‹ FélicitéChapitre 23 sur 24 · DORMEUSE · texte numérisé non relu

DORMEUSE

Si l'enfant sommeille,

Il verra l'abeille, Quand elle aura fait son miel.

Danser entre terre et ciel,

Si l'enfant repose, Un ange tout rose, Qjae la nuit seule on peut voir, Viendra lui dire : « Bonsoir! »

Si l'enfant est sage, Sur son doux visage La Vierge se penchera.

Et longtemps lui parlera.

Si mon enfant m'aime.

Dieu dira lui-même :

« J'aime cet enfant qui dort;

Qu'on lui pone un rêve d'or!

« Fermez ses paupières,

Et sur ses prières, De mes jardins pleins de fleurs, Faites glisser les couleurs.

« Ourlez-lui des langes Avec vos doigts d'anges.

Et laissez sur son chevet Pleuvoir votre blanc duvet,

« Mettez-lui des ailes Comme aux tourterelles, Pour venir dans mon soleil Danser jusqu'à son réveil !

« Qu'il fasse un voyage Aux bras d'un nuage, Et laissez-le, s'il lui plaît, Boire à mes ruisseaux de lait !

« Donnez-lui la chambre De perles et d'ambre, Et qu'il partage en dormant, Nos gâteaux de diamant !

« Brodez-lui des voiles

Avec mes étoiles, Pour qu'il navigue en bateau Sur mon lac d'azur et d'eau !

« Que la lune éclaire L'eau pour lui plus claire.

Et qu'il prenne au lac changeant Mes plus fins poissons d'argent !

« Mais je veux qu'il dorme

Et qu'il se conforme Au silence des oiseaux Dans leurs maisons de roseaux !

« Car si l'enfant pleure,

On entendra l'heure Tinter partout qu'un enfant A fait ce que Dieu défend !

(T L'écho de la rue

Au bruit accourue, Qiiand l'heure aura soupiré, Dira : « L'enfant a pleuré! »

« Et sa tendre mère, Dans sa nuit amère.

Pour son ingrat nourrisson Ne saura plus de chanson !

« S'il brame, s'il crie.

Par l'aube en furie Ce cher agneau révolté Sera peut-être emporté!

« Un si petit être Par le toit, peut-être,

Tout en criant, s'en ira,

Et jamais ne reviendra 1

« Qu'il rôde en ce monde, Sans qu'on lui réponde !

Jamais l'enfant que je dis.

Ne verra mon paradis !

K Oui ! mais s'il est sage Sur son doux visage La Vierge se penchera, Et longtemps lui parlera. »

REXONXEMENT

Pardonnez-moi, Seigneur, mon visage attiisté, Vous qui l'aviez formé de sourire et de charmes; Mais sous le front joyeux vous aviez mis les larmes. Et de vos dons, Seigneur, ce don seul m'est reste.

C'est le moins envié, c'est le meilleur peut-être. Je n'ai plus à mourir à mes li.ns de fleurs; Ils vous sont tous rendus, cher auteur de mon être. Et je n'ai plus à moi que le sel de mes pleurs.

Les fleurs sont pour l'enfant ; le sel est pour la femme Faites-en l'innocence et trempez-y mes jours, Sei<7neur 1 quand tout ce sel aura lavé mon âme. Vous me rendrez un cœur pour vous aimer toujours .

Tous mes étonnements sont finis sur la terre. Tous mes adieux sont faits, l'âme est prête à jaillir Pour atteindre à ses fruits protégés de mystère Qjae la pudique mort a seule osé cueillir.

O Sauveur! soyez tendre au moins à d'autres mères, Par amour pour la vôtre et par pitié pour nous \ Baptisez leurs enfants de nos larmes amères, Et relevez les miens tombés à vos genoux !

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