BOTANISTE
cette ruée de toute une ville, vers «la petite villa malsaine» à louer là-bas, vers la campagne, dans cette campagne pleine de rapins, de siestes, de Kermesses, de lutinages à la Steen, de pataches se ruant parmi les abois des meutes de roquets! En sortant des Salons c'est à la bonne causticité qu'il atteint lorsqu'il s'amuse a portraicturer la foule à laquelle // ne faut pas vanter Courbet, planche excellente hérissée de faces de bourgeois hilares, de bourgeoises pimbêches et sèches, de jeunes filles qui ne peuvent aimer que les madones de porcelaine des peintres d'école. II lui arrive de se servir de ce procédé que créa le Vinci, d'exagérer peu à peu la face humaine et le mouvement humain pour trouver entre les deux extrêmes de la pose calme et de la caractéristique animale, trouvée par la déformation systématique du modèle, l'allure caractéristique d'un personnage, et c'est ainsi que Gouzien au piano, jouant sans doute une de ces Rhapsodies hongroises dont Rops était épris, devient un Faune dansant, ce qui entretemps donne à Rops un portrait de musicien fantasque très pittoresque. Il a été trop préoccupé de l'alcôve, de ses joies et des douleurs, pour en négliger l'humour. La planche célèbre «Le retour fait regretter l'absence» n'est point tant curieuse par la présence au mur, dans leur allure jeune et coquette d'antan, de cette abondante matrone qui se précipite sur ce mari retardataire et un peu gris, que par l'allure violente de la femme et la vibration indignée de ses chairs gélatineuses. C'est à la même catégorie d'inspirations qu'appartient cette vigoureuse affirmation de la gynécocratie qui s'appelle Mbanthropie et qui montre un malheureux portier poussé contre sa porte, la
nuque coiée à l'huis par les poings vigoureux de son épouse, le balai brisé gisant à terre aux pieds de la victorieuse. C'est presque parmi ses caricatures qu'il faut ranger des dessins calmes et étudiés, comme le Botaniste où la satire s'est faite très douce, se tapit pour ainsi dire, dans un murmure, copie son bonhomme dans sa petite occupation, et vous laisse sourire. C'est ainsi qu'il accumule dans sa Vieille garde les marques d'élégante décrépitude.
Des planches de pure nature, de simples transcriptions des paysages indiquent chez lui ce goût de la campagne qui alternait avec l'amour furieux de la ville et de ses cohues, qui lui fit passer sa vie à rechercher des maisons de campagne, où il put abriter ses collections de fleurs rares. Les Glaneuses sont dans ce sens, avec la Peine, et peut-être le Bout du Sillon ses meilleures œuvres.
La précision des traits et la disposition des plans évoquent dans ses Glaneuses la beauté des Millet; elles ont la simplicité quasiantique, que savait retrouver le maître de Barbizon. Rops d'ailleurs qui ne faisait point de reproduction grava du Millet; c'était de sa part indiquer un de ses enthousiasmes.
Mais la campagne le ramène vite à cette idée de la ville, au Bain de flamme dont il a pris l'habitude chère et tenace, où sa causticité et son romantisme se mettent d'accord, pour lui figurer, au passage de quelque vieille décharnée et vêtue d'un costume trop riche, que c'est la mort en robe de mascarade qui vient de passer devant lui! Romantisme, qui nous donne cette précieuse Mort au Bal masqué, si de son temps, si commentaire du poème des Fleurs du Mal
O charme d'un néant follement attifé!