‹ FéliseChapitre 13 sur 99 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

aussi rigoureuses ? s'écria l'étrangère ; la règle vous impose un aussi grand sacrifice?

— Non, mademoiselle, répondit la novice; elle l'autorise seulement. Outre les trois vœux ordinaires, il nous est permis d'en faire un quatrième, celui de renoncer à la vue et à l'entretien des gens du monde, de ne plus avoir, même indirectement, aucune relation avec les personnes du siècle, de vivre enfin dans une retraite perpétuelle et absolue. Quelques-unes des saintes filles qui ont été l'exemple de cette maison avaient fait ce quatrième vœu : j'ai résolu de les imiter.

— Ne vous repentirez-vous jamais de cet excès de zèle? s'écria l'étrangère, dont le sombre visage s'attendrit ; ne regretterez-vous pas un jour d'avoir ajouté cette obligation aux devoirs déjà si difficiles de votre état?

La novice secoua la tête et répondit d'un ton mélancolique :

— Hélas ! qui viendra jamais me demander h la grille? Depuis un an que je suis entrée

ici, j'y parais pour la première fois. Il me semble d'ailleurs que je serai plus consolée, plus tranquille, lorsque je ne pourrai plus entendre même comme un écho des bruits de ce monde où j'entrais à peine quand j'ai dû le quitter, que je me rappelle trop souvent peutêtre.

A ces mots , sa voix s'altéra ; elle ne put achever et pencha sa tête sur ses mains jointes, comme pour se calmer et se recueillir.

— Ainsi , reprit l'étrangère , touchée jusqu'aux larmes, si je revenais ici, je demanderais inutilement à vous voir?

— Si vous reveniez, répondit-elle avec un accent inexprimable de tristesse et de résignation, il me serait permis seulement de vous faire dire que je ne suis pas morte, et que je me recommande à vos prières.

L'étrangère éleva vers le ciel un regard qui semblait accuser la providence divine, et demeura un moment comme abîmée dans de douloureuses réflexions; puis les larmes qui

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