‹ Felicien Rops et son œuvreChapitre 2 sur 30 · HYMÉNÉE · texte numérisé non relu

HYMÉNÉE

de VOUS. Sa- vous croiriez que c'est une image de votre rêve, une ébauche de

tan, en traver- votre spleen, comme vous attribueriez à votre mémoire le flamboi

sant le fleuve de ces vitraux d'un laboratoire de savant. Pourtant s'ils s'empour-

d'une enjam- prent, et si à leur rougoiement succède une pâleur comme sulfureuse,

bée, les lance c'est que du grand miroir placé en face du vieil et calme incan-

dans, l'espace tateur, vient de surgir, ardente et pâle sous le hennin, détachant,

parmi les toits son manteau qui se dentèle comme les ailes membraneuses de la

de la ville; ils chauve souris, une reine de la nuit et du passé, une admirable

y trouveront Ysabeau, aux yeux profonds comme ceux d'une Hérodiade et

bon accueil; qui dresse, vivant, le charme nivéal d'un corps qui est resté su-

si la nuit perbe malgré qu'elles soient lointaines, les neiges d'antan que de

n'était si pro- son vivant, en attendant que montât vers elle l'amour des beaux

fonde, ou si cavaliers, elle regardait tomber de la verrière d'une tourelle, en

l'œil humain un palais magnifique et décrié. Si ces diableries vous étonnen,

pouvait con- et que vous refusant à regarder vers ce ciel de mauvaises féeries

cevoir l'irréel, l'air lourd et noir de la cité se remplir de chimères, vous tenez

vous le ver- les yeux obstinément fixés vers la terre, les reflets des trottoirs

riez,lui-même, polis vous paraissent luisants d'une pareille lumière, bizarre, à la

Satan et ses fois crue et sourde. Et si vous voulez voir d'où tombe cette lumière,

jambes mai- vous verrez que des milliers de lampes éclairent de sombres

gres et ses corridors, où grimacent des masques pâles; et le pas automatique

lourds sabots, des promeneuses des ryddecks, leurs yeux vagues dans le masque

ses longs bras blafard, le rire muet des lèvres trop rouges, le sourire maniaque,

décharnés, ses les yeux trop luisants au regard mort, les démarches onduleuses

yeux de feu et sèches à la fois, comme de mannequins qui seraient gracieux,

sous son large et les bruits de musiques enfantines et barbares, les gros chants

chapeau sentim' .taux vous rendront plus âcres les paroles violentes, qui

noir; mais si comme des oiseaux noirs, volètent lourdement, croassent et se

vous le voyiez, cognent aux murs, bruyamment, au fond de ce cloaque, le pour-

L'ART ET LE BEAU

rissoir de la cité. Vous fuyez et non sans avoir heurté le calvaire emblématoire où une femme est crucifiée, que tient vivante la force du désir, vous vous trouverez au bout d'une allée silencieuse, sur une vaste échappée d'air, parc, place ombreuse, bois sacré et vous verrez la statue d'un merveilleux androgyne dont les doigts errent sur les cordes d'une grande lyre; et les cordes de cette lyre semblent monter jusqu'au ciel. Cette admirable personnification de la poésie, est-ce donc la divinité de cet endroit tumultueux? est-ce cette forme que vénèrent ces buveuses d'absinthe, appuyées contre la porte de ce bal public, les yeux cernés, l'air minable, la bouche hébétée, dans un pauvre costume qui semple de l'oripeau de carnaval, tant la monomane qui le porte est absente du lieu et de l'heure?

Détrompez- vous!

Voici le cortège de

Pornocratés qui vient. Incarnant la beauté et la force de la bestialité, souriante, sereine, les yeux bandés comme la fortune, la déesse passe; elle suit tranquille le cochon qui la guide et qu'elle tient mollement en laisse.

Elle est nue, sauf des bas bien tirés, des gants bien ajustés, une ceinture légère, un collier, et des tulles frissonnants à son chapeau. Elle est la déesse et la personnification de la luxure, et c'est elle qu'on vénère dans la cité. La forme blanche qui tient la grande lyre, seuls la

discernent et l'entendent les poètes pieux ennemis du sommeil, ennemis aussi de la bêtise au front de taureau qu'a chantés cet ami de Rops, qui fut un peu son maître, Charles Baudelaire.

Cette cité de cauchemars et de luxure cache dans ses faubourgs d'autres statues, et des monuments adressés à d'autres a. inités. Voyez ce dessin: la Pudeur de Sodome. La Muse de Rops, cette robuste figure, dont il orne la nudité, de ceintures et de bracelets,

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