AURORA LEIGH
Oui tu ne m'es qu'absente, et la mort n'est qu'un voile, Albertine ! et tu sais l'autre vie avant moi. Un jour j'ai vu ton âme aux feux blancs d'une étoile, Elle a baisé mon front, et j'ai dit : « c'est donc toi ! »
Enfant, quand je pleurais, sans le voir de mes yeux D'un ange, autour de moi, je sentais la présence.
Et je ne l'entends plus. J'entends toujours mon âme ! Toujours elle se plaint ; jamais elle ne dort : Et cette âme où passa tant de pleurs, tant de flamme, Le ciel qui la sait toute en voudra-t-il encor ?
Car on dit que longtemps encore L'âme retourne au monument.
Glissant du ciel à chaque aurore Pour épier ce qu'elle adore Et que parfois c'est vainement.
L'homme achète longtemps le bienfait de la mort.
Et le vrai, c'est la mort! — et j'attends son secret.
Oh ! ce sera la vie. Oh ! ce sera vous-même, Rêve, à qui ma prière a tant dit : je vous aime. Ce sera pleur par pleur et tourment par tourment Des âmes en douleurs le chaste enf;intement.
O vie ! ô fleur d'orage ! 6 menace ! ô mystère !
O songe aveugle et beau !
Réponds! ne sais-tu rien en passant sur la terre
Que ta route au tombeau ?
— « Ingrate, a dit la vie, à qui donc l'espérance, Fruit divin de ma fleur ?
i84 AUTELS PRIVILÉGIÉS
Vous retournerez- vous vers un jour de souffrance Dans réternel bonheur?
Si vous n'entendez pas tant de voix éternelles.
Que sert de vous parler > Vos pieds sont las, pliez 1 Dieu vous mettra des ailes,
Et vous pourrez voler.
De vos fronts consternés, mères inconsolables
Les cyprès tomberont, Quand, pour vous emmener, messagers adorables,
Vos enfants descendront.
Vos sanglots se perdront dans de longs cris de joie.
Quand vous verrez la mort Bercer aux pieds de Dieu son innocente proie
Comme un agneau qui dort.
La mort, qui reprend tout, sauve tout sous ses ailes ;
Sa nuit couve le jour, Elle délivre l'âme, et les âmes entre elles
Savent que c'est l'amour ! » i
Un enfant plus léger, plus peureux de la terre Et qui s'en retournait habillé de mystère
J'ai peur de voir tomber les voiles de mon âme J'ai peur qu'elle s'en aille à la porte des cieux Pleurer longtemps et nue, et devant bien des yeux.
I Tout le souffle du poème de Victor Hugo sur la mort de Clairs avec le rythme de Malherbe dans son poème sur la mort de Rosa.
Mourir ! on ne meurt pas quand on le pense. Une âme Prend ses ailes longtemps avant de s'envoler.
Peut-être qu'à son insomnie
Ton âme suspendue un soir
De sa pénitence finie,
Viendra respirer et s'asseoir
Puis ouvrant doucement la porte
Du séjour où Dieu la remporte
Elle me dira : « Ne crains rien »
Les deux sont grands, les morts sont bien.
J'ai déjà tant d'âmes aimées
Sous ce lugubre vêtement !
Tant de guirlandes parfumées
Qui pendent au froid monument,
Par le souffle mortel atteintes
D'où mon nom sortait plein d'amour,
Et qui m'appelleront un jour !
Notre corps ne faisait plus d'ombre Comme dans ce triste univers Et notre âme n'était plus sombre ; Le soleil passait au travers.
La mort vient de fermer les plus beaux yeux du monde, Nous ne les verrons plus qu'en regardant les cieux.
O beauté souveraine à travers tous les voiles, i Tant que les noms aimés retourneront aux cieux
I Lumière de l'âme, ô beauté !
Leconte de Liâlb
i86 AUTELS PRIVILÉGIÉS
Nous chercherons Delphine à travers les étoiles Et son doux nom de sœur humectera nos yeux.
Tel qu'un homme hâté s'arrête de courir
Et dit en lui : « C'est vrai il faut mourir. n/A^'<J^rmAxC
Puis qui reprend sa route avec la tête basse
Comme si d'un fardeau son épaule était lasse ?
Ah ! c'est que des points noirs troublent un ciel vermeil
Qj-iand nos yeux éblouis ont trop vu de soleil...
• Elle entre, et bien des 5-eux qui paraissent fermés (la lune) Sont par des pleurs sans bruit ouverts et consumés.
N'as-tu pas pour cortège un flot de jeunes âmes Mêlant à ses lueurs de vacillantes flammes
Nous avons mis leurs noms sous des touffes de roses
Merci ! toi qui descend des divines montagnes Pour éclairer nos morts épars dans les campagnes Dans leur étroit jardin tu viens les regarder. Et contre l'oubli froid tu semblés les garder.
Au bout de tes rayons promenés sur nos fleurs, Comme un encens amer prends un peu de mes pleurs.
Plus loin des moissonneurs penchés sur leur faucille Devinaient et plaignaient ce poids de jeune fille Au deuil blanc, car pressé de vivre et de souffrir L'homme partout s'attarde à regarder mourir .
Tandis que de ses yeux la mémoire infidèle S'effaçait, comme on voit aux approches du soir Par degrés se ternir les clartés d'un miroir
Faite à souffrir
Devant pour être morte,
Si peu mourir.
Quand Vautre moissonneuse Forte en tous lieux
Quand la nuit descendit sur l'ardent paysage Quand tout bruit s'effaça l'astre au tendre visage Vers une croix nouvelle allongea ses fils d'or Comme un baiser de mère à son enfant qui dort.
Le sourire défaille à la plaie incurable
Adieu sourire, adieu jusque dans l'autre vie Si l'âme, du passé n'y peut être suivie ! Mais si de la mémoire on ne doit pas guérir. A quoi sert, ô mon âme, à quoi sert de mourir ?
n est du moins au-dessus de la terre Un champ d'asile où monte la douleur ; J'y vais puiser un peu d'eau salutaire Qui du passé rafraîchit la couleur.
Par un rêve dont la flamme Eclairait mes yeux fermés
Viens ne crains pas leur silence Ni leurs yeux ouverts sans voir
i88 AUTELS PRIVILÉGIÉS
Le sommeil qui les balance N'a de vivant que l'espoir.
Sous une forme reprise Et qui nous ressemblera Avec un cri de surprise Chacun se reconnaîtra.
duoi, c'est lui ! c'est toi ! c'est elle !
Retentira de partout,
Et Ton proclamera belle
La mort vivante et debout, i
Et pour gagner l'autre vie Retourne avec les mourants.
Ah ! je sens que je fus colombe En voyant vos ailes s'ouvrir (oiseaux) Et pour vous suivre par la tombe J'ai déjà moins peur de mourir.
Oui le Pylade ailé de ta coureuse enfance Doux et muet témoin de tes ébats naïfs Qui se laissait aimer et gronder sans défense Qui savait te répondre en murmures plaintifs Ton camarade est mort.
Ce qu'on aime est si triste ainsi gisant et froid
I La morl a été absorbée dans la victoire
•=^^ S. Paul.
A ton beau ramier bleu tu penseras toujours
Dans votre épreuve solitaire Ne demandez pas le bonheur.
Sa semence est dans votre cœur Et n'éclora pas sur la terre
Et mes bras s'étendaient pour imiter leurs ailes
Oui la rose a brillé sur mon riant voyage
Tous les yeux l'admiraient dans son jeune feuillage; i
L'étoile du matin l'aidait à s'entr'ouvrir
Et l'étoile du soir la regardait mourir.
Vers la terre déjà sa tête était penchée ;
U insecte inaperçu s'y creusait un tombeau
La feuille murmurait en tombant desséchée
Déjà la nuit: déjà... Le jour était si beau!
Venez-vous en courant dire : Préparez- vous Bientôt vous quitterez ce que Von croit la vie. Celle qui vous attend seule est digne d'envie : Ah 1 venez dans le ciel la goûter avec nous ! Ne craignez pas, venez ! Dieu règne sans colère ; De nos destins charmants vous aurez la moitié. Celle qui pleure, hélas ! ne peut plus lui déplaire;
Le méchant même a sa part de pitié.
Sous sa main qu'il étend, toute plaie est fermée ; Qui se jette en son sein ne craint plus l'abandon ; Et le sillon cuisant d'une larme enflammée
S'efface au souffle du pardon.
Embrassez-nous ! Dieu nous rappelle Nous allons devant vous, mères ne pleurez pas !
I Hoec Tiret angusto folioruni, teita ■■§■§ galero.
L'amour ce ciment des âmes
Là-bas où finit la terre Rejoint la mère à l'enfant
De tendresse et de mystère Dès qu'il eut rempli ces lieux
Qui sait si votre enfant qui flotte dans vos larmes N'a pas au seuil de Dieu rencontré mon enfant ? Qjai sait si leurs mains d'ange un moment réunies N'ont pas pesé la haut nos peines infinies Et pleurant de l'amour qu'on leur garde en ce lieu N'ont pas compté nos pleurs pour les offrir à Dieu ?
Comme si mon enfant puissante avec douceur
Une femme pleurait des pleurs d'une autre femme Elles ont leurs secrets qu'elles plaignent toujours... Celle qui regardait reconnaissait son âme
Vous qui n'avez jamais parlé Dans notre monde désolé N'apprenez pas la langue austère Et les durs sanglots de la terre.
Envolez-vous, mais, par pitié.
De nos pleurs portez la moitié Dans le manteau bleu de la vierge ; Et nous brûlerons un beau cierge
Au pied de votre blanc berceau Pour que l'arbre et son arbrisseau Revivent aux montagnes pures.
Loin des autans, loin des souillures, Loin de ce monde désolé Où vous n'avez jamais parlé, i
I Petite pièce si ëtonnamment descriptive avec son dernier vers renouvelé du premier et posant comme un doigt sur deui lèvres.