‹ Felicien Rops et son œuvreChapitre 29 sur 30 · LA MESSE DE GNIDE · texte numérisé non relu

LA MESSE DE GNIDE

L'ART ET LE BEAU

cernent de toute sagesse et leur disparition: un bien — voilà pourquoi, si j'en avais le pouvoir, je conduirais, impavide et souriant, les instituts entiers aux abattoirs municipaux.»

Ce désir de nouveauté, d'art ardent et libre, Rops le souligne encore' dans cette lettre adressée au bon critique Octave Uzanne, où il dit: «J'ai la haine de tiédeurs .... il faut garder ses belles folies. — Quelques amis se mettent en route au matin; les chansons joyeuses montent dans l'air, tous ont le rire aux lèvres et la gaieté dans les yeux; à midi, on chante encore, mais la montée est rude, le soleil fait baisser les fronts, quelques voix se sont tues. Le soir venu, plus rien . . .

le silence; les amis fatigués cheminent courbés; un seul chante encore et célèbre le, splendeurs du crépuscules comme il a chanté les lumières glorieuses de midi et les fraîcheurs de l'aurore, comme il dira tantôt les douceurs des nuits bleues, ses amis haussent les épaules et les passants attardés le prennent pour un ivrogne. Je serai celui-là!»

Il fut en effet l'artiste sans cesse en quête de nouveau, en quête du plus précis, en quête d'imprévu, d'inattendu, sans cesse en recherche de perfection, qui travaille sans cesse et dont la fécondité ne fut enrayée que par l'attouchement de la maladie mortelle; et c'est là, le secret de son influence. S'il s'était contenté de la maîtrise vite obtenue, vite consacrée par l'opinion des lettrés, sanctionnée d'ailleurs par les gros prix que les amateurs mettaient à l'acquisition de ses épreuves, il n'eut obtenu ni la diversité de sa gloire ni la variété de son talent. Il lui eut été trop facile de n'utiliser

qu'une seule de ses aptitudes, et peut-être même sa notoriété se fut assise plus vite, soit qu'il fut demeuré le caricaturiste amusant de la vie provinciale, ou qu'il se fut borné à inventarier les carrefours et les boudoirs de Paris, ou qu'il se fut spécialisé à épier les hallucinations et les cauchemars de la luxure. La spécialisation qui a ses dangers d'art, a ses avantages de vie et de fortune.

Rops ne les voulut pas. Il suivit sur toutes les routes où elle voulut le mener, son imagination, une imagination qui chez lui

n'était point la folle du logis ou de l'atelier, mais la raison même de l'artiste, puisque sans cesse elle le faisait s'asseoir devant de nouveaux travaux. L'activité énorme qu'il dépensa toute fit que son effort toujours jeune et Rops des dernières sans cesser d'être offrent d'avec années précé-

COCOTTOCRATIE

sa vie, demeura que les années, des Rops, l'œuvre des dentés, des différences. Il ne se répéta point; il reprenait parfois, dans le même fond d'idées, mais toujours avec un agrément nouveau, sous l'impulsion d'une volonté inlassable de progrès et de variété.

C'est pourquoi dans l'histoire de l'art, il tiendra belle place et se classera non point parmi les petits maîtres qui ont su traduire supérieurement un coin de la vie et s'y sont limité, mais parmi les grands, ceux qui ont ambitionné de comprendre tout l'art, et pour un temps, de l'enclore tout entier.

Gustave Kahn.

Reproductions autorisées par les éditeurs Gustave Pellet et H. Floury.

L'ART ET LE BEAU

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