‹ Felicien RopsChapitre 8 sur 8 · DÉPART POUR CYTHÈRE · texte numérisé non relu

DÉPART POUR CYTHÈRE

ABFAHRT NACH CYTHERA

STARTING TO CYTHERA

avant lui ont pénétré dans la vie et les rapports de l'homme et de la femme avec dpreté, mais sans faire intervenir l'imagination. Rops, pour construire ses scènes, utilise le pittoresque vrai, le modèle vrai, travaille d'après nature, pour délimiter le corps dont il fera le centre de sa composition, mais ces notes prises, il est poète avec les moyens du dessin, de l'art plastique.

C'est un artiste littéraire, et le plus puissant et le plus propre à combattre le préjugé qui exclurait la littérature de l'art plastique et réduirait la peinture au morceau. Il est la preuve nombreuse et irréfutable qu'on peut en art plastique exprimer des idées ténues, subtiles, par le dessin, soit en juxtaposant plusieurs personnages dans une scènei soit en faisant exprimer à une forme, à une figure, toute la gamme de sentiments qu'on y veut mettre.

Son influence a été considérable.

Sans insister sur ce qu'il a apporté au métier de graveur, à la technique de son art, il lui faut rapporter l'honneur d'avoir guidé le mouvement de vigoureux artistes vers la vie moderne. A ceux qui ne se sont point mis à l'école de son style, il a donné le conseil affirmé maintes fois par Nanteuil, les Johannot, mais en les dépassant; et il touche victorieusement à l'art de Gavarni et de Daumier. Daumier seul lui demeurerait peut-être supérieur, s'il ne fallait pas surtout les déclarer différents; Daumier, plus humoriste que Rops, n'a jamais abordé les régions d'élégance ou de drame où Rops a régné.

Il enrichit la vision de la vie des planches de son audace, et l'on sent bien que parmi tant de beaux dessins qui de nos jours suivent du plus près le drame et la comédie de notre vie parisienne, le souvenir de Félicien Rops et de sa pointe libre et hardie n'a point cessé de planer.

Il est une preuve à ajouter à celles que fournit l'histoire de l'art, que l'influence et la gloire durable appartiennent à ceux qui ont apporté une formule nouvelle; il le savait, lui qui écrivait: «J'ai toujours cru, que dans tous les arts une formule nouvelle, même inférieure aux anciennes était préférable à celles-ci, comme un sarrau neuf, mal coupé quelquefois, vaut mieux qu'une guenille dorée, superbe, usée et trouée dans

laquelle ont vécu six générations de Rois.» «Je crois que les arts n'ont de vie, comme les religions, que par d'incessants avatars. Je crois que les Jeunes sont les plus expérimentés, étant, en réalité, les plus anciens, par la raison simple que les gens qui composent n'importe quoi en 1886, sont plus vieux dans l'histoire des dges, que ceux qui faisaient la même chose en 1840. Le mépris de vieillards qui n'ont pas su se transformer et suivre l'évolution, me paraît donc le commencement de toute sagesse et leur disparition: un bien — voilà pourquoi, si j'en avais le pouvoir, je conduirais, impavide et souriant, les Instituts entiers aux abattoirs municipaux.»

Ce désir de nouveauté, d'art ardent et libre, Rops le souligne encore dans cette lettre adressée au bon critique Octave Uzanne, où il dit: «J'ai la haine de tiédeurs ... il faut garder ses belles folies. — Quelques amis se mettent en route au matin; les chansons joyeuses montent dans l'air, tous ont le rire aux lèvres et la gaieté dans les yeux; à midi, on chante encore, mais la montée est rude, le soleil fait baisser les fronts, quelques voix se sont tues. Le soir venu, plus rien ... le silence; les amis fatigués cheminent courbés; un seul chante encore et célèbre les, splendeurs du crépuscule, comme il a chanté les lumières glorieuses du midi et les fraîcheurs de l'aurore, comme il dira tantôt les douceurs des nuits bleues, ses amis haussent les épaules et les passants attardés le prennent pour un ivrogne. Je serai celui-là!»

Il fut en effet l'artiste sans cesse en quête de nouveau, en quête du plus précis, en quête d'imprévu, d'inattendu, sans cesse en recherche de perfection, qui travaille sans cesse et dont la fécondité ne fut enrayée que par l'attouchement de la maladie mortelle; et c'est là, le secret de son influence. S'il s'était contenté de la maîtrise vite obtenue, vite consacrée par l'opinion des lettrés, sanctionnée d'ailleurs par les gros prix que les amateurs mettaient à l'acquisition de ses épreuves, il n'eût obtenu ni la diversité de sa gloire ni la variété de son talent. Il lui eut été trop facile de n'utiliser qu'une seule de ses aptitudes, et peut-être même sa notoriété se fût assise plus vite, soit qu'il fût demeuré le caricaturiste amusant de la vie provinciale, ou qu'il se fût borné à inventorier les carrefours et les boudoirs de Paris, ou qu'il se

LA PUDEUR DE SODOME SODOM'S SCHAMOEFUHL SODOM'S PUDICITY

L'ETUDE STUDIUM STUDY LE VICE SUPREME DAS GRÔSSTE LASTER THE SUPREME WICKEDNESS

LA OARDEUSE D'ABEILLES DIE BIENEN-HÛTERIN THE BEE-KEEPER

fût spécialisé à épier les hallucinations et les cauchemars de la luxure. La spécialisation qui a ses dangers d'art, a ses avantages de vie et de fortune.

Rops ne les voulut pas. Il suivit sur toutes les routes où elle voulut le mener, son imagination, une imagination qui chez lui n'était point la folle du logis ou de l'atelier, mais la raison même de l'artiste, puisque sans cesse elle le faisait s'asseoir devant de nouveaux travaux. L'activité énorme qu'il dépensa toute sa vie, fit que son effort demeura toujours jeune et que les Rops des dernières années, sans cesser d'être des Rops, offrent d'avec l'œuvre des années précédentes, des différences. Il ne se répéta point; il reprenait parfois, dans le même fond d'idées, mais toujours avec un agrément nouveau, sous l'impulsion d'une volonté inlassable de progrès et de variété.

C'est pourquoi dans l'histoire de l'art, il tiendra belle place et se classera non point parmi les petits maîtres qui ont su traduire supérieurement un coin de la vie et s'y sont limités, mais parmi les grands, ceux qui ont ambitionné de comprendre tout l'art, et pour un temps, de l'enclore tout entier.

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