LES GLANEUSES
féminine. Le Gandin ivre a autour de lui, tout ce qui peut hâter son dépérissement, tous les fantômes que peut créer le démon de la perversité; la femme appuie contre ses vacillements tous les appâts de sa chair offerte: le noir épais de ses cheveux, les yeux charbonnés, le décolletage violent, la calinerie du regard sont des armes trop fortes pour qu'y résiste l'ivresse du jeune homme, la curiosité des gens du bar se penche vers lui, du comptoir, attentionnée e( amusée, prête à profiter de son ivresse. Il ne sera point difficile de fouetter en lui le faune que fait somnoler
la vapeur de l'alcool. Il est l'esclave de ces promeneuses que Rops comme Manet épiait aux couloirs des Folies Bergère pour saisir sous le machinal professionnel de leurs gestes quelque allure vive et personnelle, aussi de celles que Rops grandit jusqu'au drame dans les lueurs pâles du catafalque, droites et terribles les pieds sur le cercueil de la victime de leur vengeance, exercée contre qui? contre un homme, ou contre les hommes! rançon qu'elles tirèrent d'un membre d'une société qui leur fut dure.