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LES POSSIBILITÉS PRATIQUES DE DÉVELOPPEMENT DU PRINCIPE COOPÉRATIF

« Il serait singulièrement audacieux de se prononcer aujourd’hui sur l’avenir de la coopération » (1), les données de l’expérience dont nous disposons sont beaucoup trop courtes pour qu’il ne soit pas téméraire d’aventurer un jugement.

Le problème du socialisme coopératif. — Le principe coopératif dans son extension se heurtera à de colossales difficultés matérielles ; l’examen de ces difficultés — techniques, peut-on dire — dépasse le cadre de cette étude. Il faudrait rechercher ici quelle serait la contexture générale, l’âme directrice d’une société franchement ralliée à l’économie coopérative ; bien plus, il serait indispensable d’examiner dans le détail le fonctionnement pratique des différents organes nécessaires à la vie économique d’un grand Etat moderne : cultures du sol, entreprises de production industrielle, organisation de la vente des marchandises, industries d’exportation et d’importation, mécanisme des échanges internationaux, fonctionnement des banques d’escompte ou de dépôts ; gestion des services publics, et des moyens de transport de toute espèce. Il nous faudrait remonter à des problèmes d’un ordre plus théorique encore ; le mécanisme de fixation des prix, le jeu de la loi d’équilibre des valeurs, la vitesse de circulation du numéraire et des autres procédés de payement dans les

(1) Bourguin, ibid., p. 346.

canaux de la circulation ; l’adaptation de la production aux besoins de la consommation, la protection de l’économie nationale de chaque pays par rapport à la concurrence étrangère ; dominant le tout, le problème de l’abolition progressive de tous revenus sans travail et la fixation du prix de vente au prix de revient des objets, en dépit de la loi du rendement non proportionnel et de la loi de la rente ; en un mot, le problème tout entier du socialisme coopératif se dresse devant nous, sitôt que nous nous efforçons de rechercher quelles possibilités pratiques de développement sont ouvertes au principe coopératif. Cette étude, il ne nous appartient pas de l’entreprendre ici.

Qu’il nous suffise de nous bien persuader que de gigantesques difficultés font obstacle à l’extension immédiate — et peut-être même lointaine — du principe coopératif ; pour l’instant, nous ne pouvons pénétrer dans leur examen.

Sans préjuger du problème qui reste entier, il est possible d’envisager d’un autre point de vue les possibilités pratiques de développement du principe coopératif ; nécessairement la coopération doit même être envisagée sous cet aspect. Les pages qui vont suivre nous conduisent au seuil du problème qu’il ne nous est pas loisible d’aborder, mais en même temps, elles nous permettent de nous faire une idée approximative des difficultés d’extension auxquelles se heurte le principe coopératif : nous pourrons ainsi prendre une position d’attente.

§ 1. — Les classes ouvrières et la coopération.

Le mouvement coopératif que nous n’avons considéré jusqu’à présent qu’au point de vue strictement économique, mérite d’être aussi envisagé du point de vue proprement social ; sous ce rapport, il n'est intelligible que pour autant qu’on prend soin de le ramener au grand mouvement socialiste et réformiste qui domine actuellement non seulement

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presque toutes les sociétés ouvrières, mais qui inspire directement la plupart des Parlements modernes.

La conversion des masses ouvrières à la méthode évolutionniste et réformiste. — Les classes ouvrières, après avoir été longtemps partisans des procédés révolutionnaires et avoir longtemps préconisé l’action violente, l’émeute et la révolte dans la rue, se sont enfin rendu compte de la stérilité d’une pareille méthode : le socialisme, d’anarchiste et révolutionnaire qu’il était, est devenu réformiste et évolutionniste. Cette transformation, si radicale et si féconde dans l’attitude et la tactique des partis socialistes, est partout un fait réalisé ; c’est à peine si les classes ouvrières d’une ou deux nations au caractère désespérément frondeur et primesautier — les classes ouvrières françaises et italiennes — restent, pour partie, attachées au vieil idéal révolutionnaire et utopique des premiers apôtres du socialisme. Sans doute, ouvriers français et ouvriers italiens doivent à leur tempérament latin d’être encore dominés, en partie, par ces antiques concepts de transformation subite, de reconstruction complète de la société sur des bases entièrement nouvelles ; à côté d’eux, les classes ouvrières d’Allemagne, d’Autriche, de Belgique, d’Angleterre, se sont complètement ralliées aux théories d’évolution et de réforme progressive de la société ; cette transformation a été marquée par l’attitude et par les oeuvres de deux hommes d’Etat considérables du socialisme moderne, Bernstein et Millerand.

L’orientation nouvelle des classes ouvrières du confinent s’est traduite par une différence d’attitude très caractéristique à l’égard du principe coopératif à partir de 1880-1890 ; aussi le triomphe de la coopération dans les pays continentaux date-t-il à vrai dire de la conversion des classes salariées aux théories évolutionnistes et réformistes.

A l’heure actuelle, les classes populaires sont converties à la coopération : le principe coopératif peut compter sur leur

dévouement et leur appui pour se réaliser. Allons plus loin : aucune autre classe sociale n'est-elle susceptible de s’intéresser au principe coopératif ?

La réponse ne semble pas douteuse. Que le régime coopératif, par l’élimination progressive qu’il opère des revenus sans travail, aille à l’encontre des intérêts prépondérants des classes capitalistes et des classes moyennes, c’est ce qui a été prouvé trop souvent, pour qu’il soit opportun d’en reprendre la démonstration.

Inconvénients de l'hostilité des classes capitalistes et moyennes à l'économie coopérative. — L’hostilité de la classe capitaliste à l’économie coopérative est fatale ; l’expérience actuelle nous en fournit tous les jours de multiples preuves ; mais, cette constatation n’est pas faite pour beaucoup effrayer ; en dépit de la puissance financière que cette classe sociale détient, son hostilité n’est pas bien redoutable au mouvement coopératif ; la classe capitaliste ne dispose, en effet, que d’un pouvoir d’achat assez faible ; l’économie coopérative d’une nation ne sera pas très diminuée, parce qu’elle ne jouira pas de la clientèle des classes riches ; celle-ci ne revêt pas, somme toute, un bien grand degré d’importance.

Il en va tout autrement des classes moyennes ; par crainte d’être elles-mêmes dépossédées et expropriées, elles ont la même obstination et la même ténacité que les classes riches ou capitalistes ; elles ont en plus le nombre. La richesse étant un simple rapport entre les revenus des différents individus composant une nation, il est clair que les membres des classes moyennes sont, par définition même, beaucoup plus nom breux que ceux des classes riches ; leur puissance d’achat, en d’autres termes, leur force de consommation est beaucoup plus importante. En se refusant systématiquement à donner leur clientèle aux exploitations coopératives, les classes moyennes privent définitivement celles-ci, d’une fraction considérable de la puissance d’achat globale que représente l’ensemble des

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revenus d’une nation : cette situation, semble-t-il, est sans issue.

D’une part, les salariés forment un groupe homogène de consommateurs coopérateurs, mettant en commun leur force de consommation, leur puissance d’achat ; produisant par hypothèse toutes les marchandises dont ils ont besoin, ils peuvent jusqu’au dernier trouver l’emploi de leur force de travail dans le cadre des entreprises coopératives.

Dans le camp opposé, les membres des classes non salariées, habitués à vivre principalement de revenus sans travail et de profits d’exploitation et qui se refusent systématiquement à acheter les objets de leur consommation personnelle aux exploitations coopératives. Certains d’entr’eux prendront sans doute l’initiative de constituer des entreprises autonomes, dans le but d’écouler leur production au sein des classes non salariées et de réaliser des profits d’exploitation ; seulement, il n’est point difficile de voir que les conditions mêmes de la production capitaliste ne sauraient se retrouver en un régime à demi-coopératisé.

Impossibilité du maintien de toute économie capitaliste , en une société dont les classes salariées seraient déjà coopératisées. — Le régime capitaliste est celui « dans lequel la production et ses annexes, transports, commerce, banque, se trouvent entre les mains de capitalistes, qui tirent un profit de leur capital-valeur en l’investissant dans des entreprises où le travail est fourni par des salariés » (1). Le capitalisme suppose l’existence d’une classe nombreuse de salariés, ceux-ci louant à forfait leur force de travail à des entrepreneurs qui l’incorporent dans des productions dont ils ont seuls l’initiative.

Le jour où par hypothèse les membres des classes salariées seraient tous employés à produire dans leurs propres ateliers,

(1) Bourguin, ibid., p. 431.

les objets de leur consommation personnelle, le capitalisme serait frappé à mort, à raison de l’impossibilité où se trouveraient ses représentants de recruter des travailleurs, employés, manœuvres dans les rangs des classes salariées.

Faute d’ouvriers à embaucher, la classe capitaliste ne pourrait pas continuer à s’administrer conformément à ses principes constitutifs ; à la vérité, il existerait bien pour la classe riche un remède héroïque pour arriver à se perpétuer ellemême ; il consisterait de la part de certains de ses membres à s’employer eux- mêmes à la production matérielle de tous les objets de consommation désirables. La classe capitaliste se dédoublerait en quelque sorte : une fraction continuerait à assumer ce rôle de direction et d’initiative de la production; l’autre fraction, nécessairement la plus nombreuse, s'emploierait, temporairement tout au moins, au travail de production matérielle que la classe salariée aurait abandonné;il importerait peu d’ailleurs que cette fraction ouvrière de la classe capitaliste conserve par ailleurs d’importants revenus sans travail. En vertu de cette organisation, l’économie capitaliste pourrait subsister dans la sphère même des classes possédantes ; mais il est certain que le remède serait pire que le mal. On ne peut pas espérer que la plupart des membres des classes riches prennent la bêche et la truelle et se substituent aux salariés des champs et de l’industrie ; ils sont en vérité trop accoutumés par une longue hérédité, à la paresse ou au travail cérébral de direction et de contrôle ; ils sont physiquement trop débilités pour supporter les travaux manuels.

Les classes salariées sont capables par elles-mêmes d'étendre à tout l'organisme économique de la société , le régime coopérante. — Que, par hypothèse, les classes salariées réussissent à se suffire à elles-mêmes et n’aient plus besoin de vendre leur force de travail, et les classes capitalistes seront du même coup anéanties. Cette nouvelle retraite de la plèbe sur le Mont-Aventin n’aura pas sans doute la même issue que

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celle dont l’histoire romaine nous a conservé le souvenir légendaire ; il n’y a pas lieu de penser qu’un apologue habilement présenté suffirait à faire rentrer les classes populaires dans la voie de la routine et de l’asservissement économiques ! Il dépend de la classe ouvrière, et de la classe ouvrière seule, de réaliser l’économie coopérative ; la coopération sera ce que les classes salariées voudront qu’elle soit . Les adversaires les plus redoutables du régime coopératif, il ne faut pas les chercher dans les rangs des classes capitalistes ou des classes moyennes, il faut les découvrir au sein même des classes ouvrières ; les obstacles auxquels le coopératisme se heurte, ne sont pas la richesse ou l’intelligence des classes sociales qui lui sont opposées, mais l’indolence, l’apathie, le défaut d’initiative d’un trop grand nombre de salariés.

A de très rares exceptions près, les classes populaires n’ont encore constitué aucune organisation économique conforme aux principes démocratiques dont elles sont les défenseurs les plus ardents ; elles vivent complètement dans le cadre de nos sociétés capitalistes ; la faute en est non aux gouvernements et aux classes possédantes, mais à l’inertie des classes salariées elles-mêmes.

Il n’apparlient à personne de dire si les masses ouvrières mettront jamais véritablement en œuvre le principe coopératif ; mais il demeure certain que ce principe de rénovation économique compte parmi les plus féconds qui aient été inventés. Pour instituer une économie vraiment démocratique de la société, il fournit aux classes populaires une méthode aussi efficace, si ce n’est plus, que toutes celles qui ont été proposées jusqu’à ce jour.

§ 2. — Les possibilités pratiques d’un développement assez prochain de la coopération.

Le danger et en même temps l’utilité des recherches spéculatives est de nous éloigner complètement des possibilités

de la pratique. Abandonnons maintenant toute tentative de prévision d’un avenir lointain qui reste impénétrable et prenons pied à nouveau avec les réalités pratiques de la vie ; en même temps, faisons application des enseignements de cette longue étude théorique, et considérons que, seules, les classes ouvrières peuvent se montrer attachées au développement du principe coopératif. Examinons ce qui, dès aujourd’hui, a été réalisé dans cette voie et tâchons d’en inférer ce qui pourra être dans un avenir assez rapproché. La coopération n’est encore qu’une tige assez frêle ; cependant le progrès est énorme.

« Par une désespérante soirée d’hiver, la plus longue de l’année, celle du 21 décembre 1844, les Equitables Pionniers de Rochdale inaugurèrent leurs opérations. Ceux qui, du sein de l’opulence actuelle, se souviennent de ce commencement, sourient de ce début extraordinaire.

« Le bruit avait couru parmi les commerçants de la ville que des compétiteurs se dressaient devant eux, et plus d'un œil curieux se tournait vers la rue des Crapauds, pour voir apparaître l’ennemi, mais les nouveaux adversaires semblaient

honteux d’apparaître.

« Quelques-uns des coopérateurs s’étaient clandestinement assemblés pour assister à l’ouverture des affaires, et ils se tenaient là, dans l’arrière chambre triste et basse du magasin, comme des conspirateurs dans les caves du Parlement, se demandant qui aurait la témérité d’enlever les volets et de distribuer les modestes marchandises (1). »

Le 22 septembre 1907, la petite ville italienne de Crémone bâtie dans la vallée du Pô, aux confins de la Lombardie, pré-

(1) Holyoake, Histoire des Equitables Pionniers de Rochdale , traduction Godin, 3e édit., p. 14. Gand, 1902. Voir traduction Vigano, lr® partie, p. 22.

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sentait une agitation extraordinaire. Ces magnifiques plaines de l’Italie du Nord ont acquis dans toute Fhistoire, une réputation merveilleuse non seulement par le fait de leur fertilité, mais aussi à raison des mémorables luttes qui s’y sont déroulées.

De Pavie jusqu’au pont de Lodi, la vallée du Pô est toute constellée de noms illustres qui ont marqué autant de gigantesques rencontres entre peuples ennemis : pendant des siècles, des bruits de guerre, en un assourdissant vacarme, n’ont pas cessé de se faire entendre dans ces plaines luxuriantes.

Les visiteurs que recevait Crémone à la fin de 1907 appartenaient aux nations les plus différentes ; cependant ce n’était pas la guerre qu’ils apportaient avec eux. La plupart avaient un nom fameux dans les sciences, dans la politique, dans le monde des affaires ; leurs intentions restaient toutes pacifiques : ils avaient pour but non de se combattre, mais de s’entr’aider. S’instruire mutuellement de la vie coopérative de leurs pays respectifs avait été le seul but de leur voyage : le septième congrès de l’Alliance Coopérative Internationale allait s’ouvrir.

Soixante-trois ans s’étaient écoulés depuis que les vieux tisserands de Rochdale avaient pour la première fois ôté les volets de l’échoppe obscure de la rue des Crapauds, et voici qu’un ministre du Trésor italien recevait les coopérateurs accourus des quinze plus grandes nations du monde. Des fêtes étaient organisées en leur honneur : Venise, la magnifique République, autrefois la souveraine de l’Adriatique et la maîtresse de tout l’Orient, Venise, la ville des grands marchands et des doges ennoblis par le commerce lointain, s’apprêtait à fêter la visite des coopérateurs assemblés (1).

Soixante-trois ans avaient suffi pour que la Coopération

(1) Se reporter à l’article de M. Ch. Gide, le journal l'Emancipation, octobre 1907.

ait acquis droit de cité partout, pour qu’elle soit prônée et glorifiée par les gouvernements et par les peuples ; ses progrès avaient répondu aux espérances d’avenir qu’elle avait fait naître dans l’esprit de ses apôtres.

L’honneur de donner au monde coopératif connaissance de l’activité et de la puissance des Fédérations coopératives de l’Europe entière était précisément réservé à l’homme que le congrès allait élire président de l’Alliance Coopérative Internationale, à William Maxwell. Pour la première fois, un tableau d’ensemble de l’activité des Fédérations coopératives était dressé.

1° Les résultats actuels du mouvement coopératif .

Neuf Fédérations centrales d’achat et de production réalisant annuellement 875 millions de ventes, produisant directement 165 millions de marchandises, disposant de 210 millions de capitaux, englobant environ 4.700 sociétés coopératives, s’étendant à plus de 3.600.000 sociétaires, tels sont les bilans du mouvement fédératif à la fin de l’année 1906. Les résultats de 1907 sont plus favorables encore : les ventes des Fédérations ont atteint cette année 975 millions, tout près d’un milliard de francs (1).

Envisageons-nous maintenant les sociétés coopératives elles-mêmes? Voici ce que nous constatons: 4.725.000 sociétaires correspondant à une population coopérative de 18 à 20 millions d’âmes ; 7.500 sociétés coopératives, réalisant 2.350 millions de ventes annuelles, produisant 300 à 400 millions de produits de toutes espèces et possédant plus de 800 millions de francs de capital social.

Tel est le bilan général des mouvements fédératif et coopératif au 1er janvier 1907. De semblables chiffres ont leur éloquence ; le principe coopératif découvert par les Pionniers de Rochdale il y a une soixantaine d’années seulement,

(1) Statistiques générales n0s 2, 4 et 6, p. 510, 465 et 466.

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n’a pas partagé le sort de tant d’autres principes de répartition sociale qui n’ont été imaginés que pour être tout aussitôt abandonnés ; au lieu de rester une pure abstraction de l’esprit, le principe a pris corps dans là réalité vivante.

Il ne nous suffit pas de connaître le développement actuel des Fédérations et des distributives en Europe ; examinons quelle a été la courbe de leur développement ; leurs progrès dans le passé peuvent nous faire présager leur extension dans l’avenir.

a) Progrès réalisés par les sociétés coopératives elles-mêmes. — Quel effectif groupaient les sociétés coopératives en 1895 et 1906? L’étude de cette question exige que nous distinguions entre la Grande Bretagne et les pays du continent.

En ce laps de temps, les sociétés anglaises ne doublaient pas tout à fait leur effectif, qui comprenait 1 .314.000 membres en 1895, et 2.215 000 en 1906; durant la même décade, l’effectif des sociétés coopératives du continent quadruplait, elles passaient de 870.000 à 2.510.000 membres. Les pays continentaux comprennent à l’heure actuelle un nombre plus grand de coopérateurs que la Grande-Bretagne ; il semble donc que les progrès réalisés par les pays continentaux dans la voie coopérative sont beaucoup plus remarquables que ceux qui ont été atteints par la Grande-Bretagne ; il faut se défaire de cette illusion .

De 1895 à 1906, le chiffre de ventes des sociétés distributives du continent a plus que doublé ; il s'est élevé en ces 12 années, de 293 millions à 767 millions Pendant ce temps, les sociétés distributives du Boyaume-Uni ont à peu près réussi à doubler leur chiffre de ventes, qui passait de 855 à 1.584 millions. L’accroissement des ventes coopératives en Grande-Bretagne étant presque aussi rapide que sur le continent, le Boyaume-Uni a conservé toute son avance : le montant de ses ventes coopératives à l’heure actuelle est encore double de celui de toutes les sociétés distributives du continent européen.

b) Progrès réalisés par les Fédérations. — Considérons maintenant les Fédérations et non plus les sociétés coopératives du premier degré. Que voyons-nous? Depuis de longues années, les Fédérations anglaises sont très puissantes, alors que les Fédérations du continent datent seulement de la fin du xixe siècle.

En 1895, les deux Wholesales de Manchester et de Glascow englobaient déjà plus d’un million de membres ; les deux Fédérations de Danemark et de Suisse ne comprenaient que 80.000 sociétaires; l’effectif du Magasin de gros de Hambourg à cette date est inconnu.

En 1906, les deux Fédérations anglaises avaient doublé leur effectif qui dépasse maintenant 2 millions de sociétaires; mais les Fédérations coopératives du continent devenues plus nombreuses, comprenaient plus de 1.500.000 membres; les Wholesales anglaises gardent une avance de 500.000 sociétaires. Ce processus rapide des Fédérations du continent ne prouve qu'une chose, c’est que ces sociétés qui sont de création toute récente, ont encore d’immenses progrès à réaliser.

Cette impression est encore renforcée par l’examen du chiffre de ventes de ces deux groupes de Fédérations, à 10 ans d’intervalle.

Au commencement de la décade 1895, les 3 Fédérations continentales qui existaient alors : Allemagne, Danemark et Suisse, ne réalisaient qu’un chiffre de ventes de 8 millions de francs ; les deux Wholesales de Manchester et de Glascow atteignaient déjà au chiffre de 340 millions de francs; aucune comparaison n’était possible entre ces deux groupes de sociétés.

En 1907, les huit Fédérations qui s’étaient établies sur le continent, réalisaient 165 millions de ventes; les Fédérations de Grande-Bretagne atteignaient le chiffre d’affaires de 810 millions. Les Fédérations de Manchester et de Glascow demeurent ainsi beaucoup plus puissantes que chacune des autres

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Fédérations, beaucoup plus puissantes même que la totalité de ces sociétés. Cependant, une comparaison entre ces deux groupes de Wholesales devient possible ; le chiffre des ventes des Fédérations anglaises n’est plus que le quintuple de celui des Fédérations du continent; en effet, pendant que les Wholesales anglaises doublaient leur chiffre de ventes (340 à 810 millions) les Fédérations continentales vingtuplaient le leur, qui s’élevait de 8 à 165 millions.

Concluons d’un mot : la population coopérative de l’Angleterre n’a pas tout à fait doublé de 1895 à 1906 (1.314.000 à

2.215.000 sociétaires), au lieu que la population coopérative du continent quadruplait dans la même période (870.000 à

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