foncière, tantôt la rente du capital-argent ou les revenus industriels constituent l’élément capital du groupe. Parfois, au contraire, l’intérêt primordial pour les individus du groupe est d’obtenir pour leur force de travail la plus grande rétribution possible ; quelle que soit l’importance

ou la faiblesse, en un mol le niveau de cette rémunération, les individus qui appartiennent à cette dernière classe méritent tous le titre de salariés ; cette classe sociale, la plus nombreuse de toutes, tire la presque totalité de ses revenus de sa force de travail ; les revenus sans travail, qu’elle s’approprie, sont dans l’ensemble une fraction tout à fait négligeable de ses ressources totales.

Entre ces différents groupements existent des antagonismes évidents et permanents qui légitiment la qualification usuelle de classes sociales.

De la théorie dite de la « lutte de classes ». — La théorie proprement dite de la lutte de classes est trop absolue dans ses termes ; méconnaissant l’existence dans toute société d’un grand nombre déclassés sociales qui se superposent les unes aux autres, elle réduit abusivement leur nombre à deux, d’une part la classe des employés ou salariés, d’autre part celle des employeurs ou capitalistes. Cette théorie contredit violemment la réalité en affirmant que ces classes, véritables castes fermées, sont strictement délimitées et ne s’enrichissent jamais des transfuges des classes voisines ; rien n’est plus fréquent en réalité que le changement des individus d’une classe dans l’autre.

Le concept d’une grande multiplicité de classes sociales aux frontières toujours indécises et constamment en train de renouveler leur composition, doit se substituer à l’idée de deux armées nécessairement en lutte et dont la composition demeurerait immuable.

L' absorption de toutes les classes sociales par les classes salariées. — La théorie de la lutte de classes est le grossissement, la défiguration d’une idée, par ailleurs, exacte ; le fond sur lequel elle repose ne laisse pas que d’être véritable. Le problème se pose en ces termes : Comment la coopération peut-elle se flatter de supprimer des antagonismes sociaux

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qui sont irréductibles, parce qu’ils prennent racine dans le tréfonds de la nature humaine : le sentiment de l’intérêt personnel et l’égoïsme? La réponse est simple : la coopération supprime tout antagonisme social, parce qu’elle amène la fusion de toutes les classes en une seule. Cette solution, qui est radicale, est la seule qu’il soit possible d’imaginer : l’existence de classes sociales différentes implique nécessairement la présence d’antagonismes sociaux.

En régime coopératiste tout revenu sans travail disparaît, chaque individu est astreint pour vivre à s’employer comme salarié dans une société coopérative ou dans une Fédération d’achat: la classe des salariés englobe et absorbe toutes les autres classes. Le jour où cette incorporation progressive sera par hypothèse arrivée à son terme, toute lutte de classes aura nécessairement disparu. Est-ce à dire que tout antagonisme d’intérêts fondamentaux ait disparu? Non, sans doute : d’une nation à l’autre, chaque collectivité de consommateurs conservera des intérêts contraires; les conflits internationaux subsisteront. Au sein même de chaque nation, une opposition d’intérêts demeurera entre les hommes considérés comme producteurs d’abord, comme consommateurs ensuite ; chacun de nous désirera louer sa force de travail au plus haut prix possible, quitte à forcer les consommateurs à faire les frais d’un prix de revient majoré ; mais cette opposition d’intérêts qui résulte du dédoublement de chaque individu ne suffit pas à constituer des classes sociales distinctes. On ne peut dénommer classes sociales, deux groupements dont nous faisons tous nécessairement partie à tour de rôle ; il y a là simplement une division, un sectionnement de nos intérêts ; pour qu’il y ait classes sociales, il faut qu’il y ait une opposition permanente d’intérêts entre deux groupes sociaux qui restent composés d’individus différents ; les échanges qui viennent à s’effectuer d’un groupe à l’autre doivent se faire à titre définitif.

En régime coopératif, chaque homme revêt successivement

un double caractère ; mais ce dédoublement inéluctable des intérêts d’un chacun ne suffit en rien à constituer une double classe sociale ; le régime coopératif assure la fusion de toutes les classes sociales en établissant l’identité d’intérêt de tous les hommes.

La nocivité du principe coopératif à l'endroit du régime capitaliste moderne. — Résulte-t-il de cette démonstration que les sociétés coopératives en activité de service dans nos sociétés modernes, soient des organismes de paix sociale et assurent la stabilité et la conservation des rouages actuellement en usage? Nullement ; les sociétés coopératives s'efforcent de tarir toute source de revenus sans travail, en retirant à la classe des entrepreneurs, des chefs d’entreprises et des gros bailleurs de fonds, l’initiative et les bénéfices de la production.

« La coopération — M. Ch. Gide le proclame dans une de ses plus admirables Conférences de propagande — est la conquête de l’industrie par les classes populaires » (1) ; elle implique la diffusion de la rente et du profit entre la collectivité des consommateurs; toute coopérative est un organisme économique constitué en réaction contre le mécanisme de la société capitaliste ; sa nocivité à l’endroit de l’économie actuelle n’est pas contestable ; aussi s’explique-t-on que la coopération, dans l’ensemble, n’ait recruté des défenseurs dévoués que dans le sein des classes ouvrières. La coopération est une machine de guerre dont les classes salariées se servent pour combattre et miner jusque dans son fondement l’économie capitaliste actuelle ; le mot célèbre que l’on prête à Anseele, le fondateur du Vooruit de Gand, se trouve textuellement vrai: « Les sociétés coopératives sont des citadelles d’où la classe ouvrière bombarde la société capitaliste à coups de miches de pain et de pommes de terre. »

(1) Ch. Gide, La Coopération : 3« Conférence, p. 108.

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La coopération, moyen d'émancipation économique des classes populaires. — A tout prendre, les sociétés distributives ne sont pas autre chose que lune des multiples formes que revêt l'action ouvrière en lutte contre l'organisation capitaliste. Loin d’être un organisme de pacification et de conservation, la coopérative est un élément de bouleversement social et de ruine de l’économie actuelle.

Jusqu’à ces dernières années, la lutte entre classes différentes était restée circonscrite dans le domaine politique ; un phénomène nouveau s’observe. Chacun comprend maintenant qu’une évolution ou une révolution politique demeure absolument incapable d’amener une transformation sociale ou économique ; c’est sur le terrain économique que les classes ouvrières doivent résolument porter leurs efforts, si elles veulent réaliser leur émancipation complète ; les libertés politiques qui leur sont reconnues ne sont que des présents stériles, si les classes sociales auxquelles elles doivent bénéficier ne sont pas assurées de jouir d’un minimum de vie. La coopération permet aux masses ouvrières de prendre en mains non seulement l’initiative des opérations commerciales d’achat en gros ou de vente au détail, mais encore l'initiative de la production .

La crainte, disons plus, l’hostilité que la coopération a toujours rencontrées dans les milieux bourgeois, ne manquent pas d’être tout à fait naturelles ; elles s’expliquent d’ellesmêmes.

Le principe coopératif demeure capable de réaliser la fusion, la réconciliation des classes sociales, mais seulement par l’absorption de chacune d’entre elles dans la classe salariée, la seule qui soit appelée à subsister en régime coopérante.

Statistique générale n° 2.

Tableau comparatif de toutes les Fédérations d’achat et de production, en 1906 (1).

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