‹ FéliseChapitre 10 sur 99 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

reaux étroitemement croisés. L'étrangère leva les yeux au ciel avec un geste de compassion douloureuse, et une larme mouilla sa paupière aride. La novice, debout de l'autre côté de la grille, pleurait sous son voile, et pendant quelques moments des soupirs étouffés, de faibles sanglots, troublèrent seuls le silence du parloir. Contenant enfin ce premier mouvement, la jeune religieuse s'assit contre la grille de manière à se rapprocher le plus possible de celle qui venait la visiter, et elle dit d'un ton pénétré :

— Ah ! mademoiselle, quelle charité de votre part d'avoir entrepris un si long voyage pourm'amener notre pauvre enfant ! Que Dieu vous récompense de cette bonne œuvre !

— Ne m'en attribuez pas le mérite, répondit la voyageuse avec une amère expression ; c'est Suzanne et mon vieux serviteur'Balin qui m'ont mise en voiture presque m;ilgré moi: Ils ont décidé que je passerais l'hiver à Paris, pensant que le changement de séjour me ren-

drait un peu de santé, comme si quelque chose pouvait m'étre salutaire !

— La religion, le temps, pourront vous consoler, dit la novice avec un soupir ; la religion surtout, croyez -le...

— Ah ! vous êtes consolée, vous ? interrompit l'étrangère.

— Non, je suis résignée, répondit la jeune religieuse avec une sérénité douloureuse.

Et après un silence elle ajouta :

— Mais je ne vois point Félise. Où donc est-elle? notre mère m'a donné la permission de la recevoir. N'est-ce pas votre intention de me la remettre dès aujourd'hui ?

— Oui, oui, a l'instant même, répondit vivement l'étrangère ; tenez, la voilà.

La petite fille, lasse d'appeler en vain Suzanne, s'était décidée à monter toute seule ; elle venait de pousser la porte qui était restée entr'ouverte et regardait furtivement dans le parloir. Suzanne la prit par la main et l'amena devant la grille, malgré sa résistance.

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