CHAPITRE PREMIER
qui donnait à sa physionomie un caractère particulier de noblesse et de fierté. Elle semblait sortir à peine de l'adolescence, tant les lignes de sa figure étaient mollement accusées, tant ses formes étaient frêles encore. L'ovale pur de son visage était encadré dans une guimpe de toile qui lui couvrait le front jusqu'à un doigt des sourcils et laissait apercevoir à peine le contour délicat de sa joue. Cette guimpe d'un blanc mat relevait le pâle incarnat et l'incomparable finesse de son teint. L'enfant avait une belle petite tête brune et naturellement frisée, une bouche vermeille comme une cerise, des joues fermes et rondes comme celles des Amours de marbre qui soutenaient la cheminée. Ses traits rappelaient vaguement ceux de la novice ; mais ce qui complétait la ressemblance et constituait véritablement chez l'une et chez l'autre un signe de race, c'était la couleur de leurs yeux. Toutes deux les avaient d'un bleu si pâle, que l'iris se détachait à peine sur le fond nacré de la cornée, à Tom-
bre de longs cils noirs relevés en pinceau. Cette singularité donnait au regard de la jeune religieuse un charme frappant, une expression indicible de langueur, de tendresse et de mélancolie. Les yeux de la petite Félise avaient au contraire quelque chose de terne ; l'âme ne rayonnait pas encore à travers ses prunelles bleuâtres, et même, lorsqu'un joyeux sourire épanouissait sa bouche, son regard s'éteignail, voilé sous sa délicate paupière.
L'étrangère s'était remise cependant de l'impression pénible qu'avait paru lui causer la vue de ces deux belles créatures. Elle se retourna vers la grille avec le geste d'une personne qui se dispose à prendre congé. Alors la novice rabaissa son voile et lui dit avec un soupir :
— Accordez-moi encore quelques moments, mademoiselle ; ceci est comme le dernier adieu que je fais au monde ; vous êtes la dernière personne à laquellej'aurai parlé à travers cette grille.
— Quoi ! les obligations de votre état sont