‹ Félicien RopsChapitre 17 sur 20 · T,E PLUS BEL AMOUR DE DON JUAN · texte numérisé non relu

T,E PLUS BEL AMOUR DE DON JUAN

à Liesse : « Ce dessin me ravit Je voudrais le faire voir celle belle fille nue, chaussée, gantée cl coiffée de noir, soie, peau el Velours, et, les Yeux bandés, se promenant sur une frise de marbre rose, conduite par un cochon à queue

d’or, à travers un ciel bleu.

C’est presque aussi grand comme dimensions que la Tentation. J’ai fait cela en quatre jours : deux en salon de satin bleu, deux en appartement surchauffé, plein d’odeurs; l’opopanax et le cyclamen me donnaient une petite fièvre salutaire pour la production... Je ne sais pas à qui je vendrai cela, mais cela m’est bien égal. » 11 devait trouver un amateur en Belgique, après le petit scandale effarouché des Vingt où l’œuvre avait été exposée.

Ah! les jolis relais aussi à fontainebleau : « La mare aux fées est toujours à sa belle place; seulement les trois chênes s’appellent Troyon, Corot, Rousseau; et la mère Antony est toujours à Marlotte. Elle a vu passer six générations de peintres. Elle ne prenait presque rien et elle donnait beaucoup; elle prend tout aux derniers et elle ne donne presque rien. Toujours souriante d’ailleurs comme au bon temps où Daubigny payait un fricandeau

d’un « bois de hêtres ». Elle continue à laisser tomber la même suie dans les mêmes œufs sur le plat et à mettre consciencieusement le même nombre de cheveux dans le fricot de fondation, « la fristouilladet Un bon plat, un plat qui faisait faire à Rousseau les cinq lieues qui séparent Marlottc de Barbi?on... »

11 aime prendre les airs d’un globe-trotter. Les billets qu'il envoie de ses relais, réels ou imaginés, ont la fièvre et galopent comme lui. 11 lui arrive de les signer « Steeple Chase. » Mais en 1880, c’est Vraiment le grand départ.

« J’ai fait des Voyages fous de Paris aux frontières russes, à travers la Hongrie, de Belgrade à Vienne. Passé à Bellagio. La Suisse est un pays grotesque. Les Vénitiennes sont laides. Si tu Voyais les Hongroises! Les femmes à cinquante ans ont des poitrines bron^éennes. Admirable, Venise, mais la Pusta, la steppe hongroise! J’ai fait cent soixante lieues à cheval là dedans. » 11 en rapportera cette fameuse Dans la Pusta, étrange comme une apparition de sorcière, antidatée août 1879, par une malice qui lui est familière, et pour laquelle il écrit cette légende : « Grisés d'air et de lumière, nous courions dans cette infinité de la steppe. Souvent presque sous le sabot de nos chevaux se dressaient des figures noires, à l’aspect fatidique qui, pareilles aux anciennes « Sagas des champs brûlés », semblaient garder cette terre étrange, mère et confidente de leurs secrets. »

Cent soixante lieues ne comptent pas pour lui : son imagination est un hippogriffe ailé qui l’emporte à travers les distances. Du moins il Voit la Hongrie, sa « chère Hongrie », et les tsiganes font tressaillir en lui la race. En tous sens scs courriers emportent des billets commentés de dessins et guillochés comme des pointes sèches, avec ce jeu de mots pour étiquette : Ropsoclies hongroises.

11 écrit à Picard : « Mon cher ami, voici encore une page des « Ropso-

clies » avec des croquis autour, des portraits. En haut, c’est Boross, un tsigane de l?eged ; en dessous le vieux Bouké, le rival de Rac? Palh, le meilleur musicien tsigane de Hongrie; puis S^abady, un compositeur de génie tout simplement, l’auteur de la marche de S^abady que Massenet a (ait connaître à la France en l’orchestrant et la faisant exécuter à l’Opéra. En dessous Zorok Mi^oly, un « tschinbalou miste » merveilleux. Nous devons être cousins, car nous nous ressemblons beaucoup. C’est un Rops idéall 11 est du reste originaire de SamboV et mon arrière-grand-père venait de la Baïska qui est une province du Sud dont SamboV fait partie. Vous ne pouVe? Vous imaginer, mon cher Picard, combien pour la première fois de ma vie je me suis senti bien « che? moi » là-bas. C’est l’ancêtre Bolesla'V qui revient. »

Puis ce sont les départs pour Monte-Carlo. Avec ses orangers, ses caroubiers, ses lentisques et ses lauriers, la Cote d'azur éternise pour lui une vision de beauté édénique et païenne. « Palmiers, oliviers, roulette et rouleuses, je ne touche ni à l’une, ni aux autres. » Il lui suffit de se griser d’images charmées de femmes et de paysages.

Dans l’olivier, le grand arbre sacré de la contrée, presque humain par la forme et Voisin des mythes latins, avec ses étreintes de bras et ses attitudes de torses sous lesquels palpitent captifs le rire et le sanglot des fables, il retrouve un peu des métempsychoses de son art, celui-ci non moins fabuleux, empli de conjectures et de transfigurations, comme un mélange de l’ange et de la bête. 11 en fait des dessins légers et aériens, où passe l’âme du monde antique. A petits traits subtils de plume, comme en la plus fine pointe sèche, il les fond au brouillard clair des flots. Et Voici, par contre, les sombres pinèdes où le chant d’un pipeau de pâtre rythme les mélodieux appels des sirènes. Voici les belles filles courbées et qui ouvrent leurs mannes à la pluie des olives. « Les grandes filles brunes d’E^ia de la

Turbie, ramassant les olives violettes dans les touffes d’arums-arum italicum (Aroïdées, Linn.). » De Cannes, il nous envoyait ses asters à la plume, les asters bleus, fleuris sur les bords de l’Estérel... Il avait rêvé réunir les strophes d’un Vaste poème qu’il eût appelé « L’Olivierade ». Cependant à peine son Œuvre gravé en reçoit-il la confidence; elle est tout entière dans ses lettres. Coffret d’or et d’ébène de toutes ses pensées dispersées, cimetière où il met dormir toutes les petites mortes auxquelles il ne peut donner durablement la vie.

Au retour, il retrouvait sa petite maison de Bièvre, avec le grand jardin au milieu duquel une mignonne fontaine jaillissait, toute claire : « Devant la maison, dit Eugène Demolder dans une page charmante, coulait la Bièvre, bordée de saules mutilés. Ce voisinage d’ondes incita Rops à cultiver des plantes aquatiques. 11 en acheta beaucoup, fit une digue, s’arrangea un étang. Les nénuphars germèrent; mais quel déplorable sol pour le pauvre « mimosa ncmu ». 11 ne mourut pas, mais il s’attrista dans la terre « maigre, maigre », comme disait le jardinier ; fossoyeur à ses moments perdus et habitué aux terres grasses des riches paroissiens, il ne savait rien faire pousser dans ce jardin de « semeur d'ivraie. »

« Cependant Rops adorait Bièvre, à cause de cette belle vallée où le soir les étoiles se reflètent dans l’eau en scintillant au bout des joncs flexibles. On foulait aux pieds la lune, en même temps que la caltha des marais, la parnassie, les menthes, les myosotis et les plantains d’eau. Là, Rops assouvit, deux étés durant, son amour de campagne, que plusieurs années de Paris forcé avaient développé au point de lui faire envier le sort d’un éclusier de Paris : proche voisin de la Morgue, il possède un vignoble aux bords de la Seine et du canal Saint-Martin et il y récolte son vin. »

En 1885, Félicien Rops fait sa première traversée d’Amérique. Sa Verve

au retour, fut étourdissante : tandis qu’il débobinait ses souvenirs, il semblait avoir vécu le songe nomade de la savane, la fièvre des placers, la vie brûlée des millionnaires des grandes villes. Il racontait que des capitalistes avaient payé le poids des trésors de Golconde ses dessins. 11 laissait entendre qu’il était parti implanter là-bas les modes d’un Worth et d'un Paquin. Ce fut une de ses coquetteries de dessiner, sur les feuillets qu’il adressait aux femmes, des croquis de robes et de chapeaux qu’il prétendait avoir inventés pour les belles dames du MouVeau-Mondc. On cherche vainement, toutefois, de son séjour ch e? les Yankees une composition d’art. Rien ne filtra : mais, à défaut de crayons, ce fut le chef-d’œuvre comique de sa lettre à la Jeune Belgique, où il s’égala au plus extraordinaire humour américain. La voici, avec ses encres alternées, telle que la donna la batailleuse petite revue, en mai 1885.

Buffalo — sur les bords du lac Erié — seul avec les Jlols, sous le regard de Dieu.

« Ahl ça, on ne peut donc même pas pêcher des blue fishes sur le lac Erié sans être dérangé par ses amis? Mais, je ne suis plus aquafortiste, mon cher V/..., je me suis fait tatoueur, Vous ave? bien lu : Tatoueur sur les bords du lac Erié, bords déjà embêtés par Chateaubriand. J'habite une cabane en sapin de Californie (’Wellingtonia Gigantea : Conifère) et au-dessus se balance en lettres rouges comme Célestin Demblon, l’enseigne suivante, ornée de dessins qui feraient pâlir les Vingt eux-mêmes.

Look! Look!! Look!!!

Belgian Academy & French Institute

Scholar and Pupil of the celebrated Artist Emile Wauters

Tatouinger !

Emblems — Devices — Poem’s — Pictures — Designs

Drawings &L &c &c

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